Jean-Kevin Legullu

Aujourd’hui j’ai rencontré Jean-Kevin Legullu. Mon banquier. Enfin, plutôt un jeune minet dont je pourrais être la mère qui prend son pied à appeler les gens le samedi matin à 8h parce qu’ils sont à découvert de 21,57 euros. Ça vous parle ? Il me semblait aussi.

Déjà Jean-Kevin, quand il m’a appellée à 8h que « quand même vous comprenez Madame c’est pas moi mais j’ai des comptes à rendre déjà que vous êtes à découvert alors hein », j’étais moyen ambiancée. « Mais en fait on est le 4 et mon salaire il tombe le 5 en fait, demain quoi, en fait, comme tous les mois quoi, en fait, alors tu VAS PAS ME FAIRE CHIER DÉJÀ QUE J’AI PAS ENCORE PRIS MON CAFE JTE FERAIS DIRE ALORS TU SERAS BIEN URBAIN DE PAS VENIR ME CASSER LES COUILLES DE BON MATIN MERCI BIEN ». Bon, évidemment, j’ai pas dit tout ça, tu penses, jsuis bien élevée MOI MOSSIEUR LEGULLU.

Donc aujourd’hui je suis allée le voir. Et ben tu me crois tu me crois pas, à peine j’ai aperçu sa tête de fouine sortir du bureau que je savais déjà qu’il aurait droit à son article rien qu’à lui mon Jean-Kevin.
Un bureau gigantesque dans une pièce minuscule, un bordel sans nom là-bas dessus, une canette d’Oasis, des post-it de toutes les couleurs qui font comme un arc-en-ciel de ta mémoire de poisson rouge tellement y’en a partout et un ENORME discret bouquet de (fausses) fleurs discrètement déposé sur un coin de bureau de façon tout à fait discrète et laissant paraître tout aussi discrètement un mot de remerciement très discret de sa mère d’un client. GENRE.

Quand il me fait finalement face (c’est moi ou ça sent méchamment l’oignon ici ?) je vois sa discrète montre grosse comme 2 fois son poignet et je me demande alors s’il aurait pas quelque chose à compenser le garçon.

Je déteste être là, face à ce gamin qui connaît tout de ma vie, qui sait combien de fois j’ai mangé au Macdo cette année (124), si j’ai commandé des sex toys (oui) et qui sait mieux que moi la dernière fois où je suis allée me faire épiler (2 avril 1996). Je me demande s’il ressent à quel point il me fait rire et à quel point je me fous ET de son avis, ET de son jugement, ET de ses placements à la mords moi l’zob. J’ai l’impression d’être assise dans ce bureau qui définitivement schlingue franchement l’oignon comme je l’étais au siècle dernier il y a quelques années face au proviseur du lycée, toute pleine de la désinvolture de mes 18 ans. Lui il est là à me faire son numéro et moi je fais semblant d’en avoir quelque chose à foutre. Il parle super vite et fait des gestes beaucoup trop rapides pour être cohérents, soit il est un peu nerveux, soit il a pris beaucoup trop de coke. Il parle tout seul dès que l’imprimante s’arrête d’imprimer et l’ordinateur d’ordinater. Il commente tout ce qu’il fait et parle à son écran, secoue frénétiquement sa souris dès que ça rame un peu et s’excite dessus jusqu’à ce que son Windows 98 réagisse (patience est mère de toutes les vertus askiparay). Cette vision assez angoissante de sa main juvénile et gourmettée s’agitant sur cette pauvre souris encore collante d’Oasis me fait immédiatement ressentir beaucoup de compassion pour sa nana. La pauvre.

Une fois qu’on a bien dit plusieurs fois que non j’avais pas tellement de sous, que oui j’allais rembourser mon crédit, que d’accord j’allais faire attention et que ok on reprend rendez-vous d’ici un an ou deux, je me suis demandé POURQUOI BORDAYL DE PUTAIN DE TES MORTS qu’il m’avait fait venir. Surtout que 1/ il a paumé mon chéquier 2/ il a pas fait mon changement de coordonnées 3/ il m’a demandé mon livret de famille alors que « euh…alors en fait le papier qui est devant vous, là, mon petit Jean-Kevin, c’est précisément la photocopie de mon livret, en fait » et 4/ il a pas été foutu de faire fonctionner son ordi.

Finalement, on a décidé d’un commun accord qu’il était largement temps de mettre un terme à cet entretien long comme un dimanche après-midi chez une vieille tante, il m’a tendu la poignée de main la plus molle et la moins virile de toute l’Histoire de la poignée de main et je suis repartie perplexe et abasourdie, me demandant si j’avais pas été happée dans un trou noir de l’espace-temps où une minute de temps normal correspondrait à 7 ans là où on se trouve.

J’avais rarement dépensé autant d’énergie à faire euh….rien.

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17 réflexions sur “Jean-Kevin Legullu

  1. hahaha je ressens tellement la même chose quand je vais chez le banquier ! je les déteste, vraiment, et pourtant je suis pas d’un naturel haineux mais alors là c’est plus fort que moi! inutiles, incompétents, arnaqueurs…chômeuse il y a encore quelques mois, je me suis fait traiter comme une moins que rien, et là je retrouve du boulot et plutôt très bien payé, et là tout d’un coup je suis reçue comme une reine…non mais dans quel monde on vit là ?
    bref, je compatis…

  2. Quand tu ne gagnes rien, ils t’emmerde. Quand tu gagnes un peu plus, ils t’emmerde. Quand tu gagnes beaucoup plus…bah ça ne m’est pas encore arrivé LOL !
    Ma banque ne m’appelle jamais. N-E-V-E-R. Ils sont plutôt détendus du slaipe et consentent quelques fois à ajuster mon découvert (genre période Noyel toussa toussa).
    Le Jean-Kevin, ma foi, je l’aurais bien dégoupillé face au mur mais dans ce cas là je préfère lâcher mon arme secrète: le Chéri…Il adore les emplafonner à la va-comme-j’te-pousse, c’est un régal. Tout ce que je n’ose pas dire, il le dit et ça fait du bien par procuration hinhiiin…
    Et toi alors ? Pour quelles obscures raisons t’a-t-il obligé à prendre rendez-vous ? T’avais pas une arme secrète pour t’aider ?

  3. change de banque!

    J’ai eu le même problème il y a qq années avec un crédit révolving aussi. Toujours à me péter les couilles, toujours à me faire la morale et à me proposer des arrangements contre des nouveaux contrats, assurance vie et autres SICAV.
    Je vivais dans une petite ville de 70000 habitants mais TOUTES les banques avaient une agence, donc BNP, CA, SG, LCL, CE, CN etc etc (mais 1 maison de la presse et deux boulangeries).

    J’ai monté un « dossier »: ce que je payais par moi pour ma carte bleu / assurances / frais avec ce dont je bénéficiais: autorisation de découvert, assurances, type de carte, internet etc… et un autre sur mon crédit: montant, capital, intérêt, échéancier etc

    J’ai posé une RTT et je suis allé faire le tour des autres banques. Et comme je m’y attendais, elle ont toutes fait des propositions plus intéressantes les unes que les autres pour que j’ai mon crédit chez elles – normal ça leur rapporte de la thune: les gens sans crédit et sans découvert et sans gros revenus elles ont en rien à foutre. (je suis passé d’une CB à 15 euros par mois à une Visa à 10 euros par mois et un taux de crédit de 19% à 4,5%)

    Et quand mon Jean-Kevin (en fait moi c’était Jeannette-Kevina) m’a appelé la bouche en coeur et la larme à l’oeil pour me demander « pourquoi? » J’ai vidé mon sac (de merde) sur sa bouche en cul de poule: d’être pris pour un con / pigeon / vache à lait, d’être traité comme une merde d’avoir du mal à boucler ses fins de mois et d’avoir un crédit, son haleine, sa déco, ses tenues, sa voie haut perché, ses propositions de me vendre tout et n’importe quoi comme une poissonnière sur l’étal du marché etc… Ce fut un bonheur fugace et puérile, le même plaisir scatologique et rectal que tu éprouves le lundi matin après avoir fait la grosse commission du repas gargantuesque de la Tante Yvette arrosé au Citrate de Betaïne en retrant chez toi. Tu es allégé d’un poids et ton sphincter ronronne.

  4. C’est chiant quand même ces gens qui savent tout de toi et ce croient subséquemment (si je veux) obligés de te faire la morale pire que ton père en ses vertes (et pas mûres) années.
    Surtout qu’au prix où tu le paies, ton découvert, ils sont grassement rémunérés faut pas déconner.
    Et de l’autre côté du bureau, souvent, y a un mec qui a aussi un découvert, mais que le tien fait se sentir SuperBite – dans ces cas là je gueule plus fort qu’eux. Voire je claque la porte.

  5. J’y vais jamais, ils m’appellent pour faire un point mais je n’ai pas le temps, enfin j’ai pas envie de le prendre ! ils dématérialisent tout alors faut bien que ça serve aussi à se passer des rendez-vous qui servent à rien ! mais lui il a peut être un quota client à faire sur la semaine qui sait ?

  6. Le mien s’appelle Jean-Philippe Leconnard. Ou Letaré, je me souviens jamais. Ou Lagrossenflure. Ou …attends…ah, je crois que son vrai nom c’est Jean-Cule Assec. Pardon. Mais la banque, ça me fait cet effet.

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