Je vous en remets une couche ?

 

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Comme vous l’avez probablement retenu car je sais que vous tenez des registres précis sur nos vies palpitantes, je suis passée désormais passée dans le clan VIP des propriétaires de leur logement.
Et depuis que j’ai rejoint le côté obscur, je me suis lancée dans force travaux de bricolage. Et ceci pour plusieurs raisons, plus moins avouables.
1 – Sachez tout d’abord que, bien qu’étant non seulement propriétaires mais également d’odieux capitalistes – mon conjoint est chef d’entreprise et on pique sans arrêt dans la caisse, on va pas se faire chier non plus – notre pouvoir d’achat est TRES limité. Du coup, malgré notre envie de déléguer certaines tâches que nous jugeons un poil ingrates mais surtout crevantes, on doit se rendre à l’évidence, ça coûtera moins cher si c’est nous qui le faisons.
2 – Faire soi-même, c’est aussi éviter d’avoir pendant 3 jours des types qui sentent la transpiration, travaillent en écoutant Rire et chansons et bouffent des sandwiches au pâté de campagne à l’ail dans la chambre d’amis (oui, c’est à cette pièce que je me suis récemment attelée).
3 – Faire soi-même permet de se lancer des défis. Hum. Oui. Bon.
4 – C’est tout.
Donc, j’ai entrepris de repeindre et redécorer la chambre d’amis. Même si on a globalement assez peu d’amis, on aurait envie qu’ils viennent un peu nous rendre visite. On se dit naïvement que si la chambre est plus jolie, ils viendront peut-être plus souvent.

Je pense qu’on a tous un bricoleur / une bricoleuse patenté(e) (oui, encore un terme qui sonne très Ancien régime), dans notre entourage. Cette personne a quasiment sa licence officielle de bricolo. Elle brandit comme un étendard sa carte de fidélité Weldom et te narre avec passion son dernier chantier, qui a occasionné des tonnes de poussières dans toute la baraque, ça a bien fait chier tout le monde.

Elle se croit autorisée à prodiguer des conseils à tout moment, même – et surtout – si on ne lui en demande pas. Elle donne son avis avant, pendant – loi de l’emmerdement maximal – et après le chantier. Elle pose, avec une sorte de bienveillance qui est en réalité de la condescendance déguisée, des questions qui vont à la fois lui permettre de te montrer l’étendue de son talent et de sa technicité, et t’enfoncer un peu plus dans ton incompétence. « Tu as cordé ta peinture, c’est fait exprès ? Tu as poncé avant ? Tu as pris une queue de morue pour laquer ta porte ? ». L’utilisation de jargon susceptible de jeter le trouble dans ton esprit est une caractéristique du bricolo, qui veut appuyer là où ça fait mal et en même temps se rendre utile, puisqu’il ou elle se sent investi(e) d’une mission confiée par Saint-Maclou, le patron de toute la clique des bricolos.
Au point que tu as juste envie de lui dire de fermer sa gueule et de le faire à ta place puisque c’est si jubilatoire et épanouissant comme activité.
Au point également que tu as envie de lui coller tous tes pinceaux dans le fondement et lui faire boire ton reste de pot de peinture par les narines.
Dans notre entourage, on a aussi toujours quelqu’un (genre ma mère par exemple) pour me dire que « quand même, moi je n’aurais pas choisi ces couleurs et c’est bien dommage parce que c’est tristounet et que le bleu d’avant n’était pas si moche, vraiment je ne comprends pas pourquoi tu t’es embêtée à faire ça alors que tu aurais pu t’occuper un peu plus de tes enfants pendant tout ce temps ».

Après avoir compulsé des magazines de déco chez le coiffeur ou dans les Internets, j’ai donc arrêté mon choix : je peindrai en deux couleurs, blanc en haut, gris souris en bas. A ce stade je ne mesure pas bien dans quel merdier je suis sur le point de me fourrer. Je rêve de la future déco de cette chambre, sans imaginer les heures pénibles qui vont suivre.
Pour commencer, je dois acheter du matériel, ce qui signifie en clair, aller dans un magasin de bricolage. Là, je fais tout pour éviter les vendeurs / vendeuses, qui vont essayer de me fourguer de la peinture tellement chère qu’elle a certainement été fabriquée à base de caviar beluga concassé.
Je me démerde donc à choisir de la peinture comme je veux, des pinceaux de modèles variés, un rouleau, et quelques accessoires indispensables à tout peintre d’intérieur qui se respecte. Je passe un quart d’heure cependant à hésiter entre le gris galet n°422, le gris tourterelle n° 451 bis, le gris éléphant d’Afrique n°472 et le gris éléphant d’Asie n° 485. Mais je prends le gris souris, puisque c’est ce que je voulais dès le départ en fait.
Et là attention j’ouvre une parenthèse : je veux ici hurler ma haine à l’endroit – oui c’est vintage aussi, « à l’endroit », mais « force » et « compulser » utilisés plus haut le sont aussi – du gros fils de peripatétiputasse qui a inventé la PEINTURE MONOCOUCHE – qui est certainement aussi celui qui a inventé les ouvertures faciles -. Ca n’existe pas. Dans la pub pour ce genre de peinture, tu peux tremper ton rouleau, pas une goutte ne choit sur la bâche qu’on aura préalablement disposée par terre ou, justement, sur le seul coin de la pièce pas recouvert par une bâche parce qu’on aura eu le malheur de bouger son escabeau. La peinture monocouche, c’est une sorte de crème épaisse impossible à étaler, qui fait des pâtés mais, qui paradoxalement dispose d’un pouvoir couvrant limité. Il faut donc en mettre AU MOINS deux couches. Voire TROIS.
Je rentre à la maison après avoir laissé 100 euros chez Bricomachin : je n’ai probablement pas pris assez de peinture, et j’ai oublié du rouge. Oui, car fofolle que je suis, j’ai décrété unilatéralement que je peindrai la porte en rouge, mais pas partout.
Et là, je me lance dans le travail de préparation. C’est putain de long. Il faut coller des adhésifs partout, mettre une bâche par terre. J’en ai déjà marre. Je veux aller m’occuper de mes poules dans le jardin et planter des trucs dans le potager.
Puis, il faut choisir une tenue de travail : dans un monde idéal, celui des films ou des séries télévisées, celle qui bricole possède une salopette en jean qui ne lui rentre pas dans la raie du derche. Elle a aussi un bandana qui la rend sexy et ravissante. Alors que moi avec mon bandana, j’ai juste l’air d’une gourdasse avec un bout de torchon sur le crâne. Comme je n’ai pas de salopette en jean, car plus personne n’en porte depuis 1978, je me rabats sur un vieux pantalon trop grand. Je suis alors prête à me lancer dans le grand bain des travaux.
Il me faut donc ouvrir les pots de peinture. Je me déglingue les doigts et me pète un ongle. Bien sûr, une fois le pot ouvert, il faut touiller. On a donc à la maison un bâton à mélanger la peinture. C’est indispensable, notez-le.
Et après, c’est parti pour des heures, des jours de souffrance. Je m’en fous partout. Ca sent mauvais. Je veux aller me coucher.
Le truc avec la peinture c’est qu’une fois que tu as commencé tu es obligé(e) de terminer. Sinon, ta pièce ne ressemble à rien d’autre qu’un truc pas fini.
Une fois que c’est fini, ben justement, ça ne l’est pas tout à fait.
Pas tant que les adhésifs ne sont pas enlevés et que n’ont pas été faites les indispensables retouches. Notez aussi que le « je ferai les retouches plus tard » est une mystification. Ca n’existe pas. Les retouches, c’est tout de suite ou jamais. Car présentement, j’ai envie de jeter tout mon putain de matériel au feu et de danser autour tellement je n’en peux plus.
Au lieu de ça, il faut rincer les pinceaux. Ledit rinçage à l’eau nécessite environ 2 mètres cubes de flotte. J’ai un peu honte.

Mais au bout du compte, je suis quand même un peu contente, parce que voilà :

2015-04-08 11.48.24

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18 réflexions sur “Je vous en remets une couche ?

  1. Ah mais tu t’en es super bien tirée !!! J’aime beaucoup.
    J’allais te réconforter en te disant que chez nous on a fait rouge en bas et « tender greige » (ouai ouai) en haut… et tout ça dans toute la cage d’escaliers !!! On voulait attaquer une autre pièce dans notre élan, mais on a tout brûlé dans un sursaut de lucidité 😉

  2. Ca fait 13 ans exactement que je vis dans une ancienne ferme en chantier de rénovation, je te laisse imaginer combien ma joie sera grande quand enfin on en sera aux peintures de choses sympatiques. Parce que sinon on en est plutôt à kilos de gravats de murs abattus et trous dans le toit pour laisser passer la toupie de béton qu’on refermera un jour quand on aura des sous.
    Mais je crois que les gens aiment bien venir chez nous quand même.

  3. Haaaan mais que c’est joli et épuré ! Bravissimo tu t’es super bien débrouillée !
    Pour avoir vécu dans la poussière et les trucs pas finis durant mon enfance ET mon adolescence (paie ta baraque quand t’invites des potes), je deviens hystérique quand on me parle de peinture (fait), de carrelage (ouiiiii j’ai fais aussi), de tranchées dans le béton, de pose d’escalier, de pose de papier peint, de gratte-gratte par ci et de crisse-crisse par là (tout tout tout)…
    Depuis ces interminables tortures, je veux du neuf, du beau, du qui-pue-la-peinture-neuve-et-bien-faite partout. Et j’admire les éternels naïfs qui te disent : « oh ça ? Un ou deux coups de peinture/scie/marteau/perceuse/masse (rayez la mention inutile) et ça sera P-A-R-F-A-I-T »…
    En tout cas, c’est très chouette tes travaux, tu peux être fière (et au bout du rouleau)…:)’

    • MOUHAHAHA, la nana quand elle ne demande pas de conseils, elle n’aime pas trop trop qu’on lui en donne. Et elle n’a pas dit que c’était compliqué à faire mais chiant. GROSSE NUANCE.

  4. Je ne serais pas un psychopathe de la ligne droite, ça me donnerait envie d’être ton ami. Je salue l’achat de la petite lampe qui a exactement la bonne hauteur pour s’aligner avec le trait de peinture. Ou alors tu as choisi la hauteur du trait de peinture après avoir acheté la commode et la petite lampe. Ou alors tu t’en bats le steak et c’est une coïncidence. Dans tous les cas, je me demande drôlement ce qu’en pense chachashire.

    • Moi je vois la lampe un poil plus haut que le trait, mais bon ne chipotons point 🙂
      Bravo en tout cas c’est drôlement joli !
      (je suis pas chachashire je sais sorry)

  5. Bravo pour le bicolore, j’oserai pas ! je suis dans l’optique de ton numéro 3 et du 1 bien sûr. le seul souci c’est que ça fait 18 mois qu’on s’est lancé des défis et rien ne vient sauf dans le jardin parce c’est facile, ça tâche pas et le matériel n’est pas compliqué à utiliser !

  6. Moi j’aime beaucoup!!! Et je connais le genre de malaise que l’on ressent quand le « vrai » spécialiste donne son avis: « Bien… Vous êtes chez vous, hein, c’est vous qui voyez… »: 5 ans de travaux lourds, genre refaire le plancher, isoler, plaquer, carreler… Quand on arrive à la peinture c’est le pied!!

  7. oh elle était déjà charmante avec sa belle lumière ma chambre !
    merci de l’avoir rendue encore plus jolie
    (mais bon quand même tant qu’à faire t’aurais pu peindre mon lit en rouge…)

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