J’aime pas le bonheur

famille ricoré

J’aime pas la guerre, les maladies, les gens méchants, la pauvreté, la mort, les escarres et les mycoses.
Mais s’il y a bien un truc que je déteste par dessus tout, c’est les jardins d’enfant et leur étalage de bonheur familial.
Et encore plus le week-end.
Tous ces petits couples avec poussettes, concentrés sur leur enfant et son épanouissement. Pendant qu’elle surveille le p’tit au bac à sable, lui va chercher une glace ou une crêpe. C’est une affaire qui roule. Presqu’une petite entreprise. C’est dégueulasse.
Cette solidarité dans le torchage de caca, le nettoyage de morve, la gestion du pétage de gueule dans toboggan et autre vol de pelle. Ca fabrique du bonheur, on s’entraide. Et toujours ces regards complices autour des prouesses du nain.
T’as vu, il a fait un pâté.
Et la p’tite entreprise, fière du fruit de son amour, de s’extasier devant la performance du bambin.
C’est vrai, qui d’autre que l’autre parent peut partager la fierté des exploits de son enfant ?
Ca m’énerve cette petite machine bien huilée. Des vas-y que je te prends dans les bras et on fait risette pendant que papa prend la photo. Quand ya vautrage, yen a toujours un pour courir relever ce qui reste du nain pendant que l’autre garde toutes les affaires. Vous n’en avez pas marre d’être heureux en famille ?

Ca vous fait pas chier d’étaler tout ça au grand jour ?

Je suis jalouse. Je sais, c’est mal d’être envieuse. J’ai un peu honte. On devrait toujours se réjouir du bonheur des autres. Je n’irai surement pas au paradis.
Je suis jalouse parce que moi ma p’tite entreprise elle a connu la crise. La grosse crise des familles même. Elle a pris l’eau par le fond. Il ne restait plus qu’un vague bout d’épave qui flottait contre vents et marées. Ca tanguait sévère, parfois ça manquait de couler, mais finalement ça n’a jamais totalement sombré.
Ma p’tite entreprise a foiré pour diverses raisons. Mais surtout parce que l’associé a foutu le camp à la concurrence, à peine deux mois après la sortie du produit.
Comme ça, bing, tsunami dans ta gueule. C’est moche. Après une association fructueuse de 7 ans.

Alors moi quand elle tombe, j’ai les courses sous un bras, le PC portable du boulot sous l’autre, et quand j’arrive pour la ramasser, je ne sais pas où la mettre.
Au jardin d’enfant, je cours acheter une glace alors que j’ai quémandé 10 minutes de surveillance à une famille Ricoré alentour. J’implore la pitié. Et quand je reviens avec ma glace elle a déjà bouffé la moitié du sable du bac, elle n’a plus faim.

Mais le pire au final, c’est pas d’affronter le bonheur familial au parc. C’est d’être seule avec ton enfant quand il est malade, en pleine nuit. Quand à 2h du mat’ il a de la fièvre. Que ton lit s’est transformé en piscine à vomi et que personne n’est là pour t’aider à prendre du recul, à ne pas paniquer. Supo dans une main, pipette à doliprane dans l’autre, tu fais des mouvements totalement désordonnés, telle une mouche dans un bocal, au point de ne plus savoir quoi mettre où.
Maintenant je sais que je peux me charger de tout, j’ai confiance en mes décisions. L’expérience m’a prouvé que je pouvais affronter toutes ces situations avec relativement de calme.

Et je vais au parc le sourire aux lèvres désormais, fière de la maman que je suis.

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38 réflexions sur “J’aime pas le bonheur

  1. Ah être parent solo est une place hyper dur les gens qui ne connaissent pas ne se rendent pas compte.
    Car ils sont ce confort de pouvoir s’appuyer sur l’autre
    J’ai été maman solo longtemps et on passe par de sacrés étapes, beaucoup de doutes et au final plus d’assurance car nous gérons tout et nous faisons grandir et évoluer un être humain seuls
    Bravo à toi être solo avec son pitchou est aussi une forme de famille et qui a autant le droit au bonheur que les familles classiques, c’est juste un bonheur plus bordélique et multifonctionnel^^

    • Merci pour ton joli mot. C’est exactement ça, un bonheur « plus bordélique et multifonctionnel ». Mais un grand bonheur quand même tu as raison. Et contente pour toi que tu sois sortie de la soloîtude et de ses potentielles galères…

      • De rien cela m’a touchée et rappelé certains moments que j’ai vécu. Et avec Superchewi nous avons pleinement conscience que rien n’est acquis ni jamais définitif c’est peut être qui fait que cela fonctionne l’incertitude^^

  2. Ça c’est un p*tain de billet qui me plait ! On ne lis pas souvent cela… Et tu l’écris avec tant de justesse! Bravo à toi… Et sinon, moi je ne sais pas si je ressemble à une famille Ricorée, je sais juste seule je serai sans doute une mère un peu moisie… Enfin, je ne sais pas, j’aimerais te ressembler.

    • hahaha une mère « un peu moisie », jolie expression j’adore. Si tu te poses la question c’est déjà la preuve que tu ne l’es probablement pas…

    • Merci Paf ! le P.A.F, ça fait d’autant plus plaisir que ça vient d’un monsieur (et quel monsieur !)

  3. Si tu as besoin, je jouerai le rôle de la maman de la famille Ricoré pour que tu ailles acheter ta glace. Et même que tu pourras même aller te coiffer le temps qu’on regarde tous un dessin animé à la maison 😉

  4. J’ai toujours été « admirative » de ces parents solo qui arrivent à gérer des enfants et le quotidien. Dans bien des situations je me mets à penser : « mais comment ferais-je seule ? »
    Je sais que quand nous y sommes confrontés, on le fait bien entendu, sans réfléchir. C’est une force et je dis juste bravo et merci pour ce texte pour tous ceux qui s’y reconnaitront (famille Ricoré ou parents solo ;-))

    • C’est vrai que si j’avais du imaginer à l’avance vivre ça je me serais dit impossible je n’y arriverais pas. Et quand on y est, ben on gère ! Et au final toutes les mamans solos que je connais (certaines avec 2 enfants…) sont toutes à la hauteur de la tâche. Merci pour ton gentil commentaire et contente que les « familles Ricoré » s’y reconnaissent aussi !

  5. Chui une famille Ricoré, et je m’en excuse, me jette pas de pierres… Par contre quand mon mari part pour des temps plus ou moins longs, et que je me retrouve à passer des semaines en parent solo, et bien je me dis que toi, au quotidien, je te bravotte, car merde c’est du boulot, des angoisses, des appréhensions, des doutes, des r@%@jj&%@, et j’en passe… Si au final je ressors toujours de ces périodes en me disant  » je l’ai fait », je suis exténuée… Clap clap à toi.

    • Quand le papa est souvent en déplacement, c’est en effet un peu pareil. Si tu en as plusieurs en plus je comprends que tu termines exténuée. Le retour du papa doit être un peu une libération.

  6. J’ai été tellement souvent seule, quand mon homme était absent qu’à chaque fois qu’il rentrait, j’avais une pensée émue pour tous ceux et celles qui, justement, n’ont pas la chance de voir revenir leur conjoint.
    Bravo pour ce joli texte et bravo aussi pour le reste!

    • Merci pour ces mots, et aussi d’avoir eu des pensées émues pour les mamans solos quand toi même a connu la gestion seule de tes enfants

  7. Nous sommes la famille Ricoré je l’avoue mais je compatis quand même car on n’est famille Ricoré que le weekend.
    La semaine je suis souvent solo parce que papa chouquette est beaucoup en déplacement ou au mieux il rentre tard.
    Du coup j’ai connu le parc en solo (et je connais encore) les nuits à gérer toute seule les galères de bébé etc. Mais je me dis aussi comme toi, que s’il arrivait une merde a la famille Ricoré-que-le-weekend Ben je saurais si forcément gérer seule, en wonder maman que je suis.
    Chapeau bas à toi, t’aimes pas le bonheur mais ce que tu as avec ta fille, ça y ressemble fort 😉

    • Merci et Bravo à toi aussi, on peut être maman Ricoré que le week-end et être une wonder maman aussi visiblement

  8. C’est surtout, comme tu le soulignes bien, en plein milieu de la nuit, quand on ce demande si c’est grave ou si c’est très grave, que la solitude se fait le plus sentir.
    Mais au final, c’est grave bon pour l’ego: on peut le faire toute seule, comme changer une roue, que les déserteurs se prennent ça dans le pif.

    • Oui ma grande satisfaction c’est ça. De ne dépendre de personne pour gérer ces moments là, et je crois qu’au final c’est pas mal pour mon ego, moi qui avais un peu tendance à la dépendance à l’autre… Au final, et je touche du bois, je n’ai jamais eu à gérer que du pas trop grave. Pourvu que ça dure

  9. Tout ce qui ne te tue pas te rend plus forte ! Regarde tout ce chemin parcouru, tous ces défis relevés, toutes ces angoisses envolées et continue à être fière de toi !

  10. Bof, le nombre de fois où j’ai entendu que nous étions « la famille parfaite », « le couple parfait »… En fait, nos enfants nous énervent comme dans toutes les familles, on se prend le bec comme dans tous les couples… Et puis le parc, moi, ça me permet surtout d’occuper mes filles et de souffler un peu. Et je ne suis pas prête à laisser passer des bons plans comme ça qui me permette de garder ma sanité!!! Lol Il faut se méfier des gens « qui ont l’air parfait » et du regard culpabilisateur qu’on pense qu’ils nous porte. Souvent ils sont peut etre tout simplement admiratif devant un parent qui gère tout seul ou ont de l’empathie devant un parent qui doit faire face à un môme qui hurle parce que c’est le moment de la journée où il a besoin de hurler pour évacuer son stress, sa fatigue, son énervement… 😉

    • Je suis d’accord, il y a beaucoup de famille parfaite en façade. Mais je pense que gérer ses enfants et les tensions que ça provoque quand on est en couple un peu bancal, ça doit être encore plus dur que de gérer seule… Je n’ai jamais senti de regard culpabilisateur des couples, juste je me sens différente et envieuse (parfois surement à tort)

  11. ahhh…comme ce que je viens de lire résonne en moi! Alors merci pour ce petit biellet du soir!

    Ici aussi l entreprise a foiré après 12 ans..le 1er produit avait un peu moins de 3 ans …le 2e produit avait 3 semaines
    Oui je sais ça a l air insurmontable…en fait ça l’est un peu, beaucoup parfois..mais t as pas le choix donc tu fais de ton mieux!
    A base de bonnes galères mais aussi de jolies douceurs qui te rendent fière..
    A Noel, j ai quand même tenté de commander une paire de bras supplémentaire.. On ne sait jamais 🙂
    …en attendant et heureusement, j’espère que c’est pareil pour toi, j ai la chance d’être bien entourée par la famille et les amis

    Je file, j ai tenté de négocier avec le chat pour aller remettre la tututte de bébé n°2 😉 ..il n a pas l air motivé..pff 😉

    • J’en ai des frissons à lire ton commentaire. 3 semaines et 3 ans. La vache. J’imagine ce que tu as du traverser. Oui dans ces cas là il faut avoir une famille bien présente, ce qui a été mon cas. Bravo à toi, vraiment. Et courage avec tes 2 enfants et ton « branleur » de chat 😉

  12. Je suis passée par là aussi. Pendant de longues années. Quand les enfants sont malades, c’est l’enfer. Ou pas, finalement, quand je vois comment mon mari actuel flippe quand nos enfants le sont… mais le pire c’est quand on est malade… et qu’ils ne le sont pas !

    • C’est vrai quand tu es terrassée par une bonne maladie pourrie et que ton nain a la pleine patate. Et qu’en plus te sentir diminuée l’angoisse et le rend encore plus chiant 😉

  13. Ce doit être difficile à vivre et visiblement, tu t’en sors très bien (comme le prouve ce petit texte). Je voudrais juste « défendre » ces étaleurs de bonheur au parc… parce qu’on les voit au parc mais qu’on ne les voit pas chez eux… qu’ils sont peut-être deux, mais que c’est parfois plus compliqué de ne pas savoir si on peut compter sur l’associé… ou pas. Parce que chacun a ses humeurs, parce que le bonheur est une montagne à gravir chaque jour et qu’au moindre faux-pas on atterrit tout en bas… et qu’il faut à nouveau tout recommencer.
    Solo, tu n’as personne sur qui compter, et il n’y a personne qui puisse te décevoir. Je me demande si parfois ce ne serait pas plus simple, au quotidien, que d’avoir un associé avec lequel il faut tout négocier, qu’il faut motiver, qu’il faut encourager, soutenir, rouspéter… J’ai 2 enfants, et 2 autres en cours de fabrication qui ne devraient plus tarder à naître… Les gens qui nous croisent pense que nous sommes une famille heureuse… nageant dans le bonheur… Je te garantie que le bonheur a des goûts très amers ces temps-ci… Cependant, pour le moment, je parviens encore à trouver l’énergie de me battre pour maintenir tout ça, pour que mes enfants soient heureux, et aussi parce qu’il y a encore de bonnes choses qui valent la peine d’être sauvées. Rien n’est plus éphémère que le bonheur.

    • Pas d’attente, pas de déception, c’est vrai. 2 enfants et une fin de grossesse pour 2 de plus, c’est une épreuve. Si l’associé n’est pas dans une phase Ricoré ça doit être dur. 4 enfants, ça me laisse admirative. Courage pour la suite. Et plein de bonheur à toi, même si parfois c’est sur.

  14. Je trouve ces réactions normales et très saines… se trouver sans arrêt en face de gens qui te renvoient une image du bonheur rêvé ou idéalisé…
    je ne suis pas maman solo dans la réalité mais tellement souvent dans les faits et j’imagine très bien tout ce que tu ressens… le côté maladie en pleine nuit avec personne pour aider est aussi ce que j’imagine de pire dans les situations à gérer seule… je l’ai d’ailleurs fait et finalement prendre la voiture à 5h du matin, traverser la forêt en plein hiver pour aller aux urgences dans un hôpital que je ne connaissais pas, ben au final ce n’était pas si terrible… depuis que je suis maman je me rends compte à quel point on trouve de la ressource en soi, on se dépasse et malgré les moments difficiles on y arrive… et puis qui sait, tu n’es pas à l’abri de te retrouver un jour à la place de la famille Ricoré 🙂

  15. C’est en effet bien difficile de gérer son « entreprise » toute seule. C’est genre t’es le patron c’est chouette ok mais t’as pas d’employés, juste de temps en temps des intérimaires (parents, amis ou « mecs de passage »…j’aime pas dire ça mais bon…). J’ai souvent été seule avec mes filles, garde alternée pour l’une dès ses 4 ans, et fin de grossesse, accouchement et retour de la maternité toute seule pour l’autre quand la plus grande avait 7 ans. (et 2 papas différents s’il vous plait). Ben tu gères, t’as pas le choix. Et heureusement que tu as « mamie » sinon tu coules. Et le pire c’est quand tu tombes en dépression, que ça dure plus de 2 ans, que t’as des vertiges, des crises d’angoisse, des mini malaises et que tu dois accompagner ta petite à l’école, gérer le ménage, les courses, les repas, les gastro (aaaah les gastro…) alors que tu tiens à peine debout. Je ne suis pas courageuse, je suis une feignasse et j’ai peur de tout mais je m’octroie une médaille quand même, non mais…bonne continuation et bon courage avec ta fille.

    • La dépression peut en effet ne pas être loin. Ou te frapper de plein fouet. Un retour de maternité toute seule, l’angoisse, j’imagine. Tu la mérites ta médaille, et bonne continuation à toi aussi.

  16. Très joli texte et beaucoup de courage. Visiblement, tu t’en sors pas mal, ton EIRL (Entreprise Individuelle à Responsabilités Lourdes) a l’air de fonctionner plutôt bien, tu peux être fière !!!
    Si ça peut te rassurer, la vie de famille Ricorée n’est pas toujours rose non plus… Comme toute situation, elle a ses avantages et ses inconvénients. Quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve, le tout est de finir par y trouver son équilibre. Tu as l’air d’avoir réussi en tout cas…
    Je te souhaite beaucoup de bonheur, et pourquoi pas, de trouver le bol pour y mettre ta Ricorée…

  17. Très chouette article, et bien écrit avec ça. Je suis du premier clan cité, la famille Ricoré. Je ne m’en sens pas coupable, car j’ai toujours mesuré ma chance. A chaque regard de satisfaction parentale, à chaque pâté bien fait, la bouffée de joie qui m’emplit est assortie de la pensée « tu es une veinarde ». Et si on est tjs en train de se demander nos avis (« je lui mets plutôt le haut bleu ou le jaune? Haricots vers ou épinards? »), je sais aussi que quand l’autre n’est pas là, ou pas joignable, on ne se pose pas la question, on fait seul, et on compte sur soi. Ma mère m’a dit un jour que pour être bien à deux il fallait être bien avec soi même, et je crois que tu es comme ça, bien avec toi-même, droite dans tes bottes, malgré tes quelques doutes, et du coup vous êtes bien à deux, avec ta fille. Tu as l’air d’être une maman incroyable, continue de nous faire partager tes coups de gueule… et tes joies! C’est un plaisir de te lire…

  18. Pingback: INTERVIEW: "Je suis maman solo" |

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