La télé dans ma gueule

mire ortf
Ecrire des livres, sans être pour autant un auteur à succès, peut conduire malgré tout à devoir faire de la promo.
Je ne pensais pas un jour devoir me plier à cet exercice mais j’ai pourtant accepté de le faire, avec une interview enregistrée pour une émission qui fait péter l’audimat, et un direct en soirée dans une grande radio, histoire de payer mes factures en 2016. En regrettant d’avoir dit oui dans la seconde qui a suivi l’envoi de mon mail de confirmation.
Et si je renvoyais un message pour dire que finalement non, je ne pourrai pas y aller. J’aurai une grippe ce jour-là, c’est sûr. Je serai indisponible. J’aurai une extinction de voix. Ou une crise de conjonctivite. Ou un horrible lumbago. Ou tout ça à la fois. Peut-être même que je serai décédée, hein, si ça se trouve.
Puis les choses se précisent, je reçois des convocations. « Rendez-vous au studio machin, venez maquillée et coiffée. » HEIN ? KEUMAN ?
Maquillée et coiffée ?
OH.MON.DIEU.
Il faut savoir me concernant que le maquillage et moi sommes assez incompatibles. Lorsque j’ai du rouge à lèvres et du fond de teint, j’ai la sensation d’avoir un emplâtre sur la tronche et la bouche collée. Le mascara me donne envie de me frotter les yeux au scotch brite. Et je suis incapable de faire un truc symétrique et qui ne bave pas quand il s’agit de me maquiller les yeux. Quant au coiffage, il y a bien longtemps, depuis toujours en fait, que j’ai compris que mes cheveux étaient dotés d’une vie propre, et qu’il ne fallait pas trop trop essayer de bouleverser le désordre établi. Aucun produit n’est venu à bout de mes frisottis. Aucun shampoing n’est adapté à mon cas. Je suis une anomalie capillaire à moi toute seule.
Avant le jour J, je compulse force sites web sur les do’s et les don’t en matière de look lorsqu’on passe à la télé. Le choix de ma tenue me plonge dans un désarroi profond. Je prépare mon sac en emportant une tenue possible ainsi que 3 autres faisant office de plan B, des alternatives possibles en cas de surplus de sueur, de tache, de vomi de clodo, de n’importe quoi renversé sur moi avant l’heure de l’enregistrement. Je vais m’acheter du maquillage, je l’essaie en rentrant chez moi et je me rends compte que rien ne va. Le rouge à lèvres que la vendeuse m’a collé me fait ressembler à une junkie dépressive.
Le jour J, je suis en état de stress maximal. J’ai mal au bide, je suis incapable de petit déjeuner. Je m’en veux d’avoir accepté.
Je me rends au studio d’enregistrement maquillée comme un camion tuné et le moindre coup de vent dans mon brushing me provoque d’intenses palpitations. Le mascara pèse une tonne sur mes cils. Ca me démange les yeux, mes lèvres collent, j’ai bouffé tout mon gloss. Je transpire et j’ai peur d’avoir des auréoles sous les bras. J’ai envie que le métro s’arrête à jamais dans un tunnel. Une grosse panne qui paralyserait tout Paris pendant plusieurs heures. Mais non. Tout marche comme sur des roulettes. Pas un pépin, pas un accident voyageur. Personne n’a eu l’idée de se suicider sur la ligne 9 ce matin. Les cons.
J’arrive au studio où trône un magnifique fond vert devant lequel on va me demander d’évoluer seule et de parler comme une présentatrice météo, que je suis loin, très loin d’être.
Les prises commencent. Je bafouille, je bouge les pieds alors qu’il ne faut pas. Je ne sais pas quoi faire de mes mains. Je pense que mon front brille et que ma coiffure est merdique.
Je veux que ça se termine.
Subitement, le réalisateur coupe « La dame – moi, donc – est très tendue, beaucoup trop tendue . On va faire une pause. Et vous donner un verre d’eau ».
Tendue, moi ? SANS DECONNER ? J’ai la bouche sèche comme si j’avais avalé un kilo de sel de mer. J’en peux plus de leurs lumières dans ma tronche. Le fond vert me sort par les yeux. Des techniciens traquent mes moindres faits et gestes.
Je leur dis que ce n’est pas de l’eau que je veux, mais de la gnôle. Et du Lexomil. Un joint. De la coke. Je pourrais simuler un malaise pour mettre fin à mes souffrances. Mais non, même ça ne je sais pas faire. Je suis une des pires actrices du monde (même si je pense néanmoins savoir mieux mourir que Marion Cotillard).
C’est reparti.
Le verre d’eau m’a curieusement fait un bien fou. J’arrive à parler à peu près normalement. J’enchaîne.
Clap de fin.
Ils sont contents.
Moi aussi, mais pas pour les mêmes raisons. Je vais pouvoir me démaquiller, me changer. Et ne pas penser à mes putain de cheveux.
Je crois que cette expérience télévisuelle sera la 1re et la dernière.
J’ai bien, bien chié dans mon froc.
Je ne sais même pas si j’aurai le courage de me regarder.
Et le lendemain, j’ai enchaîné avec le direct à la radio. Là, j’ai mieux géré, j’ai adoré même. Probablement parce que mon mec a réussi à me faire gober que personne, absolument personne de mon entourage ne m’écouterait. Qu’ils ne savaient pas à quelle heure était l’émission. Et que je ne me suis absolument pas rendue compte que le direct était diffusé en vidéo sur le site de ladite radio.
Après cet instant de gloire médiatique, je suis rentrée dans ma cambrousse.
Sans foirer ma correspondance au Mans.

 

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13 réflexions sur “La télé dans ma gueule

  1. Je débarque moi tu as écris un livre ?? Quoi qu’est ce ? Tu peux m’en parler là je vois pas ton cheveu rebelle et ton pyjama 😉 (t’avais mis quoi comme habit ?) Je comprends pas trop pourquoi tu as parlé toute seule devant un fond vert chui ptet nouille hein. .. je pensais que tu discuterai avec qqun quoi…

    • Oui, j’en ai écrit plusieurs même. Et je n’ai pas non plus compris pourquoi j’ai parlé toute seule devant un fond vert, puisque naïvement, je pensais être interviewée bien calée dans un fauteuil…

  2. Non mais allo quoi ? Une Moukraine qui écrit un livre, qui passe à la télé, dans une émission de radio et on ne nous dit rien !!!
    Bravo en tout cas de ne pas avoir reculé et d’avoir su parler toute seule (le fond vert m’interroge également), ce qui est loin d’être évident lorsqu’on y est pas préparé-e.

    • Non en effet, on n’en a pas parlé nous autres Moukraines. C’est-à-dire qu’on préserve un poil notre anonymat ! Et parler devant un fond vert, sur lequel ils colleront des illustrations au montage, c’est très dur.

  3. Je ne t’ai pas entendue en radio, ni vue à la télé ; donc je ne pourrai te donner un avis objectif sur tes prestations. Mais je suis sure que tu t’en bien sortie, notre perception est bien souvent faussée par un manque de confiance en nous. Mais bon, quelqu’un capable d’écrire un livre est tout sauf ordinaire, alors 😉

    • A la radio c’était chouette. La télé, c’est un autre monde. Et en effet, il faut avoir une sacrée dose de confiance en soi. C’est aussi une question d’habitude…

  4. A star is born, what else ?
    Nespresso ?
    Félicitations pour ton bouquin, ton interview super chelou (je croyais que le fond vert était réservé aux miss météo et aux films rocambolesques ? WTF???), ton passage à la radio et ton anonymat !! Bah oui je félicite et je rigole.
    Heureuse de te relire Carmsoprano ❤

  5. rohhh je rigole encore comme une baleine, parce que j’imagine très bien encore la mort version Marion Cotillard, et que je suis persuadée que personne d’autre au monde ne peut faire pire qu’elle… Félicitations en tout cas pour t’être dépassée ! Et moi aussi je veux connaître le titre de ton livre, ça m’intéresse !!!!! Allez te fais pas prier !

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