Saint Maclou, priez pour nous.

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Il est certaines phobies qu’on préfèrerait taire. Ouais. Ici, le sujet est régulier, je me devais donc de venir apporter ma petite pierre à l’édifice phobique. Ma petite anecdote personnelle, tu sais, celle qui te rend la plus ridicule de la planète entière.

Alors voilà, je me lance, et m’en vais donc vous conter comment je me suis trouvée au beau milieu d’une nuit de Noël, enroulée dans une chute de moquette, façon rouleau de printemps.

Ahahaha…Hinhinhin. Oui bon ça va, on va voir si tu ricanes toujours quelques lignes plus bas.

Je suis atteinte d’émétophobie. Oui, la phobie de la gerbe, du vomito, du renard. Alors, je t’arrête de suite, habituée que je suis aux petites remarques de type : « Ah mais moi aussi, ça me dégoûte, ah je peux pas, berk ! ». Moi ça me dégoûte pas, ça me fait peur. Mais pas peur comme quand on te gueule dessus parce que t’as le hoquet , hein. Peur comme peur panique. Comme souffle court, coeur qui bat la mort, bouche sèche, et noeud, gros, gros noeud dans le bide. À une certaine époque, j’aurais pu laisser crever quelqu’un pour ça.

Aujourd’hui je te rassure, avec trois gosses, j’ai fait ma petite thérapie comportementale, avec quelques expositions. Je flippe toujours, mais inside. Outside, je nettoie, et je rassure . Genre : « C’est rien mon poussin, ça va passer. Oui, voilà, ça va mieux ? ». Je fais donc très bien illusion.

Pour illustrer cette flippade intense, je te propose donc aujourd’hui au menu l’anecdote du rouleau de printemps.

Il fût une époque où je fus adolechiante, et où ma phobie l’emportait sur tout le reste au monde. Par une belle nuit de Noël, la neige avait descendu son manteau blanc. Et ma mère, comme à chaque fucking Noël, nous faisait sa gentille crise de foie qui va bien. Généralement, ça commençait à table, et ça se poursuivait tard dans la nuit. Concernant la première partie de la soirée, je gérais assez bien : Tino Rossi s’emballait tranquillou sous le saphir de la chaîne familiale, les engueulades conversations allaient bon train, bref, le fond sonore était suffisant pour me permettre de ne pas être directement confrontée à ce que je craignais le plus au monde : entendre quelqu’un vomir.
C’est généralement dans la deuxième partie de la soirée que les choses se gâtaient. Quand la maison était calme et silencieuse. Enfin presque, rapport à ce dont on parle.

Cette nuit-là, j’avais tout essayé pour fuir, inside. Parce que l’invité favori de la phobie, c’est l’évitement. J’avais toujours à portée de mains dans ma petite table de chevet un Walkman avec une cassette dedans, pour écouter la musique, et ne plus entendre. Mais ce soir-là, les piles étaient mortes. Hors de question de traverser la maison pour aller farfouiller dans les placards à la recherche de piles, et passer tout ce temps « à découvert ». J’avais alors mis en oeuvre ma seconde technique de sioux : je me mettais les index dans les oreilles, pour me les boucher. Mais étant donné que je m’étais rendue compte que j’entendais quand même, j’agitais mes index à l’intérieur des oreilles. Comme quand tu te grattes les oreilles, tu vois. Sauf qu’au bout d’un moment, j’avais une double otite. Il me fallait trouver autre chose, la crise de foie était tenace et visiblement partie pour durer.

Alors que j’étais quasi sûre que la coupable était retournée se coucher (oui, quand tu es phobique, pas de pitié, tu ne te dis pas « la pauvre, elle est malade comme un iench », mais « comment elle peut ME faire encore ça? ».) grâce à une autre technique de sioux (chasse d’eau qui crache, porte qui se dévérouille, lumière du couloir qui s’éteint), je me suis faufilée, en pyj’, pieds nus (je n’avais pas une minute à perdre, et si « ca »recommençait alors que j’étais dans le couloir, hein ?) et je suis descendue au garage, chercher la paix et le silence.

Et pour ne rien vous cacher, c’est bien cela que j’ai ressenti d’abord. La sensation d’être à l’abri. Le soulagement : j’étais à l’autre bout de la maison, ici je n’entendrais plus rien.

Dans la maison de mes parents, une partie du sous-sol est aménagée en salle de jeu. C’est propre, avec du carrelage par terre. C’est joli le carrelage. Mais c’est froid. Vraiment froid. Parce que le hic de l’histoire est ici : je vous rappelle que c’est fucking Noël, que je suis pieds nus et sans petite laine, et petit détail qui a son importance : la salle de jeu n’est pas chauffée (et ils gueulaient régulièrement qu’on n’y jouait jamais.). Au bout d’une petite demi-heure, je frisais donc l’hypothermie. Je grelottais, je claquais des dents. J’aurais pu remonter, me direz-vous. Plutôt crever.

Pas de couverture, rien qui puisse me réchauffer. Rien, à part une chute de moquette, certainement stockée là par le dieu de la bouclette. Je me suis longtemps questionnée sur le comment j’allais faire. Et là tu vois bien où je veux en venir : la meilleure façon de se réchauffer avec un bout de moquette, c’est de s’enrouler dedans. Comme un bon vieux nem.

Cette moquette m’a sauvé la vie. Sans elle, je serais morte de froid, seule, dans le sous-sol de la maison familiale. Alors devant vous je le dis et je m’incline : n’ayez pas peur de vos phobies, Saint Maclou veille sur vous.

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7 réflexions sur “Saint Maclou, priez pour nous.

  1. Oh pinaise l’enroulage dans la moquette tu es allée loin là !!!
    Tu sais quoi, je suis à la limite de l’ émétophobikossi.
    Je redoooooooooooute la gastro au plus au point, surtout depuis l’école. L’hiver si je pouvais m’envelopper (et les enfants surtout) d’une cape d’invincibilité de gel hydroalcoolique…
    Je me soigne aussi (un peu) et j’ai réussi à essuyer/calmer/rassurer quelques vomitos enfantins. Heureusement peu nombreux… Que le Dieu du vogalène nous préserve !!!!!!!

    • J’ai longtemps, très longtemps cru que j’avais inventé cette phobie. C’est rassurant de savoir que je ne détiens pas l’exclusivité de la chtarberie.

  2. Haaaaaaan comme ça me parle !! Moi aussi j’en suis phobique, à tel point qu’on me verra rarement terminer les soirées tard, parce que quand les gens sont trop alcoolisés, je sens que TOUT PEUT BASCULER et holala lui il a trop bu j’en suis sure il va être malade fuyons, viiiiiite …et à BIEN faire chier mon mec (arrête de boire, on y va ? bois de l’eau, on rentre ? …), qu’a plutôt une bonne descente (je le hais) … Ma fille de 3 ans n’a qu’une intox alimentaire à son actif, je la bénis pour ça, je crains l’école et je prie le dieu « estomac en titane » de m’épargner le plus longtemps possible … Cette phobie, c’est super chiant pour la vie sociale, quand même, mais c’est surtout la faute de ces traitres qui savent pas se tenir et NOUS font subir l’enfer avec leurs vomitos. (je les hais)

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