Et alors ce CV ?

alorsceCV

Dans ma vie il y a des moments de grâce, et il y a les autres…

Le p’tit mot d’Arnaud
Les années  lycée.
Arnaud est beau, il est drôle, il sent bon le sable chaud.
Je n’ai jamais fondé aucun espoir sur lui.
C’est dans un état limite hystérique que je découvre le soir son petit mot dans mon sac : « veux-tu sortir avec moi ? Arnaud ».
Je ne dors pas de la nuit.
Je répète en boucle ce que je vais lui dire.
Le matin, je passe 1h à me coiffer et à peaufiner l’espèce de choucroute que je me fais sur la tête. Choucroute sans laquelle aucune fille qui se respecte ne peut aller au lycée (avec ta frange tu fais une espèce de « coque » qui tient avec une barrette, ambiance Jil Caplan mais en raté).
Je pars en cours le cœur battant.
Je suis à la limite du malaise vagal.
J’aperçois Arnaud au loin.
J’ai des papillons dans le ventre.
Le temps s’arrête.
Il s’approche.
J’ai la bouche sèche.
J’ai oublié toutes les phrases répétées pendant la nuit.
Je touche nerveusement ma choucroute pour être bien sure qu’elle est en place.
Il a l’air un peu embarrassé lui aussi :« stp tu si t’as trouvé un papier dans ton sac tu peux me le rendre ? J’me suis trompé j’ai confondu ton sac avec un autre ».
« Euh… Ben…Un papier ? Ah nan, j’ai rien trouvé »

La mob’
Après moult discussions, en seconde, j’ai l’autorisation de mes parents pour avoir un deux roues (au trou du cul de la banlieue, quand il y a 1 bus toutes les 3h, c’est pratique quand même).
Un deux roues, mais attention. Pas n’importe lequel.
Pas un scooter qui a la classe, sur lequel tu peux te pencher un peu en avant ambiance rebelle.
Tout ça parce qu’il paraîtrait que les petites roues du scooter sont casse gueules.
Non, j’ai droit à une mob’ premier prix, blanche, avec des grandes roues, que quand tu montes dessus tu es assise bien droite, un peu comme sur une chaise.
Vive la sécurité, adieu le panache.
Un matin d’hiver je sors ma mobylette blanche, comme d’hab’.
Je m’assois dessus, comme d’hab’, raide comme un piquet, mon balai dans le cul bien en place, comme d’hab’.
J’arrive près du lycée, c’est l’heure de pointe.
Je suis un peu nerveuse moi qui n’aime pas qu’on me regarde.
Je respire un grand coup.
Je prends mon air cool t’as vu je conduis une mob’ de boloss mais je fais ça avec un certain style, limite je lâche une main.
Le moment critique approche, je le sais. Je dois négocier un virage et monter sur le trottoir devant l’entrée du lycée et tous les élèves, pour aller jusqu’au garage.
Mais comme je le disais plus haut, le sol est gelé ce matin là.
Et au moment où la roue avant entre en contact avec le trottoir, c’est le drame.
La roue dérape, je perds le contrôle de la mobylette blanche de la mort.
Je vois le sol se rapprocher. Non, je ne rêve pas, je suis bien en train de me rétamer comme une merde (une merde avec un balai dans le cul, il faut imaginer), devant tous les élèves du lycée (dont Frédéric, que je convoite mollement depuis le début de l’année).
Je vis la scène au ralenti, comme si je sortais de mon corps et que je me regardais du dessus. Ben je sais pas de côté, mais du dessus, c’est moche.
Mon casque cogne sur le bitume.
Je m’éclate le genou au passage.
Je reste digne.
Je me relève, l’air de ne pas remarquer que mon jean est troué et que la roue avant de ma mobylette n’est plus tout à fait dans l’axe de la roue arrière (j’ai l’impression de conduire un caddy que tu sais pas comment c’est possible mais il va jamais droit).
Je reprends l’engin en main et le pousse en boitant jusqu’au garage.

La grossesse et le « lâcher prise »
Je suis au travail, en entretien avec un ouvrier d’une célèbre marque de voiture, pour parler projet professionnel.
Je suis déjà sérieusement enceinte, et j’ai totalement un peu perdu le contrôle de mon corps.
C’est après la question  « avez-vous un CV ? »  et alors que ledit monsieur en face de moi est plongé la tête dans son sac pour le chercher que je lâche malencontreusement une caisse. Une caisse classe (je tiens à préciser), non odorante (oui, je trouve que le bruit est plus classe que l’odeur, sur une échelle de classe du prout), mais sonore, donc.
J’essaye bien sur, comme toute personne un peu sensée, de reproduire le bruit avec ma chaise. Mais le bruit de la chaise est très différent, il faut se rendre à l’évidence.
Je guette la réaction du monsieur qui a toujours la tête dans son sac, pourvu que ça dure.
Pas de réaction.
J’espère avec force qu’il n’a pas entendu. Ce moment me parait long, très long.
Le monsieur se relève très doucement.
Il est maintenant assis en face de moi.
Il faut bien le regarder. La vie doit reprendre son cours. Je le regarde. Il me regarde. On se regarde. Même que nos yeux se croisent et se regardent.
Je crois lire un peu de pitié dans ses yeux. J’imagine qu’il voit une pointe de désespoir dans les miens.
A ce moment là, je sais qu’il a entendu. Et il sait que je sais qu’il a entendu.
J’enchaine le plus naturellement du monde : « alors, ce CV ?».

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6 réflexions sur “Et alors ce CV ?

  1. Rha la coque so 90’S !!
    J’adore le récit de ces petits ou grands moment de shouma/tehon/loose !!
    Allez je suis solidaire j’en lâche une :
    Comme mon pseudo l’indique je suis Dodue (doux euphémisme) et donc pourvue également de boobs volumineux. Un jour au taf je portais un gilet col en V (décolleté léger tout à fait working poulette). Un moment je vais tomber des paperasses et comme j’ai un bureau pour moi avec une porte je me baisse non élégamment (je suis seule bordel) pour ramasser tout ça. Et bien sur c’est LE moment que choisi choupi chef (ouais j’aime bien mon chef, il nous a d’ailleurs quitté la semaine dernière l con, je m’égare, je digresse…pardon !) pour ouvrir (sans frapper bOOOORdel !) et me présenter à une délégation de cadres de la région ! Youpi je suis donc pour eux un sourire crispé derrière une grosse paire de boobs !
    Voilà !

  2. Rhaa j’ai la même chute de scooter à mon palmarès « vautrage digne », et j’ai encore la cicatrice à mon genou ! Qu’est ce que j’ai ri pour le dernier paragraphe !!! mdr !! Classe jusqu’au bout !!

  3. « Je suis au travail, en entretien avec un ouvrier d’une célèbre marque de voiture, pour parler projet professionnel. »
    Je crois que c’est cette dernière situation qui m’a le plus faite rire, ce moment où, enceinte, ton corps te lâche sans même envoyer un préavis !

    • Egali-mère tu as gagné le prix du premier commentaire censuré du blog, je pense que tu comprendras que si nous souhaitions que les gens sâchent où nous travaillons nous mettrions nos CV et pas des pseudos et sinon bienvenue à toi ici 🙂

      • Pour une fois que je gagne enfin quelque chose 😉
        Pas de soucis, je comprends, il en est de même pour la plupart d’entre nous et je respecte votre volonté de protéger votre vie privée.
        Bonne journée à vous toutes et tous, au plaisir de vous lire 🙂

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