Complices

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Janvier

Lundi : je suis dans l’Eurostar, je rentre de Londres, j’adore Londres, dès que j’ai trois euros de côté j’y vais. Ce mec est un blaireau, je m’en doutais avant mais ces trois jours l’ont consacré blaireau. Demain matin je le quitte, il me colle la gerbe, littéralement d’ailleurs, j’ai la gerbe depuis hier.

Mercredi : par acquit de conscience je pisse sur un ++ –, bingo.

Mercredi après-midi : merde…

Mercredi soir : mais qu’est-ce que je vais faire ?

Mercredi nuit : J’ai presque 35 ans, je n’ai plus de mec depuis hier et je suis enceinte, je ne pense pas redormir de sitôt.

Vendredi : « Quelles sont mes options ? » Une gynéco féministe, qui a pratiqué les avortements à domicile avant la loi Veil, je sais qu’elle ne me jugera pas, qu’elle m’expliquera et je sais que j’ai beaucoup de chance de la connaître. « Il faut faire une écho pour être sûre de la date pour l’IVG médicamenteuse, va voir X elle est très bien, reviens ensuite. »

Lundi : ça fait déjà presque une semaine que je connais ma grossesse, c’est long, dans la salle d’attente pour l’échographie je me répète ce qui a guidé mon choix : Je ne me sens pas capable d’élever un enfant à qui je serais incapable d’offrir ce qui me semble le minimum légal d’une identité : l’amour, même fugace, de ses parents. C’est MON choix, MA raison et c’est MON corps. Le Docteur X est absent, c’est le Dr Y qui me reçoit  « vous avez 35 ans vous devriez réfléchir, surtout quand on voit vos ovaires et houla votre utérus vous savez que vous avez un début d’endométriose ? Bon je vous laisse écouter le cœur je vais répondre au téléphone je reviens ».

Mardi : je pleure.

Vendredi : je viens de prendre la deuxième partie des médicaments, ça commence, c’est long, j’ai mal, ma mère me tient la main, pour une fois je ne regrette pas qu’elle ait été si souvent absente enfant pour ses combats politiques parce qu’elle m’aide, me soutient et me protège là maintenant. Elle accompagne une femme, comme quand c’était une complicité en termes juridiques, c’est ma complice.

Février :

Au boulot tout le monde pense que j’ai fait une fausse couche parce qu’on m’a plaquée, c’est plus facile, ça fait parler, puis ça dérange personne. Je commence à discuter tard le soir avec ce gars rencontré online. Je lui raconte, je lui donne mes raisons, il est drôle, il m’émeut.

Avril :

Ce gars je l’aime, je voudrais vieillir avec lui, lui faire goûter des tomates mozzarella d’anthologie, aller aux concerts et lui faire un enfant un jour. J’ai tellement failli passer à côté de lui et de notre famille.

J’ai avorté et je vais bien merci.  (http://blog.jevaisbienmerci.net/)

Ce texte est dédié à mes  amies, mes sœurs, mes complices espagnoles.

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2 réflexions sur “Complices

  1. Ce billet est juste Waouh (triste, et beau, et vrai, et si rageant, et si plein d’espoir), comme je disais : waouh.

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