La suivante

suivante

Je suis arrivée dans ta vie la suivante. Je ne serai jamais ton premier amour ni la mère de ton premier enfant, je suis la suivante. Je n’aurai jamais de toi ce premier engagement, celui qui propose à l’unique de devenir trois, ni celui d’entrer dans un premier appartement, choisir ses meubles, choisir un prénom, annoncer pour la première fois le cœur battant,  parce que je suis la suivante.

Avec toi j’ai toujours été trois d’entrée avec un troisième, ton enfant,  qui n’a jamais souhaité mon arrivée, qui ne m’a pas choisie. Si je suis honnête  j’ai même toujours été 4. Parce que la suivante doit allégeance à la première, qu’elle le veuille ou non. Dans notre cas ce qui est bien c’est qu’elle nous a indiqué les règles très vite et plutôt précisément : menaces, injonctions juridiques arrivant la veille de notre mariage, mises régulières au pied du mur sur son souhait de ne pas s’occuper de son enfant parce que « débordée». Nous vivions donc à 4, les injonctions de la première, ton enfant, toi et moi.

Un jour tu m’as dit que tu étais prêt à accueillir un deuxième enfant, le nôtre. Le temps a passé, nous avions vieilli, il a pris son temps, tout son temps, tellement de temps et nous a rejoint. Avec cette manière un peu particulière d’être à la fois le suivant et le premier. Un statut entre deux qu’il a très vite investi avec toute sa liberté. Tout à la fois petit bolide d’une autonomie redoutable, celle des suivants, exclusif et envahissant comme les premiers, il est le nôtre. L’enfant de la suivante. Celui chéri de mes parents, celui régulièrement oublié par les tiens. Celui qu’ils relèguent à une place moindre parce que tu comprends « il a moins souffert ». Celui qu’ils ne prennent pas en vacances quand ils prennent le premier sur le temps des vacances normalement dévoué à la garde de la première. Celui qui devra comprendre un jour qu’on l’a moins aimé parce qu’il était moins légitime dans leur image d’Epinal de la famille médiévale.

Le temps ne change pas grand-chose au fait que nous continuons de passer en « suivant », que la première continue de diriger une partie de notre vie et que nous la rétribuons chaque mois pour ça grâce à l’équité merveilleuse qui ne régit toujours pas la justice de notre pays. Cette justice qui fait qu’un homme doit, à vie, compenser financièrement le fait d’avoir cessé d’aimer. Cette justice qui, refuse de regarder que c’est toi qui ne travaille plus, qui t’occupe majoritairement de tes enfants, qui a choisi de les accompagner dans leur quotidien.

Cette justice qui me demande ma déclaration de revenus à chaque jugement mais qui me refuse le moindre droit sur l’enfant que j’élève depuis 9 ans. Cet état de fait qui, s’il t’arrivait malheur, m’ôterait  le droit de le voir, et pourrait  le séparer de son frère sans que je n’y puisse rien, parce que je suis la suivante.

Alors oui parfois je m’insurge, je tempête, je suis injuste, je suis de mauvaise foi, je suis jalouse, je suis envieuse. Je suis tout ça parce que le jour où j’ai décidé de t’aimer j’ai accepté de n’être plus jamais une priorité. Parce que je suis la suivante. J’aimerais qu’on s’aime jusqu’à en devenir la dernière, parce que ce serait une belle fin.

Edit : au moment de publier cet article, que j’ai gardé un moment dans nos archives moukrainiennes, j’apprends que la manif pour tous compte également remettre en cause le tant attendu statut de beau-parent. On n’arrête décidément pas la régression. Ami(e) de LMPT sache à quel point j’apprécie que tu souhaites décider pour mes enfants, pour nous (et tous ceux que tu exclues) du haut de ta famille « normale », de ta vie « normale », de ton obscurantisme « normal », de ta haine « normale ».

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38 réflexions sur “La suivante

  1. Quelle jolie déclaration. Pour avoir été la première enfant élevée et chérie par la suivante, et dernière, fais confiance à cet enfant pour savoir faire la part des choses et être reconnaissant. Les liens du coeur sont bien plus forts que les lois et les liens du sang.

  2. Je suis une première mais qui n’a pas sombré du côté obscur de la force avec tout ce qui est tribunal etc, je fais passer mes enfants avant tout, j’ai mis des océans de flotte dans mon vin, encaissé encore et encore le type de comportement irresponsable de certains, dont tu parles qui font que tout le monde souffre les enfants, les conjoints etc.
    J’ai refais ma vie mon conjoint à ta place et cela est parfois très douloureux pour lui car il aime mes enfants comme les siens, et voir les bassesses que nous essuyons régulièrement..Tout cela est angoissant car cet état d’esprit est transmis à nos enfants quoi que nous fassions et disions et erreintant..
    Pour ce qui est du statut juridique il est effectivement abhérent que les beaux parents soient si peu reconnus! Et cela risque de prendre un temps de fous avant d’avancer hélas!
    Ton texte est juste magnifique une déclaration précieuse et rare bravo à toi! , un proverbe dit « les cons ça ose tout c’est même à ça qu’on les reconnait »donc même si les chances sont infimes.On vous souhaite que les choses s’apaisent enfin parce que ça fait du bien le calme, la tranquilité et la simplicité.

  3. Merci pour ce témoignage, et mon frère, ma soeur et moi ayant été élevée par un suivant qui en avait déjà un premier (tout le monde a suivi??) avant de nous donner une petite dernière (ça se corse…), je peux te dire que la place de notre « jolipapa » (beau père c’est trop moche!) est la première dans notre coeur!
    J’avais écrit ça y’a quelques années… J’avais envie de le partager:

    « Tribu où l’amour et le respect sont philosophie, depuis plus de 20 ans nous construisons notre bonheur ensemble. Certains nous disent recomposée… Nous on se dit composée, d’échantillon de bonheur… D’autres nous appellent demi-frère, demi-sœur… Comme si les liens du sang garantissaient l’amour fraternel!!
    Nous étions trois, puis quatre, puis cinq… Elevés dans notre cocon d’amour. Nos parents (parce que ce sont bien les nôtres) nous ont enseigné le respect et l’amour au-delà des considérations génétiques, chaque jour ils ont construit notre tribu, tache parfois difficile…
    Tu n’es pas mon papa mais je suis ta fille, tu n’es pas sa maman mais il est ton petit garçon… Notre famille c’est celle du cœur, et à nous sept nous formons les lettres du bonheur… »

  4. c’est beau… écris avec le coeur mais pensé avec la tête… quoi de plus véridique, sincère et touchant? Je vous souhaite plein de bonheur à vous 4.

  5. Le privilège des familles recomposées, ce quotidien qu’on occulte, tout à la joie de dire « Il/elle a refait sa vie » (ou comme il s’est vu sur la toile l’an dernier, « tout ce qu’on gagne à rompre »). La valse des droits qu’on exige soudain, et des devoirs que l’on oublie trop souvent. La difficulté de reconstruire quand on a des cailloux dans les chaussures qu’on ne pourra jamais enlever.

  6. Je ne suis pas concernée au quotidien par cette situation mais bien sur, je me sens concernée: je suis une femme! J’aime beaucoup ce texte, comme tous les précédents d’ailleurs, belle plume!

  7. La « suivante », c’est juste. J’ai eu la chance d’entretenir des liens forts avec la deuxième femme de mon papa..Dans ma famille on dit que mon papa a épousé des femmes intelligentes, elles ont su maintenir et faire grandir ces liens. La maman de ma petite sœur n’est plus avec mon papa depuis longtemps, je continue cependant de la voir (et son mari est le parrain d’un de ms fils, la boucle est bouclée), c’est un de mes piliers aujourd’hui.
    Un billet qui donne à réfléchir en effet sur les droits des beaux-parents (je n’aime pas ce terme, mais la langue française n’en offre pas d’autres)

    • Je ne l’aime pas non plus, mais je le préfère tout de même à marâtre et à la représentation qu’on s’en fait, thanks Disney. Ton histoire est très belle, merci pour ce commentaire (et d’être une de nos fidèles lectrices depuis le début)

  8. Superbe article qui dépeint si bien cette situation!
    Ma situation en quelques sortes (oui je pense qu’à ma gueule)..
    Un quintuple pouce pour le nb sur ce mouvement puant qui voudrait qu’on régresse et se divise.
    Merci pour ce blog qui me fait rire et m’émeut aussi.

  9. « le suivant » m’a adopté des années plus tard et est devenu le premier …
    courage pour supporter les mesquineries et autres

  10. Très bel article, très touchant et très juste. Malheureusement, les « obscurantistes » et, disons-le, les bornés de cette image statique et idéalisée de la famille « un papa, une maman, et des enfants bien genrés » se battront bec et griffes pour préserver leur image dépassée. Parce qu’ils pointeront du doigt les quelques cas de famille recomposées où ça n’a pas marché. Et oublieront volontairement toutes celles qui sont des familles fortes et unies, peut-être bien plus qu’une famille au sens trop classique du terme.
    Surtout, je pense qu’ils sont bien trop cons, et pardonne-moi du terme, pour accepter un cadre de la famille qui a bien évolué. Parce qu’ils ont peur du changement, ils veulent le cacher, et aimeraient le sanctionner, comme au Moyen-Âge. Mais n’est-ce pas tout aussi honteux que le gouvernement se fige de terreur face à une poignée d’intégristes qui ne veulent pas comprendre que ce n’est pas parce qu’ils se boucheront les yeux et les oreilles qu’il n’y aura pas de familles recomposées, de couples gays et des familles dont les parents sont homosexuels et où tout se passe très bien !
    Je soutiens à fond le mariage pour tous, la loi sur la famille, pour qu’enfin socialement, ça avance, car même si la loi ne veut pas se risquer à le dire, cet enfant fait partie de ta famille.

  11. Dire que je ne m’étais jamais interrogé …je suis la première et notre couple marche bien. Et peut être est ce pour cela que j’ai cette vision « idéaliste » des familles recomposées et que je ne me suis jamais posé de questions sur les sentiments « des suivantes » ..Merci pour cet article !

    En ce qui concerne les horreurs et régressions actuelles, ici on flippe un peu pour nos enfants, mais on garde notre discours et on les met en garde contre toute l’intolérance et la haine qui se dégage ..
    Je crois en la force des mots et des idées ..!

  12. Moi j’ai été la suivante, mais on était 5 d’emblée, ou 6 si je compte « la première », qui n’était pas nuisible, mais peu coopérative dirons-nous… Et j’ai craqué. Trop lourd à porter, que des devoirs, aucun droit, et en plus on se sent presque coupable aux yeux de la société. J’ai un immense respect pour les « belles-mères » qui tiennent le coup. Moi la première fois où j’en entendu la grande me décrire comme ça auprès de ses copines à l’école, j’ai reçu un coup de poignard. Et je me suis dit que ma vie ça ne pouvait pas être ça, que je l’avais rêvée autrement, que j’étais trop jeune pour une famille nombreuse qui n’était même pas la mienne. Il en reste cependant une tristesse terrible parfois, car en partant j’ai quitté 4 personnes que je ne reverrai quasiment jamais, dont 3 qui m’oublieront car ils étaient trop jeunes pour se rappeler à quel point j’ai tout essayé pour être celle que leur père voulait que je sois. Toutes les filles ne sont pas des héroïnes, mais celle qui a écrit ces lignes en est une pour moi.

    • Aurélie j’ai lu ton comm hier soir, j’étais tellement bouleversée que je n’ai pas réussi à te répondre. Très sincèrement s’il y avait eu 3 enfants je ne sais pas si je serais restée, je ne pense pas que j’aurais eu ce courage. Quelle que soit la suite pour toi, cette lucidité qui traverse tes mots me laisse à penser que ceux qui ont partagé ou partageront un bout de chemin avec toi ont eu ou auront de la chance. Merci beaucoup

  13. belle déclaration d amour pour cet enfant que tu considères comme le tien ..C’est beau et ça me donne espoir, ça me fait réfléchir aussi..Je m’explique..N’y voyez aucun jugement, juste mon ressenti et un pti bout de ma vie
    Je ne suis pas la suivante, je suis la première. Celle qui l’a accompagné 12 ans et avec qui j’ai eu deux jolies puces.
    Il est parti 3 semaines après l’arrivée de notre 2e enfant, subitement
    Quelques mois plus tard est arrivée la suivante…et c’est vrai la douleur d’imaginer mes enfants avec elle donnant le biberon, se levant sans doute la nuit, la prenant contre elle, elle avec eux, c’était dur.. Je montre du respect pour elle , puisque mes filles sont contentes de la voir, elle n y est pour rien et je pense qu elle fait de son mieux. Je ne dis jamais rien de mal la concernant à mes enfants et leur demande de la respecter. Mais c’est vrai je l avoue, j ai mal au ventre quand ma fille me raconte ce qu elle a fait de super avec la suivante tandis que moi la première n ai pu que gérer les bains les repas et les conduites à l’école, ben oui une fois le weekend venu c est la suivante qui joue et qui partage des sorties .. ( et là je me rappelle que c est mieux comme ca et que mes filles ont de la chance si la suivante prend soin d elles). Ce n’est pas simple quand ma fille m’explique que Papa a fermé son entreprise pour refaire toute la maison de la suivante..me laissant sans pension et avec notre maison à payer.Vendredi, pour la 1ere fois, la suivante est allée rechercher mes enfants chez la nounou et à l’école (moi je ne peux pas, ben oui y a les heures supp pour payer la maison..), et ce sans prévenir, je l’ai appris par ma fille ce matin..Pas facile ni pour la première ni pour la suivante en fait, l’important est d essayer de garder en tête que nos ptits bouts doivent grandir en toute quiétude, ca aide à avancer, comme l’article que tu as écris
    On est loin du modèle traditionnel de la famille, toi comme moi 😉 ca fait au moins un point commun à la première et à la suivante! Bonne continuation à toi et à ta famile!

    • Je comprends très bien ton ressenti, quand j’ai eu mon fils j’ai pu imaginer ce que la mère de mon grand aurait pu ressentir. Derrière chaque famille recomposée il y a un renoncement, des non-dits et des choses irréparables malgré tous les efforts de chacun. Je ne crois pas que l’on puisse s’en affranchir. Merci beaucoup pour ce commentaire et beaucoup de pensées pour cette période que tu traverses.

  14. Une remise en couple n’est jamais évidente d’un coté comme de l’autre car il y a aussi des « suivants » .. la reconstruction repose là aussi sur une notion erronée de la famille : non rien n’est facile, non tout ne va pas de soi . Et ils vécurent heureux .. est un vieux cliché à jeter à la poubelle du sacro-saint mariage tradi . Arrêtons les images idéalisées dans notre éducation , dans notre culture : se comprendre s’acquiert , la vie à deux demande des concessions , celle d’une famille recomposée même si elle se veut reconstructive , est compliquée ! Sans parler d’une pseudo aide juridique complètement caduque … Bel article , si vrai et émouvant !

    • A ce jour, à part JAF remarquables (et il y en a un paquet je les lis souvent sur leurs blogs), la justice reste très ancrée aux notions de famille traditionnelle et de répartition des rôles super formatée. Le projet de loi sur la famille permettait de s’interroger enfin différemment et de légiférer dans un peu plus de modernité… Merci pour ton commentaire !

  15. Très beau texte, émouvant tout en restant sobre. On ressent une certaine forme d’impuissance alors qu’au contraire tu n’es pas un second choix mais celui de la maturité. Le bon choix en somme 😉 .

  16. Très beau billet qui interroge toutes les situations et bien sûr faire avec les enfants d’une autre n’est jamais évident même quand l’autre est sympa et que les ex s’entendent bien. Je vis ça par procuration avec des proches et ce n’est facile pour personne surtout pas pour les enfants qui subissent. .. ce n’est pas ton cas et c’est déjà énorme…
    Rien que pour la régularisation de la situation du beau parent ou du second parent adoptant cette loi était nécessaire, le reste n’était pas une priorité mais ça, ça l’était vraiment, quel gâchis…
    Et pour ce qui est de l’amour peut importe d’être la deuxième ou la cinquième l’important est d’être celle qui compte et qui reste 💜

  17. Pingback: Interview #interflora #6 : les Moukraines à la Glaviouse - La vie des triplés

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