L’instruction en famille (et les pâquerettes)

paquerette

Il ne vous aura pas échappé que l’école et sa maison mère, l’éducation nationale, génèrent régulièrement moult polémiques et réflexions à l’emporte-pièce sur une thématique commune “les instits ces feignasses, les profs ces feignasses, les dames de cantines ces feignasses, les atsem ces feignasses, les animateurs ces feignasses”. Il a pu m’arriver, des jours où j’étais fatiguée, et sûrement en fin de cycle, de lancer au débotté, à l’annonce d’une grève par hasard : “ah ben voilà franchement si je passais à l’éducation à la maison hein ben ça changerait pas grand-chose à mon emploi du temps !” (vous noterez ici le sens de la mesure et la pondération propres à mon caractère méditerranéen).
Sauf que voilà, j’ai dû m’y coller, pour de vrai. Petit dernier étant absent depuis une bonne semaine, pour un énième truc en ite, s’est pris de soudaines angoisses sur tout ce qu’il aurait à “rattraper” en reprenant l’école. Oui, vous avez bien lu, fin de grande section, 5 ans et demi, et déjà l’angoisse de ne pas finir le programme, certains seraient fiers sans doute, moi ça m’a déprimée.
Mais bon là n’est pas la question.

J’ai donc tenté l’Instruction en famille de transition à coups de cahiers d’activité et de polycopiés gentiment donnés par la maîtresse. Oui j’ai bien écrit polycopiés, non nous ne sommes pas soudainement revenus en 1984, oui ça se fait encore, parfaitement c’est toujours aussi moche.
Dans un premier temps : euphorie de la découverte, chance du débutant ou autre, on s’est bien marrés. On a écrit prout/zizi et caca en majuscules, j’ai fait des phrases avec, il les a lues et recopiées en tirant la langue c’était vraiment poilant. Bon au bout d’une heure et demie il en avait marre et moi aussi, je lui ai passé l’iPad et je suis allée bavasser avec les moukraines sur notre groupe secret FB en me demandant comment faisait l’instit pour tenir une journée avec 28 comme le mien et sans la possibilité d’écrire « prout » pour égayer l’ambiance.
Ce matin rebelote, mais cette fois-ci avec les fameux polycopiés donc le VRAI programme, l’officiel, no zizi inside. 1er exercice : découper des objets et coller dans un gros carré ceux qui contiennent le son A. Le temps que l’enfant découpe, tu peux bouquiner un peu ou te manucurer une main, utile ! Il colle ses machins (nouvelle pause parentale : il semble hésiter entre coller ou bétonner les vignettes pour l’éternité en zone cyclonique vu la dose de colle utilisée), légère hésitation sur noisette (noazette ?), qui est un peu perfide et c’est bon.

Soudain arrive l’ennemi qu’on n’attendait pas : le polycopié de calcul à coup de pâquerettes qu’il faut dénombrer, tu as 2 pâquerettes dessinées et on t’en demande 7, tu dois donc te pignoler (enfin ton enfant) le dessin de 5 pâquerettes supplémentaires. Mais la pâquerette Éducation nationale est fourbe, elle comporte 20 pétales et l’enfant m’indique qu’il faut recopier E-XAC-TE-MENT la pâquerette de la maîtresse sinon tampon de bonhomme faisant la gueule à prévoir, honte sur toute sa famille sur 4 générations, etc. OK. Il y a 8 lignes et environ une vingtaine de pâquerettes à dessiner par-ci par-là. OK.
Dés la deuxième ligne je sens que ça va être coton de le motiver pour finir. Cet enfant, forcément formidable puisque c’est le mien, regarde dans le vide, chantonne, semble avoir des vers au cul et je dois lui dire 4 fois de finir sa ligne. A la quatrième ligne, la pâquerette semble passée par Tchernobyl et il faut commencer à employer un ton de maîtresse des années 50 pour qu’il finisse. A la 6ème ligne il est passé en mode négociation et moi en mode menace, on transpire tous les deux, je peux plus blairer les pâquerettes et franchement ça aurait changé quoi de foutre des ronds à la con puisque c’est pour apprendre à dénombrer et pas dans l’objectif du passage du CAP horticulture ?
A la 7ème ligne je regrette terriblement ce jour enfant malade que j’ai pris et aussi d’avoir un jour arrêté la contraception, l’amour c’est naze, qu’est ce qui m’a pris de m’inscrire sur meetic ce jour là ?
A la 8ème ligne je déclare solennellement que l’Instruction en Famille est une secte, que ces gens sont fous et masos et que j’irai leur coller des bouquets de pâquerettes sur leurs tombes et que je vais faire un crédit revolving pour offrir un vrai cadeau à la maîtresse cette année.

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39 réflexions sur “L’instruction en famille (et les pâquerettes)

  1. Merci merci pour cette rigolade du matin, sujet super bien abordé amené avec votre humour légendaire maintenant
    bravo^^

  2. Et une bonne lecture pour commencer la journée ! Ca c’est fait 🙂
    J’ai bizarrement, toujours eu une espèce d’admiration pour ces maîtres, maitresses, ATSEM et tous ceux qui gravitent autour de nos chers enfants objectivement fabuleux.
    1 + 1 font 3 : ne jamais l’oublier.

  3. Merci pour le gloussage du matin, je me reconnais bien là, moi tentant d’apprendre à lire à Minimi qui réclamasse de vouloir lire. Idem 5 ans 12, grande section, CAP horticulture en prévision (mdr!!)
    Je pense que ça s’improvise pas ce genre de choses… Je vénère tout le personnel qui encadre nos enfants, je sais pas comment qu’ils font, mais il méritent bien une médaille de la patience je pense…

  4. J’ai rit, c’est mal mais vénérait trop drôle !
    Je me suis déjà retrouvée dans la même situation avec une semaine de maladie du Dictateur suivant une semaine de maladie de la maîtresse, précédent deux semaines de vacances ( tu me suis toujours lol) . En gros, 1 mois à la maison en plein milieu d’année ça faisait beaucoup. J’ai lâché au bout du troisième jour et ai préféré faire apprendre ( la vie) à mon fils, au parc avec ses patins a roulette !
    Ceux qui font l’école à la maison … C’est un concept !

    • En fait en petite section, l’école ne le prenait que le matin de 8h20 à 11h20 parce qu’il est de fin d’année et je pense que cette année scolaire là a sonné le glas de mes capacités pédagogiques. Je suis admirative de ceux qui réussissent et ont plaisir à pratiquer l’IEF parce que moi ça me rendrait dingue et désagréable

  5. J’aime beaucoup le ton de l’article…quand la motivation s’envole, ne reste plus que l’envie d’effeuiller quelques marguerites au soleil…

  6. Que du bonheur. Je n’ai vraiment pas hâte d’arriver à ces moments où il faudra lui faire faire ses devoirs. Et c’est quoi ce délire avec les pâquerettes? Tu es devenue paquerettophobe depuis?

  7. Non mais never on fait la classe à la maison puisque la maison c’est la maison enfin.
    La maîtresse de PS de la Collégienne, à peine 4 ans tout frais donc: « si vous voulez pendant les vacances vous pouvez lui apprendre à lire, elle est prête! » J’ai dit: « non mais chacun son métier, je lave ses chaussettes, vous lui apprenez à lire, ok? »

  8. Que ça fait du bien de lire ça.. et de se poiler au passage ! perso, j’ai passé (perdu ? ) 15 minutes ce matin à persuader (supplier…) un mouflet de 10 ans de bien vouloir entrer en classe… même pas bosser, hein, juste entrer pour pouvoir fermer la porte et être sûre qu’il ne se pendrait pas au porte manteau ou que sais -je encore ! Bref, lire qu’on sert encore à quelque chose, ça fait du bien !

  9. J’ai fait l’instruction en famille (au départ par obligation, pas par choix de vie etc… peut être que ça change la donne pour le « ressenti »!), pendant 1 an, avec un niveau CE1 et un niveau 6ème… au secours!
    Ce fut laborieux, j’vous l’dis…
    J’ai eu des envies de meurtres, d’infanticides, de tortures avec actes de barbarie (je suis pas passée à l’acte hein, soyons claires!)
    Quel bonheur, quel soulagement ce jour béni où ils sont retournés à l’école, la « vraie », celle où c’est pas moi qui doit supporter, gueuler, menacer, argumenter comme une vendeuse de tapis pour faire avancer d’une ligne!! :p
    Mais j’avoue que parfois ça me manque un peu aussi! Voir qu’en 1 an de boulot, (léger, j’avoue on était loinnnn du nombre d’heures préconisées), ils sont rentrés à l’école avec un niveau top, dans les 3 premiers de la classe depuis (c’est à dire depuis 3 ans)! Comme quoi, je devais pas être si « naze » en instit’!
    L’envie de recommencer me titille avec la N°3, qui est censée rentrer à la maternelle en septembre (selon moi….) à 2 ans 1/2 mais qui apparemment, vu les niveaux de remplissage de classe, ne serait prise qu’en septembre 2015!
    Lui faire « perdre » 1 an me fait royalement CH*ER donc, pourquoi pas m’y coller, une fois de plus! J’suis rodée maintenant!
    En tout cas, je me suis pris un bon fou rire en lisant !! Souvenirs, souvenirs! Et j’ai découvert ce blog par la même occasion, je pense passer souvent par ici maintenant!

  10. Excellent! On les envie pour leurs nombreuses vacances, mais peu serait capable de tenir une demi-journée avec 30 gnomes à éduquer! Vive les enseignants ( quand ils sont sympas, hein!) bonne journée

  11. Je compatie, moi j’ai passé 2h interminable dans une classe de petite section ce matin (la crèche nous avait gentiment inviter à voir le futur environnement de notre enfant). Ah nan, c’est sur, 2 pour 27 gamins, elles ont bien méritée toutes les vacances scolaires …

  12. Outre l’abnégation quasi ursuline requise pour supporter des hordes de monstres à longueur de jouréne, le troll en moi ne résiste pas à l’envie de souligner que les méthode d’enseignement actuelles semblent bien étranges : photocopies (voire polycopiés) en vrac à coller de ci de là, énoncés débiles écrits avec les pieds par des illettrés (franchement, si on lit ce qui est écrit, ça fout la trouille), j’en passe et des meilleures !
    Et pendant ce temps on ne forme plus les instits, on recrute sur titre, parce que bien sur, avoir un savoir et être capable de le transmettre sont deux capacités strictement identiques…
    Résultat, un mammouth qui ponds des débiles en chaîne (des deux côtés) à des coûts délirants. A n’en pas douter, le mammouth se réjouit de voir les uns vociférer pour conserver, à défaut de leur estime de soi, quelques vagues pseudo-privilèges, et les autres les taxer de fainéantise, incompétence (merci le mammouth) et autres délicatesses ! Pendant ce temps, le mammouth déjà bien obèse continue à engraisser et à scléroser durablement toute forme d’une éducation présente et surtout à venir qu’il aurait du en principe promouvoir ! Le mammouth est à l’image du système, complètement à bout de souffle et sclérosé par son administrativite qui nivèle tout par le bas…
    Allez, assez trollé pour cette fois !

  13. J’ai failli me faire renverser par une voiture ce matin en allant au travail parce que je me marrais comme une conne à te lire. La fin de l’article est grandiose ! Merci ❤
    Si tu comptes ouvrir un crédit revolving pour le cadeau de l'instit, je te suggère la boutique de Jack Koch, c'est assez cher mais c'est super chouette.

  14. Je découvre ton blog avec ce billet, lu à minuit en train d’essayer de rendormir mon fils; autant dire que mon fou rire ne m’a pas aidée!
    Je m’apprête à faire l’école à mes 2 grandes l’an prochain (cp, cm2, trop fastoche) donc ton post et tous les commentaires qui suivent me font un peu paniquer 😉

  15. Suis morte de rire, je sens d’ici l’odeur du polycopié (toujours violet?) et imagine déja le prochain dessin où il faudra que tu recomptes toutes les tuiles de la maison!!!!
    J’ai accompagné hier 30 gamins en sortie de fin d’année de CE2 et, au retour, j’aurais volontiers passé tout mon groupe (c’est à dire 5 gamins dont le mien!!!) par la fenêtre du RER… Chacun son métier!
    Encore un chouette billet, super vivant, on s’y croirait!

  16. Pingback: Reconversion professionnelle : révélation

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