Mère au foyer un jour, glandeuse toujours.

améfaf

Un super article et une discussion à son sujet avec Fabienne Lepic, tout ça m’a donné envie de vous raconter un peu ma vie de femme au foyer qui s’est reconvertie en travailleuse indépendante, des préjugés que l’on se traîne à la patte, même des gens que l’on pensait quand même au courant un minimum de notre quotidien.

Je ne travaillais pas quand j’ai eu mon aîné, je ne voulais pas et en plus notre situation faisait que c’était compliqué (déménagements, vie dans un petit village éloigné et sans permis, et quand on calcule les frais de nounou avec un petit boulot sans qualification, autant rester chez soi), 4 ans après on a eu le 2ème, autre village, mais même configuration.

Je ne suis pas une fée du logis, mais c’est pas non plus une porcherie chez moi, c’est surtout un gros manque d’organisation. J’ai adoré m’occuper de mes enfants 24/24, je m’épanouissais dans ce rôle, je ne le faisais pas par contrainte, c’était une évidence pour moi. Certes, étant une grande angoissée de la vie ça m’arrangeait pas mal, la vie en société toussa, c’était pas tout à fait mon délire.

Je comprends aussi carrément celles qui n’attendent qu’une chose, retourner au travail. Je sais que ce n’est pas parce qu’on n’a pas envie de s’occuper de ses gosses, ni de sa baraque que l’on n’aime pas sa vie de famille. Je n’aime pas les discours qui mettent les mamans heureuses de retourner bosser dans la case des mères-qui-s’en-foutent-et-qui-font-des-gosses-pour-faire-bien, comme je n’aime pas que l’on mette celles qui décident de rester chez elles pour s’occuper de leurs enfants, de leurs maisons et de leurs mecs dans la case mère-du-siècle-dernier-soumise-à-merci-à-sa-famille-et-sa-patrie. (Bon, évidemment, il y a très sûrement des rares exceptions qui confirmeront les règles, mais c’est comme les gens cons, il en faut.)

J’ai donc été quelques années cette mère qui n’en fout pas une chez elle, à part rester le cul sur le canapé à regarder La maison de Mickey en boucle avec son gamin qui mange des chips en guise de repas. (ACHTUNG CECI EST DU SECOND DEGRÉ) (NON PARCE QU’ON NE SAIT JAMAIS HEIN. J’EN VOIS 2 AU FOND QUI « RHOOOOOO » )

C’était clair avec mon époux, lui il avait son taf, il aurait adoré qu’on échange nos rôles, père au foyer c’est son kif, mais au jeu de la ploum-ploum-qui-qui-c’est-qui-aura-un-plus-gros-salaire-ira-travailler, c’est lui qui gagne, donc il y va.

Quand le 2ème a eu quelques mois, nous avons ENCORE déménagé pour retourner dans notre ville d’origine. J’avais réglé une grosse partie de mes angoisses qui m’handicapaient, et j’avais envie d’aller travailler et de mettre un peu de beurre dans nos épinards surgelés Picard.

J’ai une piste pour un taf, je règle vite fait l’inscription à la crèche du petit de presque 11 mois, et j’attaque le boulot. Là s’en suivent 2 mois de contrat d’un boulot très sympa, mais techniquement parlant c’était archi pénible. Le rythme était hard, surtout quand on a un enfant de 11 mois qui se réveille 50 fois la nuit, qu’on n’a pas le permis et que donc on traverse la ville en long en large et en travers pour en déposer un, puis un autre, et courir pour pointer avant que ça clignote rouge. Rentrer seulement 3/4 d’heure le midi, manger une quiche en mettant une machine, une tournée de lave-vaisselle et de sèche-linge. Le plus dur étant de ne pas mettre les bodies au lave-vaisselle, des couteaux dans le sèche-linge et la quiche dans la machine à laver. (On rigole, mais plusieurs fois j’ai mis des couches dans la machine à laver, réflexe de l’utilisation des couches lavables et/ou fatigue…je me demande encore, bref, le résultat est vraiment un des trucs les plus pénibles de la terre). Le soir, rebelote dans l’autre sens, en courant pour que le grand n’aille pas à la garderie parce qu’il y allait déjà le matin, et que ça faisait beaucoup, et les 2 jours par semaine où je n’avais pas à courir pour eux je faisais des heures de malade pour récupérer celles des autres jours.

Je ne réclame pas de médaille, loin de là. Mais c’est un chouille rageant que les gens qui me pensent glandeuse quand j’éduque mes enfants ne soulignent pas un minimum quand le rythme devient plus que très soutenu et qu’un peu d’empathie ne ferait pas de mal.

Mon contrat s’est fini, un grand soulagement, j’avais perdu beaucoup de poids (à force de mettre mes repas de midi dans l’électroménager de la maison…), mais j’aimais quand même bien être un peu dehors de chez moi quelques heures et le petit 2ème se plaisait bien à la crèche. J’ai trouvé un petit boulot, quelques petites heures par semaine. Rien de folichon, mais quand même. Ce n’était pas un taf très gratifiant et à part mon homme, on me le faisait bien sentir. Soit.

Puis il y a 2 ans, on m’a fait une proposition pour le boulot de mes rêves. Après 2 jours de cogitation intense j’ai accepté et la machine s’est mise en route. J’étais comme une dingue en l’annonçant à mon entourage. Là encore douche froide, il y a même une personne, proche pourtant, qui m’a dit: « Non, mais attends, ça va pas être trop dur de te lever tous les matins? »

– « Ah beh oui évidemment, c’est vrai que mes enfants le matin ils se lèvent, déjeunent, se préparent tous seuls et partent à l’école, d’ailleurs le petit 2ème, à 3 ans il  il se démerde vachement bien pour ne pas se faire écraser par les bagnoles. » Ceci était donc un exemple parmi d’autres. Il y en a que j’ai volontairement oubliés.

Depuis 2 ans donc j’ai un boulot qui me passionne, mais qui est chaud patate parce que c’est la crise ma p’tit dame, et que ça ne me rapporte pas un salaire. Plusieurs fois j’ai entendu que je devrais trouver UN VRAI travail, qui rapporte un salaire, et on s’en fout de savoir si je suis bien ou pas. Et là où mon mec gère grave (entre autres) (je vous vois venir) c’est que pour lui il n’en est pas question. Certes on galère au quotidien. Mais comme il le dit, il ne m’a jamais vu aussi épanouie et qu’il est hors de question que je trouve un boulot alimentaire et que je finisse en dépression.

Mais bon, même en bossant comme une dingue avec très très peu de congés (quand je ne travaille pas , la caisse ne se remplit pas…donc c’est vite vu), on ne reconnaît toujours pas QUE JE TRAVAILLE, que les heures où je n’y suis pas dans la journée, j’ai pas forcément envie des les remplir en briquant ma maison à fond. Poser mon cul devant Amour, Gloire & Beauté en petit déjeunant ça me fait aussi du bien.

Plusieurs fois dans l’année avec mes meilleures amies d’enfance on se fait un week-end entre nous, pas loin, à 10km de chez moi. Un week-end où je déconnecte complet, on parle, on chante, on boit, on danse, on lit nos horoscopes, on boit, on fume des clopes, on parle, on va promener, on se baigne (selon la saison évidemment) on ne se dit rien aussi, bref, j’en ai besoin. C’est vital. Pour mon mec c’est une évidence. Ce n’est pas le cas du « reste du monde ». Limite on le plaint, de devoir supporter une femme qui se permet de se barrer 2 jours, qui va souvent manger avec ses copines le soir. On me dit que j’ai bien de la chance qu’il me laisse faire tout ça (oui oui vous avez bien lu), mais que quand même faut pas abuser non plus.

WELCOME AU 21ème SIÈCLE! Prenez vos tabliers, les pantoufles de votre mari et foutez vous un plumeau dans le cul, tout va bien se passer!

 

 

 

 

 

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17 réflexions sur “Mère au foyer un jour, glandeuse toujours.

  1. Tu imagines ce qu’on pense d’un homme qui reste à la maison ? Je ne te fais pas de dessin, hein. Le comble, c’est que la valeur travail reste prépondérante alors qu’elle part en sucette.

  2. Et que dire de ces femmes qui restent à la maison, gardent leur bébé, et se lancent dans un travail qui ne rapporte pas ou peu d’argent. Une honte vous dis-je, un scandale madame. Oser parler de travail ? Non mais vraiment, tout fout l’camp …
    Et sinon, ça serait tellement bien que chacun fasse ce qu’il veut chez lui.
    J’ai beaucoup aimé votre témoignage, et je suis atterée que votre entourage se permette ce genre de réflexion. Nous y avons eu droit également, ça a fait du tri dans nos relations.
    Bordel, laissez nous vivre!

  3. J’ai beaucoup aimé ce post. dur dur dans la société actuelle d’assumer ses choix lorsqu’ils sortent un tout petit peu de la « norme ». En tout cas l’essentiel c’est que tu fasses qqch qui te plait et t’épanouit (ce qui a l’air d’être le cas) et que tu trouves un équilibre (qui peut parfois être précaire, rien n’est parfait) entre ta vie personnelle et ta vie de famille. Quant aux gens qui ne comprennent pas, ils n’en valent pas la peine ! mais c’est clair que j’hallucine de voir qu’en 2015 on se tape encore des réflexions comme ça (et pas seulement des vieux, qui sont parfois plus ouverts que les jeunes!). Je suis au chômage depuis qq mois, j’ai quitté mon boulot et ma ville pour rejoindre mon homme dans un autre pays, un choix pas toujours compris par les autres, mais assumé par moi (et je croise les doigts, peut être bientôt un boulot!). En attendant, je profite du petit déj en regardant amour gloire et beauté 😉

  4. Madame Piche, ce matin vous m’avez permis de me sentir moins seule (avec une petite larme au coin de l’œil).
    Moins seule à subir les regards, les réflexions et les jugements des autres (même la famille sic) quand j’ai choisi de quitter mon CDI mal payé dans une société qui m’exploitait et m’usait le corps et l’esprit.
    Pour des emplois précaires voire même le chômage (haaaaan la profiteuse du système, encore une assistée hein).
    Difficile à vivre, dur dans le quotidien et la solitude qui va avec, peu de gens y pense.
    Heureusement, comme toi, j’ai un chéri qui déchire et qui préfère mon épanouissement personnel avec un petit salaire, plutôt qu’une surexploitation pour queutchi.
    Mais peu importe, je ne suis pas là pour raconter ma vie (trop tard ? Ah bon).
    Madame Piche, je vous aime(s) de l’amour. Toi. Oui toi là, derrière ton écran.
    Et les Moukraines toutes entières également.
    Parce que vous osez dire les belles choses et les choses dures et moches aussi. Avec humilité et courage.

    Keurkeur sur toi…Et sur vous toutes tiens ! (là imagine une envolée de paillettes dans un ciel bleu avec un feu d’artifice en arrière-plan et des lanternes dans un ciel étoilé plus tard).

    • Non mais ça va pas de dire des choses gentilles comme ça?! Hein??!! Merci beaucoup beaucoup pour ton message qui fait bien du bien par où il passe!
      Je n’ai pas eu le bonheur ni la chance d’avoir droit au chômage, donc pas non plus la réflexion sur l’assistée du système par contre je profite grassement de la générosité (et de la connerie, allons y hein) de mon cher et tendre que j’exploite financièrement.

      Les gens, les gens…

      Une avalanche de licornes arc-en-ciel en guimauve pour toi ❤

      • Mais oui c’est évident que nous autres assistées et feignasses, on a bien de la chance d’avoir trouvé le BON PIGEON pour nous entretenir. On en fait des jalouses hein ?
        ❤ ❤ ❤

    • Ah oui clairement on s’en fout! Mais j’ai un sacré problème c’est que je veux que tout le monde m’aime et pense que je fais les choses bien. Si un jour je retourne voir un psy je lui en parlerais. C’est très handicapant de vouloir l’approbation générale.

  5. Du coup j’ai relu avec plaisir l’article du début de ton post, mais je me suis surtout rendue compte que je filais un mauvais coton.
    Et encore, je suis en congé parental MAIS avec la super excuse d’avoir repris mes études, donc on me fiche plutôt la paix. Enfin, presque. Enfin pas trop en fait puisque « tu vas faire des études toute ta vie ? » ou « t’as passé l’âge d’aller à la fac,non ? » Et le merveilleux « mais pour faire quoi ? ».
    Bref, on nous fout jamais la paix en fait.
    Ça fait du bien de lire que l’on est pas seule.
    Merci Mme Piche.

  6. Moi je crois que toute ces réflexions, c’est surtout un signe de l’intérêt que nous porte la personne (non mais sérieux, le « ça va pas être trop dur de te lever le matin ? », j’étais sur le cul !!!). Parce qu’au fond, qu’on soit u’ seul ou 2 à avoir un travail dans le couple, on a tous des vies de dingue, avec des rythmes pas simples pour nos petits. Quand tu rencontres un peu des gens autour de toi avec des choix de vie différents ou que tu es toi-même passée ne serait-ce que par le congé maternité, t’as bien senti que, où que tu sois la journée, y’a moyen de pas se poser 5 min (surtout si t’as des enfants).
    Donc sérieux, je crois que les gens qui posent ce genre de question à la con, ils disent surtout tout haur leur inculture et leur manque cuisant de curiosité de la vie des autres.
    Moi non plus je ramène pas encore un salaire décent (à mon compte depuis un peu plus d’1 an) mais je crois que mon mec est vachement content de voir que j’aime ce que je fais… D’ailleurs, il a hâte que je gagne pldi’ de thunes pour pouvoir rester à la maison avec les enfants :-p
    (Et j’avais bien aimé le post de Marine, d’une Chambre a Moi, qui expliquait que le couple formait une équipe, avec son choix de vie… Et que l’argent qui rentre est autant à l’un qu’à l’autre, quelque soit le nom sur la fiche de salaire !)

  7. Comment te dire que cet article m’a fait sortir les griffes et serrer les dents.
    Quoique tu fasses dans ta vie, tu seras soumis-e au jugement des autres :
    – tu as fait le choix de t’occuper de tes enfants ? = tu es un-e gros-se feignasse qui n’en fou pas une et profite des allocations familiales
    – tu as fait le choix de travailler ? = mais quelle vie tu fais mener à tes pauvres enfants qui passent de longues journées à la crèche/l’école
    Arrêtons de culpabiliser, affirmons nos choix et soyons fièr-e-s de nous !

    Et sinon, je t’aime Madame Piche ❤

  8. Il y a quelques temps, RV chez un psy pour mon grand (5 ans) qui est très angoissé et introverti. Et là, nous apprenons, enfin – la psychanalyse est grande !- la raison : on a tout faux !!! Maman travaille beaucoup plus que Papa, et c’est souvent Papa qui fait à manger le soir… ben oui, pauvre gosse « il ne sait plus qui est sa mère » et il se sent « dépossédé du père » puisque nous avons « inversé les rôles »… Ben oui, on est cons, on se croyait au 21 ème siècle, pauvres dépravés que nous sommes…
    J’ai couru donner ma démission et acheter un tablier, Monsieur s’est acheté un canapé et s’est abonné à l’Equipe. Et le petit va beaucoup mieux, merci docteur.
    En tout cas, un grand merci pour vos articles à toutes, toujours si drôles, émouvants, justes, bien écris et surtout politiquement incorrects. On se sent moins seule. Que ça fait du bien !!!

  9. A priori on me collerai « dans la case des mères-qui-s’en-foutent-et-qui-font-des-gosses-pour-faire-bien ». Rapport que j’ai retravaillé de suite après mon congés mat (et j’ai récidivé pour mon 2ème !), par choix, choix assumé.
    J’admire (vraiment) les mère au foyer (et les pères au foyer autant !), c’est un vrai boulot pour moi ça ne fais pas de doute.
    Mon équilibre passe par un « ailleurs/dehors » de mon cocon familial.
    On fais également une bonne team avec le papa et c’est primordial pour moi.
    Fuck les redresseurs de tort !

  10. Désolée de casser l’ambiance, mais le problème n’est pas tant de savoir qui travaille le plus/a le plus de mérite/est la meilleure mère entre rester à la maison et travailler, le problème à mon sens est que la vie est longue et le couple compliqué (je pense que le taux de séparation/divorce parle pour moi).
    Et que pour celles qui font le choix de ne pas travailler, que se passe t’il le jour où elles ne supportent plus l’homme qui partage leur vie? Ou si cet homme tombe éperdument amoureux de sa superbe collègue de travail?
    Pas de salaire, et bien sur, pas de cotisation retraite..
    Et ce cas est malheureusement loin de n’arriver qu’aux autres

  11. Et bien j’entrevois là ce que me réservent #lesGens le jour où j’annoncerai que je quitte un boulot stable pour me lancer dans une autre voie professionnelle, tout ça JUSTE parce que j’ai envie de plus m’éclater, au risque de perdre en qualité de vie (congés et salaire, donc). Si en plus je raconte que l’homme est en train de monter sa boite, j’imagine les réactions. Bon ben je crois qu’il ne me reste plus qu’à commencer à me blinder, et à bien réfléchir à qui je l’annoncerai 😉
    Je suis sidérée que la société n’évolue pas dans sa façon de penser. Ça me donne juste envie de vomir et de leur rappeler qu’ils ne sont pas concernés par nos choix de vie, bordel ! Merci pour ce coup de gueule qui m’a permis de sortir le mien !

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