Et je souffle sur ma 28e bougie…

Il y a quelques jours, j’ai eu 28 ans. 28 ans putain. Hier encore j’avais 20 ans, bon vous connaissez la chanson :

Hier encore j’avais vingt ans
Je gaspillais le temps
En croyant l’arrêter
Et pour le retenir même le devancer
Je n’ai fait que courir
Et me suis essoufflé
Ignorant le passé conjuguant au futur
Je précédais de moi, toutes conversations
Et donnais mon avis que je voulais le bon
Pour critiquer le monde avec désinvolture

Je vous rassure, pour la fin, c’est toujours d’actualité. Mais remontons encore un peu plus loin. Je me suis souvent demandé si la petite fille que j’étais serait fière de la femme que je suis devenue.

Quand j’étais petite (je n’étais pas grande) (je suis toujours drôle) je me rêvais tantôt avocate, tantôt caissière à Mammouth (pour faire comme dans le sketch des inconnus), tantôt gendarme, pour faire comme mon père.
C’est marrant, de mon enfance je ne retiens que lui. Mon père. Cet homme qui me semblait si grand, si fort, si parfait. Mon père était un homme respecté, aimé. Je me souviens toujours des dizaines de gens passant chez nous, lui tapant dans le dos. Toutes les tables avec trop de couverts pour pouvoir les compter. Ma mère semblait si fière à son bras.
Mon père était de ces pères parfaits, dont tout enfant rêve. Ouvert et strict à la fois, fier d’emmener sa petite fille partout, lui donnant tellement d’amour que lui seul comptait. Je n’ai pas vu arriver l’orage.
La foudre a frappé tellement fort qu’elle a tout détruit. Du paradis à l’enfer.
Je me souviendrai toute ma vie le jour où je suis rentrée chez nous, ma mère m’a demandé de m’asseoir. Elle n’a dit que quelques mots : « Il est parti. Il n’a pas voulu te dire au revoir. Il est parti et il ne reviendra pas. Jamais. » Je suis tombée à terre, comme si le sol s’était dérobé sous mes pieds. Je n’avais que 14 ans.
Plus rien n’a été pareil. Il est parti sans laisser d’adresse. Sans un numéro de téléphone. Je me revois encore assise par terre devant le lecteur de vinyle à écouter ses vieux disques, me remémorant ces moments de bonheur évanouis.
Ma mère non plus n’a plus jamais été la même. Son malheur a fait fuir les amis. Ceux qui ne voulaient pas prendre parti, ceux défendant la lâcheté de mon père. Les cachets. L’alcool. Les nuits à guetter le moindre bruit. La relever, la détester autant qu’elle détestait mon propre reflet. Puis pardonner.
L’enfant pleine d’ambition que j’étais est morte avec l’amour de mon père. Puisque celle que j’étais n’avait pas suffit à le faire rester, je deviendrais celle qui le fera revenir. Je me suis évertuée à devenir l’opposée parfaite de l’enfant que j’étais.
Terminée l’école. Terminée la politesse. Terminées les valeurs inculquées. A moi l’alcool, à moi les balades au commissariat, à moi les bagarres, à moi les mauvaises fréquentations.
J’ai mis des centaines de fois ma vie en danger inconsciemment. J’étais encore persuadée que quoi qu’il arrive mon papa viendrait me sauver. Je me trompais. Pas une fois il n’est réapparut.
J’ai cherché mon père partout. Dans tous les regards que j’ai croisés. Dans toutes les bouteilles à la mer que j’ai jetées. J’ai cru le voir partout, il n’apparaissait que dans mon miroir. Ces mots « tu ressembles tellement à ton père » qui faisaient ma fierté sont devenus des couteaux qui me transperçaient chaque fois que je les entendais.
Puis il faut grandir. Evoluer. Faire son deuil. Choisir de vivre ou se laisser mourir.
J’ai choisi la vie. Je me suis reconstruite sur des ruines. Je me suis reconstruite dans l’ombre du rejet. Dans l’image de cette perfection fanée. Je savais que je ne serais jamais assez bien. Quand je l’ai retrouvé j’ai couru après son respect, son amour, pendant des années. Puis j’ai abandonné. J’ai recommencé à respirer seulement à partir de ce jour.

Et puis un jour, sans plus m’y attendre, sans plus rien attendre de lui, j’ai lu ces mots « Je suis fier de toi! » et j’ai pleuré comme une enfant. J’ai enfin pu faire la paix entre l’enfant que j’étais et celle que j’étais devenue.

Alors c’est vrai quand j’y pense, je ne suis pas fière de tout. Je regrette beaucoup de choses. J’ai fait beaucoup de mal autour de moi, et j’en ai encaissé autant. Je ne suis pas devenue celle que je rêvais de devenir, mais je suis devenue moi. Moi l’imparfaite, moi l’intransigeante, mais moi l’aimante. Peut être que la petite fille que j’étais aurait à rougir de l’adolescente que j’étais, mais je pense qu’elle serait fière de la femme que je suis devenue, de la mère que j’essaye de devenir, et de l’étudiante qui court après le temps sur les bancs de la fac. Parce que je me suis battue, toujours,  j’ai aimé, passionnément et surtout je n’ai abandonné personne sur mon chemin.

Et puis comme on ne guérit jamais vraiment de son enfance, je regarde mes enfants, je souffle sur ma 28e bougie en souhaitant qu’ils gardent toujours le même regard qu’ils posent sur moi à cet instant.

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21 réflexions sur “Et je souffle sur ma 28e bougie…

  1. J’attends toujours de lire ces mots  » je suis fière de toi » …. Et j’ai l’impression de reproduire le même schéma avec les hommes… la peur de l’abandon

    • La peur de l’abandon m’a accompagnée tellement longtemps. Elle est toujours présente mais ne se manifeste qu’en amitié. C’est assez étrange. Mon copain m’a aidée à la faire disparaitre dans notre relation, dans la vie en général mais elle perdure avec mes amis.
      Je te souhaite plein de courage dans ce travail et je t’embrasse.

  2. Puuuutain de billet (oui je suis très vulgaire quand je suis émue).
    Je ne te connais pas IRL, mais je crois en effet que tu peux être fière, voilà.
    Bises
    PS : jeunette va !

    • Ahah tu sais avec moi la vulgarité c’est un deuxieme langage 😀
      C’est très gentil ! Je t’embrasse

    • Merci 🙂 J’ai eu beaucoup de chance en rencontrant mon copain, il m’a beaucoup aidée à faire le deuil du passé.

  3. c’est pas bien de nous mettre la larme à l’oeil comme ça ! On s’attend à un bon billet plein d’humour et crac des émotions ! Blague à part, c’est drôlement bien dit, merci.

  4. Aujourd’hui, j’ai envie d’être ce père et te dire que je suis fière de toi. Je ne te connais pas, mais en lisant ça, je suis fière de toi, fière de toi, fière de toi. Continue à faire résonner ces quelques mots dans ta tête. Bon anniversaire Madame Toi.

  5. Bon je sais pas si la Cheffe sera d’accord mais tant pis, je te laisse un commentaire, parce que je ne peux pas faire autrement.
    Parce que ça fait maintenant quelques petites années que l’on se connait (mais pas encore IRL), que l’on partage beaucoup de choses etc….Je te l’avais déjà dis, mais ça ne fait pas de mal de le répéter: Moi aussi je suis fière de toi, j’ai chialé comme une gosse quand tu as eu ton diplome, les mots de ton Papa m’avait touchée aussi, mais putain ce que j’étais fière et contente!
    Fière de ce que tu avais réussi, accompli, fière que tu puisses dire MERDE à tout ceux qui doutaient, qui n’y croyaient pas.
    Moi j’y ai cru et je croirais toujours en toi.
    Ta connasse qui t’aime.
    (Et je dis pas tout ça parce que j’ai bu, j’ai désaoulé depuis hier soir.)

  6. Ahahaha j’ai failli en mettre un moi même de commentaire la Piche ! Du coup comme tu inaugures je prends la suite. T’as une putain de plume, une putain de volonté et je suis fière d’être ta putain de copine Tamaire.
    ps : n’oublies pas de répondre aux commentaires ce soir s’il te plait

  7. Euuuh… mais euhhh GREUUUH quoi !! En plus de m’avoir mis la larmichette à l’oeil je me suis en partie reconnue dans cet écrit… Peu être que ça me donnera un jour la force d’écrire un article du même genre (mais oui tu sais le déja écrit mais encore jamais osé publié !! oui oui celui laaa ^^) !!! Peut-être pour mes 30ans… j’ai encore un peu de marge ^^ Happy anniversaire !! 🙂

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