Le brouillard

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Très longtemps j’ai vécu dans le brouillard. Ce même brouillard que celui dans lequel ma mère s’était un temps perdue. Ce même brouillard qui a fait sortir sa voiture de la route, qui a guidé sa main jusqu’à d’innombrables boîtes de médicaments, qui a effacé son visage derrière un masque de cire. Au milieu de mes joies d’enfant surgissaient parfois les monstres, les angoisses, qui me poussaient à rentrer en courant à la maison, juste au cas où.
Un jour j’ai compris qu’il était partout, tout autour, et que moi aussi il me couvrait. Que je devrais accepter sa présence et qu’il faudrait apprendre à nager. Il m’a engloutie et a voilé mon chemin. Déformé ma vision, assombri mon futur. Je m’y suis perdue.
La pâleur masquait mon visage, les lignes barraient mes bras. J’ai tenté de le tromper en empruntant de nouveaux chemins mais il me retrouvait toujours, tapie dans un coin, blessée, mentant et cachant chaque partie de mon corps autant que de mon âme.
Je voulais juste que ça finisse. J’attendais.
Et puis un jour je me suis résignée. J’ai accepté ma défaite. Je me suis dit « ok, ça sera ça ma vie maintenant ». J’ai accepté de ne plus jamais voir le jour, de vivre dans le brouillard pour toujours. Je me disais « ça va aller ». Désormais je savais que le bonheur n’était pas un état nécessaire, que l’important était de vivre, même en étant plus jamais heureux. « Tant pis » je me disais.

Mais je vivais plus pour moi déjà. J’avais des enfants et c’est pour eux que mes yeux s’ouvraient désormais. Je refusais qu’ils grandissent en voyant le brouillard dans mes yeux, comme j’avais grandi en voyant celui dans les yeux de ma mère. Je ne voulais pas que comme moi ils cherchent des prétextes pour me parler à travers la porte de la salle de bain, juste pour vérifier.

Je suis malade. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas normalement dans mon cerveau. Un problème avec les récepteurs synaptiques. C’est ça la dépression. C’est pas « trop s’écouter » , ni « se plaindre pour rien » . C’est juste une histoire de chimie et de biologie. Ancrons ça dans la tête des gens et arrêtons de passer pour des cinglés et des feignants.

Aujourd’hui le brouillard s’est dissipé. Il revient parfois, je le laisse croire qu’il a une chance et puis il repart. Je vais bien. Je me lève, je m’occupe de mes enfants, je retrouve le plaisir, le goût, l’envie. C’était donc si simple. Si simple et tellement difficile. Se regarder en face, décider de prendre le dessus. Décider de se battre.
Je suis malade alors je me soigne. Un minuscule comprimé quotidien qui fait le boulot que me cerveau n’est pas capable de faire seul.

Plus de brouillard. Plus de monstres. Plus de vide et plus de douleur. Plus le ventre qui s’ouvre et plus de plaies. Rien que des cicatrices. Pas pour me rappeler que j’ai eu mal.
Pour me rappeler que j’ai survécu.

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Pour compléter le sujet, un article du Huff dont certains points me parlent, faites en ce que vous voulez.

Je vous mets aussi cette illustration TRÈS parlante à mon avis, que m’a gentiment suggéré ma copine Fabienne.

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Les bons conseils, d'après http://cheezburger.com/7937393408

Pour les non-anglophones :
1/ j’ai saisi que tu avais une intoxication alimentaire mais tu pourrais au moins faire un effort
2/ tu n’as qu’à changer d’état d’esprit. Alors tu te sentiras mieux
3/ as-tu essayé,…genre….de pas avoir la grippe ?
4/ je ne pense pas qu’il soit sain que tu ais besoin de prendre des médicaments tous les jours juste pour te sentir normal. Ça te préoccupe pas que ça te changes de qui tu es vraiment ?
5/ tu n’essaie même pas
6/ et bien, visiblement rester au lit ne t’aide pas. Tu dois essayer autre chose

Et enfin un dernier mot. C’est un sujet délicat, je sais. Pas facile à aborder avec des proches. Alors de la même façon qu’on m’a tendu la main, je tends la mienne à qui la veut. Vous pouvez me contacter ici ou par mail weshlaouiche@gmail.com, si le besoin s’en fait sentir.

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27 réflexions sur “Le brouillard

  1. Superbe texte, bravo car il faut un certain courage pour arriver à en parler
    Respect
    En te souhaitant que ce ce brouillard finisse par s’en aller, que tu n’aies plus à combattre.
    Que tu puisses juste pleinement profiter de la vie sereinement. car si c’est possible^^

  2. Très beau texte oui, et qui parle à beaucoup de monde je pense, qu’on soit directement concerné, ou, dans mon cas, un membre de sa famille. C’est très dur à vivre, à comprendre aussi, et ce même lorsqu’on pense être quelqu’un de très compréhensif…alors merci pour ce beau témoignage, et pour montrer qu’on peut s’en sortir, qu’on peut y survivre. Bon courage 🙂

  3. Merci pour ce joli texte qui met des mots sur tes maux, mes maux … Des personnes compréhensibles nous entoure, mais comprend on vraiment ce que l’on a jamais vécu. Je prends aussi ce tout petit cachet qui me permet de vivre presque normalement et que j’ai refusé pendant si longtemps, persuadée que je pouvais m’en passer…
    Encore merci pour ceux qui souffrent et ceux qui soutiennent.

  4. Comme tu le dis, c’est un sujet difficile à aborder alors bravo d’avoir franchi le cap et d’en avoir parlé ouvertement.
    Merci également pour toutes celles et tous ceux à qui tu proposes cette main tendue en fin de billet.

    • (eh par là j’entendais que j’ai les « mêmes » démons que toi… Que j’aurais presque pu l’écrire toussa… vu que t’as pas répondu j’espère que je t’ai pas vexée…)

  5. Et bien tu réussis le challenge d’en parler avec brio ! En espérant que ce texte puisse donner espoir à beaucoup et que ton brouillard se dissipe pour toujours. Je reste persuadée que le net peut être aussi d’une grande aide, merci pour le partage.

  6. En effet, cela parle à beaucoup de personnes dont moi…on passe pour des grosses feignasses ou des gens qui ont « un grain dans la tête » dixit mon ex-mari. Je me laisse vivre, je n’ai plus vraiment de but, enfin si des petits, pour mes filles surtout. Et comme j’ai la phobie des médicaments (effets indésirables, allergies…) et bien je ne prends pas de petit comprimé miraculeux qui pourrait me rendre la vie moins difficile. Parce que oui, je ne sais pas comment font « les autres », moi j’ai peur, je trouve la vie super difficile et pourtant ce qui me fait peur c’est de la perdre. Hypocondrie, phobies, souffrance (un rien me blesse) due aux gens qui ne m’aiment pas, me critiquent et entretiennent cet état anxio-dépressif dont j’ai souffert pendant plus de 2 ans et qui essaie de revenir de temps en temps. La porte est fermée mais ce con il essaie de rentrer par la fenêtre…

    • La médication n’est pas LA solution. C’est un problème tellement personnel… As tu envisagé une thérapie ? J’ai vu des psychiatres, des psychologues,.. Ce qui m’a aidée ? La sophro avec une sage femme pendant ma grossesse, un avocat rencontré dans une affaire de séparation, mes amies, ma cousine, une psy clinicienne aussi. À chacun de trouver la méthode qui lui correspond le mieux. Reconnaître qu’on a besoin d’aide et accepter cette aide , c’est déjà un grand pas de franchi.

      • J’ai tout essayé ou presque, plusieurs psychiatres, j’ai fait une thérapie cognitive et comportementale, de la relaxation/visualisation, de l’hypnose Ericksonienne (je ne sais plus l’écrire), du Taï chi, de l’acupuncture et d’autres choses bizarroïdes pour lesquelles je ne trouve pas de nom et rien n’a fonctionné. Ce qui m’a sortie de la dépression c’est une rencontre, celle avec mon homme. Mais j’ai des séquelles, l’anxiété, le stress, l’hypocondrie et la peur des réactions allergiques sont toujours là. Du coup ayant tout essayé ou presque (pas les moyens de tester la sophrologie qui me tente bien), la médication serait peut-être la solution ou du moins une solution passagère qui me permettrait de « guérir » mon trouble anxieux généralisé…

        • Alors saute le pas. Essaie. On peut avoir une belle vie même avec des problèmes de neurotransmetteurs qui déconnent. Rappelle toi que plus tu seras heureuse plus tu pourras donner du bonheur à ceux qui t’entourent. Marcher avec une énorme sac à dos ça fatigue beaucoup. Le poser au bord du chemin et continuer la route c’est peut-être une bonne solution? Bises et courage

  7. J’adore la photo que tu as choisie! Nan, je déconne.
    Bravo pour ces jolis mots pour parler d’une si dure réalité et dans laquelle tant se perdent.
    Très heureuse que tu en sois sortie, ne serait-ce, égoïstement, que pour avoir le plaisir de te lire.

    PS : expecto patronum ! (sorry, c’est compulsif, je ne pouvais pas m’empêcher)

    • J’ai choisi cette photo parce qu’en lisant harry Potter, je me suis dit que les detraqueurs faisaient précisement ce que la dépression faisait. Plus tard j’ai lu dans une interview de J. K. rowling qu’elle avait créé les detraqueurs JUSTEMENT en pensant à la dépression qu’elle avait traversé.
      Aucune image ne correspondait mieux.

      • ça alors, je ne savais pas du tout! Moi, je croyais que les Détraqueurs étaient une référence à l’Anneau unique qui détruit l’espoir.
        Encore mieux, alors.

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