Mon frère

Il y a la famille que l’on ne choisit pas, celle dans laquelle on tombe, parachuté, parfois projeté, balancé. Souvent le hasard fait bien les choses, et parfois on a juste envie de l’envoyer se faire foutre, le hasard, lui dire qu’il s’est gouré et que sur ce coup là il aurait pu s’abstenir.

Il y a la famille que l’on se crée, celle que l’on se construit. On tombe amoureux, on veut plus se quitter, on veut un bout de nous et puis un bout de lui, alors on fait des enfants, et puis on déménage à la campagne parce que c’est mieux pour les enfants, et puis un jour on se retourne et on a un crédit sur 25 ans, un pavillon en banlieue, 2 enfants virgule 4 et un golden retriever, et on est une famille.

Et puis il y a l’autre famille, celle que l’on se choisit quand les autres ne nous conviennent pas. Les amis, les potos, les collègues. Compagnons de galère à la vie à la mort. Cette famille que finalement on connait mieux que celle qui a fait de nous ce qu’on est. Cette famille qui nous ressemble, cette famille qui nous accepte. Cette famille qu’on choisit d’aimer.

Mon frère.
J’en arrive à l’oublier parfois. « T’as des frères et soeurs toi ? » « Oui une soeur. Ah et un frère aussi ». Presque envie de rajouter « enfin je crois ».
La seule chose qu’on ait désormais en commun c’est une double page dans le livret de famille. Mon frère. C’est bizarre ce mot. D’ailleurs souvent c’est un mot dont on se sert pour désigner un ami dont on est particulièrement proche. Nous on est tout le contraire. Du même sang mais particulièrement éloignés.
Mon frère.
On a jamais été proches mais on arrivait encore à peu près à communiquer. Et puis un jour où j’avais réussi à réunir toute la famille chez moi, un jour de fête des mères, une dispute de plus. Dans le jardin, sous ce saule que j’aimais tant. Mon père, ma soeur, mon frère, mon amoureux, mon fils. Une dispute de plus, pourtant complètement insignifiante. Trois mots plus hauts que les autres, et il s’est levé, et sans se retourner, et sans un mot, et sans un regard, il est parti. Pour une broutille, il a définitivement choisi de se séparer de nous. Il a choisi sa famille, et c’était pas nous.

Aujourd’hui ma mère m’a appelée, la voix tremblotante. Elle n’avait pas de nouvelles de mon frère depuis plusieurs semaines et se demandait si ma soeur en avait eu. Moi, elle savait très bien que j’en avais pas. Je lui dis que non et elle raccroche en feignant un sourire. Mais je sais qu’elle est en train de crever d’inquiétude. Pour un fils qui ne rappelle pas sa mère inquiète, pour un fils qui vient et part sans prévenir, pour un fils qui ne donne de ses nouvelles que deux fois par an, quand il a besoin d’un service.
Aujourd’hui que je suis mère je comprends son entêtement. Ou plutôt son espoir, qu’elle doit pourtant savoir vain.

Mon frère n’est pas venus voir ses neveux et nièce. Les seuls qu’il ait. Mon frère ne sait même pas orthographier leurs prénoms. Mon frère ne demande même pas leur photo, de leurs nouvelles. Mon frère s’en fout. De tout, sauf de lui.

Aujourd’hui je ne considère plus avoir un frère. Ce n’est pas de la méchanceté ou une certaine vengeance. C’est juste un constat. Il a choisi de quitter cette famille qui lui a été imposée, et je crois que je peux respecter ce choix. Il me blesse, mais je le respecte.

Je regarde mes enfants jouer ensemble, rire. Leurs sourires quand ils se retrouvent après quelques jours de séparation, la tristesse du grand quand sa soeur lui refuse un câlin, les regards de la petite sur son grand frère en train de la faire rire. Je regarde mes enfants, et je souhaite de tout mon être qu’ils se choisissent, comme frères et soeur. Que les liens qu’ils tissent aujourd’hui les rassemblent toujours.

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16 réflexions sur “Mon frère

  1. Dur dur… On en revient toujours au même constat, une famille ce n’est pas « génétique »…
    (et déjà 2 kleenex ce matin!)

    • Parfaitement. Les liens du sang ont ils plus de valeurs ou sont ils plus solides que d’autres. On a tendance d’instinct à dire que oui alors que je crois que c’est tout le contraire. Rien n’est plus fragile étant donné qu’on est imposés les uns aux autres.

  2. Tout ça me parle, comme à chacun, mais la fin m’a tiré des larmes. On sait pourtant qu’on ne choisit pas sa famille, mais comme toi j’espère que mes enfants se choisiront, et nous choisiront aussi tant qu’on y est… Ça doit être si dur pour une mère, du courage à la tienne.

  3. Je voulais liker, mais en fait, ce n’est pas vraiment likable mais je comprends tout et surtout, je te comprends. (alors je laisse une ptit com’, comme ça, pour dire que je t’ai lu et que c’est touchant et plein de réflexions sur le sens de la fratrie)

  4. J’ai l’impression de lire mon histoire . Il faut se dire que c’est LEUR choix . Le plus dur c’est d’essayer d’expliquer à mes filles que leur tonton qu’elles aimaient tant les a zappé de sa vie (malgres les nombreuses perches tendues ) ……

    • c également mon histoire , ca a été tres dur a une epoque , invivable a la mort de mon père et la je me dis que c ainsi qu on a pas le choix , et c vrai que dire que j ai un frere et deux sœurs de sang n est vraiment pas une habitude pour moi , parcontre parler de ma sœur de cœur est plus naturelle ……..

      • Si j’avais pas mes enfants ça serait certainement beaucoup plus difficile à vivre. Là je mle dis que c’est lui qui rate quelque chose et je suis en colère contre lui. Mais tant pis, il n’a pas la chance d’être aimé par ces trois petits là, c’est lui qui y perd.

  5. Très proche de mes frangines, j’en ai 2 , dont une née de la « suivante » ( Poke fabiennelepicdelaglaviouse) nous entretenons ces liens. Pour moi mes sœurettes font partie de mon équilibre (même si je ne vivrait pas avec ;-)). Cependant je comprend, mon homme n’a aucun lien avec un de ses frères ils sont opposés en tout.
    Comme toi je souhaite ardemment que mes gars se choisissent adultes.
    Ce billet touchant donne à réfléchir, par exemple je me demande si nous parents pouvons impulser les relations futurs entre nos enfants (je pense que oui mais cela n’est pas un facteur suffisant)

  6. Je comprends le manque que ça créé en toi, en eux… Je me projette également et espère de tout cœur aussi qu’ils resteront unis comme aujourd’hui… Moi c’est de ma mère que je m’éloigne, petit à petit, avec le temps, sans même le vouloir. Trop de combats, j’ai trop encaissé, la coupe est pleine. C’est dur aussi, tellement dur… Alors non on ne choisit pas sa famille… comme on dit… C’est pas facile…

  7. Texte qui trouve un écho en moi.
    Famille de quatre, deux grandes frangines, un p’tit frère mais aussi une armade de neveux et nièces. Beaucoup de conflits, on est différents des uns et des autres, mais il y en a toujours un de nous quatre qui dit aux autres « bon ça suffit comme ça merde, on arrête les conneries, ça rends tout le monde triste ».
    Et ça marche. Surtout que nous avons été élevé dans une famille (au sens large du terme) éparpillée et qui nous rejetait en bloc (trop de bruits, trop d’enfants, trop de bouches à nourrir aux fêtes) et ça nous a aidé à nous serrer les coudes. Puis les minus d’amour sont arrivés et là…Bah là on se dit qu’on ne peut pas se passer d’eux, nous les grands on n’a pas eu la chance et le bonheur d’avoir des oncles et des tantes proches et bienveillants, alors on compense avec la génération suivante.
    Et rien que ça, continuer à entretenir ce lien d’amour avec des enfants, et bien ça répare beaucoup de choses et ça apaise les conflits.
    J’espère de tout mon coeur ne jamais devoir vivre ça, l’abandon et le rejet d’un des membres de ma famille, qui plus est mon frère ou une de mes soeurs. C’est terrible et ça doit laisser une blessure à vif.
    Mais comme tu le dis: c’est SON putain de choix merdique. Tant pis pour LUI.

    • C’est tout à fait ça pour les enfants. J’ai jamais jamais été proche de mes grands parents, alors je suis tellement heureuse que mes enfants en aient des géniaux !
      Pour mon frère, tant pis pour lui. Mes enfants ont d’autres oncles et tantes qui eux ne se forceront jamais.

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