La pause

la pause
Il y a un an tout juste j’ai réussi à quitter l’endroit que j’appelais la “boîte à cons”. Ça a été difficile, ça n’a pas été sans perdre beaucoup d’énergie, d’enthousiasme et m’asseoir sur quelques droits. Je traîne encore cette vilaine aventure professionnelle avec moi puisque je n’ai pas voulu céder et qu’en février des juges statueront sur une situation qui aurait pu me conduire à développer un cancer ou un infarctus précoce comme tant de personnes malades du travail dans notre chouette pays.

A la sortie de la boîte à cons j’ai eu envie de faire une pause, passer un peu de temps à me demander pourquoi hier et comment demain.
Et puis le milieu professionnel, le réseau, la trouille primitive de perdre une opportunité, ont fait que lorsque l’on m’a proposé au bout de 2 semaines de repartir en mission pour plusieurs mois et bien j’ai accepté. J’ai voyagé beaucoup, essayé de profiter de mes mecs trop peu, tenté de réfléchir à ce qui s’était passé jamais. Je me suis épuisée dans l’hyperactivité, c’est ce que je sais le mieux faire.
Cet été j’ai dit non, non je ne prolongerai pas, non je ne suis pas disponible, non je ne changerai pas d’avis. Je passe l’été avec mon mec et mes enfants, disponible, relax, dobble, pêche aux crevettes-qu’on relâche, kayak et merguez.
Putain ce que c’est vite passé…
Ajoutez à ça la rentrée, CP et 4ème, les fournitures, les premiers virus et voilà on est là, maintenant, et j’ai pas de boulot, pas d’entretien et pas la queue d’un poil de perspective. Je suis chercheuse d’emploi, état encore plus cocasse quand on sait que mon métier à moi c’est d’aider les autres à en chercher des emplois.

Je fais une pause. Je vais déjeuner avec les copines qui bossent toujours dans les boites à cons, elles me parlent stress, mesquineries de couloir, mails menaçants, résultats en baisse. J’ai peur d’y retourner. Je pense à ce besoin que nous avons de quitter Paris. J’envoie des candidatures, je ne peux décemment pas envoyer “Monsieur je voudrais venir travailler dans ta boîte à cons parce qu’elle est là où je veux habiter et ce sera plus facile pour louer un truc si tu me fais un contrat”. Je subis un peu ma pause parce qu’il ne s’y passe pas grand-chose à part que je vois mon fils apprendre à lire, à écrire, que je regarde mon amoureux jouer du piano, que j’ai appris à faire plein de gâteaux, que je n’ai plus jamais mal au ventre, OK il s’y passe plein de choses en fait.
Je me terrorise pendant ma pause parce que nous sommes deux en pause et qu’au bout d’un moment il faudra trouver de quoi payer les choses, pas tout de suite, mais je suis fortiche pour imaginer le pire.
Je découvre que je n’ai peut être plus envie de reprendre quelque chose avec plein de responsabilités mirifiques et la fiche de paye qui va avec.
Je me dis que sans doute je suis prête pour le beaucoup moins : euros, heures, réunions de 19h, amis sur linkedin parce que j’ai envie de beaucoup plus : temps, partie de dames avec le petit, amour avant d’être vieux, chlorophylle.
Je suis en pause, sans collègues, sans machine à café, en tête à tête avec mon futur, pas rassurée mais plus pressée.

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39 réflexions sur “La pause

  1. L’hyperactivité, c’est bien mais ce n’est l’endroit ou l’on réfléchit le mieux… La pause, c’est bien. C’est comme quand tu regardes un film, t’es dedans, t’es bien, t’as envie de connaître la suite mais putain t’as super envie de faire pipi, tu attends, tu penses plus qu’à ça, ça te gâche ton film. Alors tu mets pause, tu fais ce que tu as à faire et tu reviens reprendre pleinement la lecture de ton film…
    Même si t’es fortiche pour le pire, essaye de profiter du meilleur…

  2. Idem, chui en pause post Congé parental + pas envie de boîte à cons.
    C’est bien les pauses, ça permet de prendre du recul et de se recentrer sur l’essentiel !
    Profite , le reste viendra chui sûre !

  3. Une pause qui te sera (et qui t’es déjà) sans nul doute, bénéfique 🙂 ! Il n’y a heureusement pas que des « boites à cons » (même si bien sûr ce n’est jamais tout rose).
    Je te souhaite maintenant de trouver celle qui te (vous) conviendra.
    Et après cette lecture, la vraie girouette que je suis à envie de reprendre le piano… voilà !

  4. Une pause c’est une respiration et on a tous besoin de respirer pour vivre.
    Chuck Norris ou Jean-Claude Vandamme. Au choix.

  5. tu me fais rêver, si tu savais ce que tu me fais rêver ! on m’a refusé la rupture conventionnelle ici, j’en aurais tellement besoin de cette pause moi aussi ! profite 🙂

      • parce ce que c’est une boîte à cons-de-très-haut-niveau
        c’est la nouvelle politique de la maison, alors qu’ils font des plans de licenciement éco, ils refusent systématiquement les ruptures conventionnelles (au cas où les gens finissent pas démissionner, ça leur économisera 3 sous)

        • Il se trouve qu’une entreprise qui fait des PSE ne peut absolument pas se permettre dans le même temps de faire des ruptures conventionnelles sur des catégories de personnel non impactées ou non désignées. En fait, tu pourrais, avec raison, prendre ta rupture conventionnelle et les attaquer ensuite aux prudhommes pour licenciement éco déguisé et demander une requalification et des sommes conséquentes. Donc ce sont sûrement des sales cons puisque tu le dis mais là dessus ils ont raison et c’est les boules. (Oui ça aussi c’est mon métier quand je le pratique 😉 )

          • J’y connais absolument rien, mais ce n’est pas la raison qu’ils m’ont avancée…
            Et le plan de licenciement n’était pas encore voté au CA quand j’ai fais ma proposition (de départ volontaire dans le cadre du plan de restructuration c’est eux qui l’ont requalifié « demande de rupture conventionnelle »), ils auraient très bien pu faire un plan de départ volontaire et proposer mon poste à une des personnes qu’ils ont virées, non ?

        • de toutes évidence, sauf si ton poste a une importance stratégique ou que tu as une spécificité technique particulière que tu es la seule à avoir oui, en général, les boites ont tout intérêt à faire ce que tu as demandé. Et parfois, pas de bol tu tombes sur LE gros con qui veut faire suer et qui se fout totalement que non seulement il t’emmerde mais en plus il fout quelqu’un dehors qui voulait rester… Kafkaien…

          • ha mais là c’est pas un gros con, c’est toute une bande ! les joies du milieu asso ^^
            honnêtement, j’ai pas compris… maintenant je réfléchis à quelle grosse connerie je vais pouvoir faire pour me faire virer lol
            (t’es belle quand tu fais ton boulot ^^)

  6. Comme je comprends cet article et les mots que tu as choisis.
    Je serais bientot dans ton cas aussi, le ras le bol d’une routine et d’un train-train au boulot, qui précisemment, ne m’apporte rien que quelques centaines d’euros.
    Mais voilà, l’argent, c’est le nerf de la guerre, alors, au lieu de partir sur un coup de tete, comme je l’avais prévu initiallement, j’attends la fin du cdd et le mois de décembre avec une telle impatience !! 2015 sera placé sous le signe de la découverte, la découverte de ce que je veux vraiment, parce qu’il n’y a pas possibilité de réfléchir à ce genre de choses -pourtant fondamentales- dans le bruit sourd du quotidien en mode sprint.

      • J’ai la chance d’avoir un mari plus que compréhensif, et je sais, qu’il me soutient dans mon choix.
        Par contre pour ce qui est de l’entourage plus old-school ( papa, maman, beau-papa, belle-maman) on fait la tete ouvertement !
        Mais un vieux monsieur m’a dit un jour qu’il fallait parfois suivre ses désirs et savoir dire merde à ceux qui pensent pouvoir penser pour nous.
        J’vais l’écouter ce vieux monsieur…

  7. Je travaille pour une boîte à cons depuis 16 ans ces jours-ci, et paradoxalement j’y suis attachée quelque part, et pas encore tout à fait prête à faire le grand saut dans l’inconnu. Sans doute parce qu’elle me rassure et qu’il y a vraiment beaucoup d’autres boîtes à très cons dans le coin pires que la mienne. Et aussi parce que je tiens à ma sacro sainte indépendance de femme non entretenue. Et peut-être aussi parce qu’ici personne ne vient toquer à la porte des chiottes en hurlant « mamaaaaaan y a mon frère qui m’embêêêêêêêêête! »

    • Le problème de mon avant dernière boîte à cons est qu’elle ne me permettait plus d’y travailler sans souffrir, le management était malveillant et le harcèlement a duré des mois. Je suis déjà extrêmement chanceuse de n’y avoir laissé que de l’énergie et pas ma santé à long terme, je connais des gens qui n’ont pas eu cette chance. Là bas c’est la boss qui venait toquer à la porte des chiottes ben globalement je préfère quand c’est un moins de 15 ans 🙂

      • Je n’ai pas l’impression d’être dans une boîte à cons… mais peut-être que j’ai des oeillères pour réussir à y retourner chaque jour. Moi j’aimerais que chaque année, on ait droit à une pause obligatoire de 2 mois/12, quitte à gagner un peu moins de pognon. Mais juste pour avoir le temps de se poser les questions qu’on ne peut pas se poser quand on travaille. Profite de ta pause 🙂

        • Je ne crois pas que toutes les boîtes soient « à cons » et la tienne, vus les aménagements qu’elle te permet a même l’air chouette. Quant au temps pour moins de sous : je signe tout de suite ! Mais je n’y crois guère, nous sommes tout de même les champions européens du présentéisme (qui n’a toujours rien d’une compétence mais bon)

  8. Mais tu es à point …pour passer le concours d’instit’ ! (non en vrai les reconvertis de l’EN pensaient avoir quitté des boîtes à cons pour trouver liberté , temps et paix intérieure …Mauvaise idée ).
    Venez à Lyon !

  9. Ton billet tombe à point nommé dans mes pérégrinations existentialiste actuelle.
    J’aime mon taf (enfin j’aimais est-il plus juste ?), je doute, un nouveau chef psycho rigide (et qui pu en plus !) vient de me faire basculer…je veux voir ailleurs. Dans ma tête, la décision est prise, je cherche une autre perspective, jusqu’à présent j’ai digérer le coté « boite à cons » de ma boite mais là s’en ai trop. Mon coeur de métier est vampirisé par des injonctions de résultats qui sont incompatibles avec notre projet de service…
    Bref, je suis en phase « faut que je me taille, cette turne vire mal ! », résonance à te lire donc.

    • L’injonction de résultats et de « développement » tue. As tu vu le documentaire hier soir sur Arte sur « sacrée croissance » ? On en a des choses à apprendre, pfiouuuu. Bon courage et c’est la prise de décision qui est la plus difficile, ensuite tu verras c’est vraiment plus simple 🙂

      • Non je n’ai pas vu ce doc (je chercherai le replay éventuel). Ce qui me fais bondir c’est que je bosse dans le secteur médico-social (le handicap en particulier) alors pour moi l’aspect humain prime sur le résultat et autre développement en inadéquation avec notre public. Mais tu connais fort bien cela si tu bossais chez PE !!
        Ma décision est prise, ce sont les perspectives ailleurs qui sont, pour le moment très ténues.
        Merci de cette réflexion en tous cas.
        J’aime autant tes billets drolissime que ceux qui donnent à réflechir

  10. Quand mon collègue a pris 4 mois de congés pour raisons personnelles, je l’ai envié car je me suis rendue compte que j’ai enchaîné la fin de mes études et le travail, même l’été je bossais pour payer mes études et mes vacances… je n’ai jamais pris de pose (les trois semaines de congés d’été ça ne compte pas…) et même si je n’ai aucune envie d’être au chômage j’ai comme un manque qui grandit, je rêve de pouvoir m’arrêter ne serait ce que 2 mois d’affilée, sans aucune contraintes… je me dis que si je gagne 5000 euros je ne sais où, je le fais sans hésiter… et je ne peux pas attendre la retraite vu qu’elle s’éloigne de plus en plus et que je dois bien encore avoir 20 ans au taf… profite des tiens, tout le monde a de la chance de s’avoir 🙂 et déjà j’ai fait le choix de gagner moins pour avoir mon mercredi, je sais que c’est là que commence la félicité (enfin presque !)

  11. Je découvre le blog depuis mon bureau de « boîte à cons » où notre job consiste à trouver du boulot à ceux qui sont en recherche
    Et même que parfois, on veut partir en courant, loin très loin
    Bravo pour le courage de cette pause! Et bravo pour le blog!

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