Ma normalitude

Si j’arrivais pas à prendre parfois un peu beaucoup de recul, je crois que je finirais par penser que mes enfants sont totalement abrutis. Et moi avec, évidemment. Mais bon, avec 3 enfants je n’ai pour le moment à déplorer qu’un seul point de suture, aucun os fracturé, quelques ecchymoses sans gravité, aucune convocation à l’école, aucun incendie, pas non plus de fugues, découpages de vêtements, et autres joyeusetés. Rien de tout ça. En toute logique, je dois pas être complètement à côté de la plaque.

Et pourtant. J’avais déjà parlé des mères pourraves (comme quoi faut croire que le sujet me turlupine quelque peu), voilà que j’en viens à me questionner sur notre degré d’intelligence.
Sur les rézossossiaux, l’étalage des capacités (réelles ou espérées) des mamounettes et de leurs chérubins manque à mon goût cruellement de cette vertu à mon sens si précieuse, l’humilité.

Je me souviens que petite, ma mère m’avait appris à ne pas me vanter. J’avais la chance de plutôt pas mal me débrouiller à l’école, mais je ne devais surtout pas en faire trop quand je parlais avec amis et cousins. Comme toujours souvent, elle avait drôlement raison ma mère. Parfois je me rend compte que j’ai tendance à oublier ses sages enseignements et je tente de me rattraper le plus dignement possible. J’ai dit parfois, hein.

Mais alors là j’avoue que je comprends pas ce qui se passe. Il y a une autre notion chère à mon coeur qui est le sens de la mesure. On ne sait plus apprécier les choses au niveau qu’elles méritent.
La fierté est un sentiment noble. Qui montre l’amour, la joie, la reconnaissance. L’étalage de la perfection qu’on pense incarner, moins. Et je crois que la limite entre la fierté légitime d’une mère pour son enfant, ou même vis à vis de soi-même, et la vantardise pure et simple du « regardez-y donc à quel point vos enfants c’est des bouses à côté des miens », est bien trop souvent allègrement franchie.

Faut en mettre plein la vue. A tout le monde. A n’importe quelle occasion.
Entre le petit Steven, 4 ans, qui peint tellement bien, la petite Marie-Gwendoline qui compte jusqu’à 158 à 2 ans et Jean-Kevin qui sait dire « maman est la plus belle » en 23 langues, on finit par regarder nos propres enfants en se demandant pourquoi, mais POURQUOI qu’ils sont pas FOUTUS d’avoir un avis sur l’influence du cinéma de Godard dans l’augmentation de la consommation de cocaïne en Macédoine orientale. Hein ?!

Un peu de sérieux, un peu de recul, un peu moins de « moi je » et un peu plus d’humilité ferait le plus grand bien à tout le monde. Qu’on soit fier de ses enfants, c’est une chose. Louable et très honorable.
Qu’on en profite pour montrer à quel point ils valent tellement mieux que les autres, là, non.

On est pas moins biens et on est pas meilleurs. Des fois je fais des gâteaux qui déchirent, et des fois je fais des bouses intergalactiques. Et dégueus en plus. Des fois je fais des trucs en couture dont je suis super fière. Et des fois je me pisse dessus de rire en postant une photo de deux chaussons qui font même pas la même taille.
Mes enfants, ils sont normaux. Ils ont parlé à un âge normal, et marché à un âge normal. Ils font des dessins normaux. Ils font des conneries normales et ont des réflexions normales. Ils ont un humour normal. Et ils donnent aux autres autant d’importance qu’à eux-mêmes. C’est du moins ce qu’on tente de leur enseigner.
Ne pas être le meilleur, c’est pas grave. Ne pas plaire à tout le monde non plus. Et ce n’est pas en faisant les autres se sentir inférieurs qu’on grandit.
Bien au contraire.

image

Publicités

23 réflexions sur “Ma normalitude

  1. Ton article est génial. La dernière phrase m’a interpellée « Et ce n’est pas en faisant les autres se sentir inférieurs qu’on grandit. » Tu as tout à fait raison. Pourtant, Certaines personnes n’arrivent à vivre qu’en rabaissant les autres. C’est un bout de bonheur dans leur vie. C’est malheureux, mais c’est ainsi.

  2. oui je suis bien d’accord aussi, être « normal » n’est pas une tare! lorsqu’on aura compris que baser toutes les valeurs d’une société sur la compétition ne mène à rien de bon, on aura tout compris!!
    sur ce, bonne journée! 🙂

  3. Ha mais moi non non je fais des fraisiers à étages et mes enfants sont beaux, sages et supérieurs en tout !
    MOUHAHAHA
    Billet auquel j’adhère complètement.
    Bises

  4. hello, billet très juste, mais néanmoins il ne faut pas nom plus sombrer dans la normalité. Chacun est unique, pas meilleur ni pire que les autres. Ne pas chercher à avancer ou à grandir en écrasant les autres est effectivement une voie pleine de sagesse, mais se fondre dans la masse et dissimuler ses traits ou ses différences dans l’uniformité n’est pas une meilleure solution.

    Il faut je pense trouver un juste équilibre entre toujours chercher à être meilleur que les autres et toujours chercher à être comme tout le monde. Je pense que l’épanouissement de la personnalité passe par là.

  5. Très bon billet, c’est une réalité que j’observe depuis un moment.
    Et pas uniquement en ce qui concerne les mères et leurs enfants, mais autour de moi, c’est à qui montrera qu’il a le couple le plus solide, le plus aisé, le plus amoureux. C’est à qui aura le plus d’amis, le plus d’argent, qui aura l’homme le plus attentionné, le plus tendre, le plus travailleur, le plus drôle et tout ça pour quoi ??
    Pour se comparer ? Être le plus fort ?? Le ou la meilleure ??
    Je trouve ça ridicule, puéril et pathétique.

    J’évite maintenant ce genre de personne, et lorsque je suis obligée de les voir, je me blinde et j’écoute leurs simagrées d’une oreille distraite…
    Laissons parler les gens…et soyons heureux à notre façon !!

  6. L’autre jour à l’école…
    (une maman super fière) Ma fille elle sait compter jusqu’à 12 en anglais…. (merci Dora)
    (moi) Ben mon fils, il sait compter jusqu’à 27…

    (regards jaloux des autres mères)

    (moi)…en français….

    (soulagement dans le public)

    mouhahaha

  7. Tu as bien raison, je partage ton avis.
    Tout est question de mesure. Un peu de renforcement positif pour que nos enfants aient confiance en eux, savent qu’ils font « bien », super important le capital confiance je trouve.
    Mais pas de trop, pas de « meilleur, plus fort que, moins bien, tu as perdu, tu as mal fait… » nonoonono…
    Et puis les autres…. (…) Oui on peut être fiers, mais là encore, tout est question de mesure je pense… Encore une fois les superlatifs « plus que, meilleur » ou les « ah oui mais le mien.. » pas pour moi.
    On est tous différents, imparfaits que nous sommes, et chacun avance à son rythme non??

  8. Encore un article que je vais partager pour déculpabiliser les mères et les pères qui se demandent encore pourquoi leur enfant ne lit pas Flaubert à la maternelle.
    Merci les Moukraines !

  9. Tout à fait d’accord avec ce billet. En plus, les enfants ne développent pas tous leurs compétences en même temps et peuvent rarement en développer plusieurs à la fois. Exemple, d’une manière générale tous les enfants en CP sauront lire à la fin du CP … Certains à noël, d’autres en février, d’autres encore à pâques … chacun à son rythme. De plus on a tous des points forts et faibles et le principal est de respecter nos congénères dans leur intégralité. La dernière phrase est très bien vue et on serait tous plus heureux si chacun l’appliquait.

  10. J’ai un peu le même billet dans mes brouillons mais je ne suis pas encore passé à la publication car mon premier jet est trop virulent sur le sujet… depuis 8 ans que je blogue j’ai toujours détesté les billets sur la marche, le pot, les tableaux de motricité des enfants et j’en passe… sans parler des publications de photos des bulletins sur Facebook ou twitter et des enfants qui savent lire avant tout le monde … j’avais dit par ailleurs comme toi que j’avais le sentiment que mon enfant n’était pas normal en lisant les blogs et encore aujourd’hui certaines choses peuvent faire « toucher »… après j’aime bien dire quand ma fille aime un film que j’aime parce là j’ai plus l’impression d’avoir réussi à lui inculquer un truc que son premier pipi au pot qui de toute façon aurait eu lieu un jour ou l’autre car c’est son destin d’enfant d’y arriver 🙂
    j’essaie de faire hyper gaffe à ça quand je parle de ma fille, de rester centrée sur les émotions et non sur les performances parce que les lire ailleurs me gave au plus haut point…
    du coup je ne vais pas publier mon billet mais je te mets le début voilà 🙂 ça résume mes pensées et rejoins ton billet…

    « Un truc qui m’énerve pas mal et en même temps ce n’est pas grave non plus, ce ne sont que des blogs, ce sont les blogueuses qui se la jouent décomplexées, bonnes copines, pas parfaites etc mais qui ne perdent jamais une occasion de te rappeler que ses enfants sont au choix : excellents à l’école, mangeur de légumes verts en quantité ou encore doués en musique, dessin, et autre activité artistique de renom. Je n’ai rien contre les enfants parfaits soi-disants pas parfaits, mais je ne suis pas fan du côté « je te déculpabilise » et paf « je t’assène le coup de massue parce que mes enfants sont trop des cracks en tout… »
    Je déteste cette période où les unes postent des photos des bulletins sur Facebook ou copient collent les meilleures remarques. J’ai du mal avec celle qui fait genre et qui au détour d’une toute petite phrase en profite pour placer l’exploit de dingue de son rejeton : il a marché à 6 mois, a fait caca sur le pot à 1 an, a su lire à 2 ans ou a su faire une division en CP…
    Parfois j’ai l’impression que certaines ne se rendent pas compte qu’elles renvoient à d’autres leur médiocrité mine de rien en écrivant des billets sous couvert d’humour tellement drôle. »

    • On a donc parfaitement le même avis. Mais tu devrais quand même publier ton article, il me semble très intéressant et bien écrit, je serai ravie de le lire en entier !

  11. J’aime bien quand tu t’énerves…
    Je ne sais pas si je les évite ou si elles me fuient, mais il y a très peu de mères ‘parfaites’ autour de moi, j’en arrivais même à me demander si elles n’étaient pas carrément en voie de disparition… ou alors, il y a ici un micro-climat qu’elles ne supportent pas, une conscience collective de nos limites, un genre d’acceptation fataliste et assumée de notre normalité qui les fait déguerpir… et franchement, c’est reposant.

Une remarque ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s