La poire

Variétés-de-poires
« Ici, la cloche, c’est moi. »
Je tiens cette magnifique citation de mon père, qui la tenait lui-même d’un de ses professeurs de lycée, qui souhaitait signifier à ses élèves qu’il était le seul à même de décider quand avait lieu la fin de son cours, indépendamment de la sonnerie de la cloche, donc. Il leur intimait ainsi à sa manière l’ordre de rester le cul sur leur chaise, sous peine d’heures de colle.
Oui, donc, ici la cloche, la gourde, la bonne poipoire à son pépère, en effet, c’est moi.
Cette posture de base fort peu flatteuse a malheureusement constitué le fil rouge de ma vie professionnelle.

Et même encore aujourd’hui, je tombe à pieds joints dans des pièges à cons, posés plus ou moins volontairement par mes interlocuteurs, plus ou moins bienveillants à mon endroit.
Le dernier en date, est une formation qu’on m’a demandé d’animer. Sur un sujet que je maîtrise à peu près quand même.
Et moi, coconne, comme je suis gentille, je réponds en substance « Bon, ben d’accord, hein, mais ça me fait un peu chier », que l’on pourrait aisément interpréter par « Hum, franchement, si on ne peut pas faire autrement, OK mais si vous pouviez vous démerder sans moi, ça m’arrangerait ».
Pourquoi ne dis-je pas NON tout de suite ? Pourquoi, bordel de chiotte ? Juste non. Rien que trois lettres. Et pas d’autres mots superflus pour emballer joliment mon refus. Pas de tentative de ménager la chèvre et le chou – oui, j’aime les expressions vintage -. Rien que trois lettres…
Il va de soi qu’entre temps, c’est plié organisé et que justement, les gens en question qui n’étaient pas disponibles pour animer ladite session ont posé des congés.
Ont posé des congés. Je travaille à mon compte, je prends 15 jours de congés par an, tous les deux ans environ. Alors, l’idée de prendre sur moi pour que justement deux personnes en profitent pour poser des congés, sûrement amplement mérités, je n’en doute pas un seul instant, me hérisse le poil, que j’ai d’ailleurs fort nombreux et apparent.
Et bien sûr, je me fais super mal voir quand j’essaie de faire machine arrière. C’est un drame. Je suis une diva, je fais des caprices, je suis une emmerdeuse, je ne suis jamais contente, je change d’avis comme de chemise (j’avais prévenu pour les expressions vintage, hein).

Je suis tellement furieuse.
Pas contre les autres, je suis lucide, quand même, non, je suis en rage contre moi-même. J’en pleurerais si je n’étais pas aussi bien maquillée aujourd’hui.
Ma vie professionnelle est un éternel recommencement, même dans ma situation actuelle. J’ai passé mon temps, 15 ans de salariat, sous la houlette de n+1 plus ou moins compétents, à rendre service aux autres, pour qu’au bout du compte, ça me retombe systématiquement dessus. Puisque forcément, quand tu rends service, généralement, tu lâches ton propre taf et tu accumules du retard. Et que du coup, si tu rends service, on en déduit alors que tu n’es pas débordé(e) puisque tu as pris le temps d’aider les autres à faire leur boulot. Le méchant cercle vicieux : dès lors que tu donnes ce genre de signe, tu es catalogué(e) à vie. Polyvalent(e), gentil(le), sur qui l’on peut compter en toutes circonstances, en s’appuyant des arguments fallacieux et légèrement flagorneurs du genre « tu l’as déjà tellement bien fait une fois, alors on a pensé que ça ne te gênerait pas de le refaire ». C’est limite si on ne te demande pas de nettoyer les chiottes ou de sortir les poubelles quand le mec ou la nana du ménage est absent(e), puisque tu excelles dans toutes ces tâches annexes à ton travail. Et bien entendu, quand arrivait le joyeux temps des augmentations salariales, mon pensum, je suis la pire négociatrice qui soit, et autres promotions professionnelles, on m’opposait que j’avais tendance à me disperser, ou que je n’avais pas atteint mes objectifs ou encore que mon poste était un peu trop flou, et puis que franchement, j’étais beaucoup trop bien payée pour faire des publipostages ou qualifier des bases de données pourries – ou ranger la cuisine -.
Il va bien entendu de soi que quand j’étais en situation de demander un service, ce que je peinais déjà à faire par nature, les gens n’étaient jamais disponibles pour moi. JAMAIS.

« Poire tu nais, poire tu restes. »
Telle est ma devise.
Telle est l’histoire de ma vie.

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3 réflexions sur “La poire

  1. Dans mes bras !!!
    Ce post c’est pile poil (mode expression à la noix ON) ma vie pro ,c’est un condensé de tout ça. En c moment par exemple, il y a une vacance (pour ne pas dire carence vu qu’il s’est barré) d’un chef de service. Et vl’a t’y pas que Bibi (qui n’a pas le statut et encore moi la paie afférente !!) et chargé de certaines tâches en sup. Je suis salariée et j’aime vraiment mon taff mais niveau conditions j’enrage parfois . Grrrrrr poire amie je compati !

  2. « OooOOooOOH NOoOOoooN !  »
    Cri du coeur d’une ancienne poire.
    Arrêtons le massacre, stop aux abus !! Révoltons nous, les poires veulent la victoire !!

    Plus sérieusement, je compatie. J’étais une poire, une super méga poire mais surtout pour ma famille. Au boulot, j’ai su qu’il fallait mettre de la distance, et très vite sinon entre le boss et les collègues, je me serais fais manger et pas de la manière que j’aime (spéciale cassdédi à mon Chéri hinhin).
    Maintenant j’ai appris à répondre « je vais y réfléchir » quand on me pose LA question et que je n’ose pas dire non tout de suite. Et j’ai appris à me mettre des limites sinon les gens font ce qu’il veulent de toi et moi, bah, j’aime pas trop beaucoup.
    Je sais bien que c’est difficile et que les gens savent être très insistants, voire sans limites quand il s’agit de penser à eux, c’est hallucinant. Mais c’est ton boulot et TA vie aussi, je pense que tu as le droit d’en profiter comme tu l’entends.
    C’est vrai quoi ! Eux ils se fichent complètement de toi, de ton stress ou de la surcharge de boulot que tu as, alors un gros M**** dans leur tronche, ça leur fera les pieds à ces sales cons !!

    Courage, la révolte arrive bientôt !!

  3. Ohhh gros câlinou d’une collègue de poirier^^
    On se refait pas gentilles gentilles nous resterons, certains saurons ne pas abuser alors que d’autres…On s’en voudra toujours autant et pourtant on se refera avoir…Même si change rien, Un petit coup de gueule de temps en temps ça fait du bien 😉

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