Au milieu du gué

Sandro-Giordano-chute

Je souhaiterais aborder un thème que l’on appelle communément, en anglais (pour se la péter un peu), la « Middle Life Crisis » (oui je mets des majuscules partout parce que c’est important).

Ça sonne bien je voulais l’avoir ça avait l’air cool ce truc. Bon en français c’est la crise de la quarantaine et tout de suite ça fait moins rêver.
Ca fait souvent ça avec les mots anglais.
En tout cas je sens que j’y vais, lentement mais surement. J’ai pris le petit train qui va m’y amener peinard. Je suis cuite.
Pour moi c’est ce moment où tu réalises qu’entre la vie de rêve que tu t’étais imaginée, et la vraie vie que t’as, ya comme des p´tits décalages.

Quand t’as la vingtaine tu ne te préoccupes pas trop de la vie que tu auras. Tu profites, tu prends des cuites, tu vomis entre deux voitures, tu vas en cours quand tu peux et tu essaies de rouler un max de pelles. Quand t’as la trentaine tu perds un peu de ton insouciance tendance débile, mais tu es sereine, tu crois que tout est encore possible.

Et à l’approche de la quarantaine, ton horloge biologique sonne tic-tac, un matin tu te lèves et les premiers signes du temps te sautent à la gueule devant ton miroir, ton boulot depuis plusieurs années, toujours le même, ne t’exalte plus autant qu’avant et l’angoisse commence à pointer son nez. Le meilleur serait-il derrière moi ? Tu te sens basculer du côté obscur. Tu es coincée dans un bocal de formol, comme cryogénisée.
Alors certains diront « ce n’est pas la destination qui compte, l’important c’est le chemin ». Ouais ok. Et la vie est amour et mon cul sur la commode. Merde ok le chemin c’est sympa, mais bon le résultat ça compte quand même. C’est un peu comme dire l’important c’est pas de gagner au loto, c’est de jouer.
Alors voilà, quand tu approches de la quarantaine, tu sens bien que l’étau se resserre. Les études passionnantes que tu voulais suivre. La carrière que tu t’étais imaginée mériter, ton gentil mari et tous tes jolis enfants qui devaient courir les cheveux au vent dans l’immense terrain devant ta belle maison, avec quelques chevaux qui broutent au loin. Tous ces voyages autour du monde, ces livres que tu pensais écrire.
T’as beau chercher tout ça, devant derrière dessous, tu les vois pas. Tu observes les décalages, comme des trous dans le plancher. Par endroit ça va tu trouves qu’au final tu ne t’en sors pas trop mal. A d’autres tu vois carrément des gouffres, c’est abyssal. Ca te file le vertige. Tu te demandes à quel moment t’as merdé. Pourquoi t’as fait une embardée et terminé dans le fossé, plutôt que de gérer le virage à l’aise, souple dans les genoux.
C’est comme les champions de ski qui loupent une porte. Parfois ça se joue à pas grand-chose. Des études qu’on choisit pour faire comme papa maman, ce boulot qu’on accepte par peur de ne pas trouver mieux, ce petit confort qui s’installe. Cet amoureux qu’on choisit en réaction à ses vieux démons de l’enfance. Et ça s’enchaine comme ça. T’avais l’impression de contrôler pourtant.
Avant je me disais c’est rien, j’apprends, je grandis.
Maintenant il va falloir gérer la seconde partie de cette vie en colmatant les brèches, en essayant de faire les bons choix, dans les créneaux encore possibles, pour pas finir congelée.

Photo : série « Les chutes improbables » de Sandro Giordano

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7 réflexions sur “Au milieu du gué

  1. Est-ce que c’est pas aussi une chance, de faire ce bilan à 40 ans (ou presque, tic tac tic tac), et de se dire houla là je me suis un peu oubliée, rectifions le cap, recentrons les priorités, allons à ce qui m’est aujourd’hui devenu essentiel. J’en suis là. Ca passe par une année un peu folle en ce qui me concerne, de retour vers moi même, d’écoute de mes envies à moi (comme par ex, de ne pas fêter mes 40 ans, mais de partir loin avec ma famille).

    • Tu as raison, cette période peut avoir le mérite de replacer au centre ce qui est essentiel, ce qui compte pour soi et pour l’avenir. Ne pas aussi refaire les erreurs du passé, et surtout surtout, ne pas s’oublier. Et bon retour vers toi même !

  2. Ça donne envie cette middle life crisis (purée, c’est vrai que ça claque en anglais! C’est comme le baby blues, on aurait presque envie d’y passer!)
    Pourvu que… (j’ai encore 5 ans à tirer, je peux espérer 🙂 )

  3. J’ai encore qqes années devant moi… Mais on peut avoir des crises un peu n’importe quand non?
    J’ai deux envies persistantes et un peu fofolles depuis qqes temps : un tattoo et un golden retriever……..

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