Vol au dessus d’un nid de cul-culs

méditative

Au départ, je venais pour un cours de danse africaine.

Sauf que je me suis trompée de jour, et ce soir là c’est un cours de « Danse des 5 rythmes ».

Kézako ?

La prof m’explique qu’il s’agit d’une « Danse libre » qui permet de « se reconnecter avec ses sensations, ses émotions », bref, « son être intérieur ». Il n’y a pas de chorégraphie, chacun fait ce qu’il veut.

Je prends l’air à peine circonspecte et dis que moi c’est pas trop mon truc le lâcher prise tout ça. Si on ne me dit pas quoi faire je ne fais rien.

Tout ça me fait un peu flipper.

Elle insiste, et le jeune homme près d’elle me dit que c’est « une super expérience ». Je devrais venir. J’ose pas refuser ils ont passé 10 minutes à m’expliquer leur danse cheloue pour me donner envie.

Moment d’égarement, confusion, je m’entends dire oui.

Et le regrette immédiatement.

On entre dans la salle, je demande où sont des vestiaires. Yen a pas.

Tout le monde se fout à poil. Je me cache vaguement derrière un poteau et j’enfile mon magnifique yogging. Me voilà prête pour expérimenter la reconnexion. Ca pue l’encens, je fais semblant d’avoir l’air zen. Les participants sont nombreux, une soixantaine. On dirait un grand rassemblement de vendeurs de magasins bio. Ils se prennent dans les bras pour se dire bonjour, et restent longtemps collés les yeux fermés. Je fais bien attention à ne croiser le regard de personne, je ne fais pas de câlins aux inconnus.
Il y a beaucoup d’hommes, des personnes âgées, des handicapés, des femmes enceintes. Tout ce beau monde à poil, donc.

La prof s’installe derrière son PC en mode DJ et prend son micro pour lancer le mouvement. Une musique ambiance moine tibétain enroué donne le top départ. Tout le monde s’agite. Certains dansent (se tordent ?) torses nus. La prof nous demande très sérieusement de « nous reconnecter avec notre intériorité » avec une voix d’outre-tombe. Je ne comprends pas bien ce que ça veut dire, mais je fais semblant en gardant quand même un œil bien ouvert sur la scène. Certains font des mouvements totalement désarticulés. Je me demande s’ils tentent d’imiter des animaux. Un homme fait des mouvements de bassin d’arrière en avant comme s’il venait de tomber sur une autruche. Je décide de bouger un peu l’air profondément inspirée par mon intériorité. Certains sont roulés en boule par terre, une vieille dame avec une béquille fait le tour de la pièce en soufflant. D’autres s’arrêtent pour caresser le ventre de la dame enceinte.

Je suis dans Vol au dessus d’un nid de coucou.

Il faut me sortir de là.

Je n’ai pas le temps de trouver une porte de sortie que la musique s’accélère. Les gens bougent de plus en plus vite, jusqu’à une sorte de transe. La dame au micro nous demande de trouver un partenaire. Bordel je ne veux pas de partenaire !

Tout le monde se met par deux, sauf moi. Je fais celle que ça ne dérange pas du tout. Je fais style je m’étire. Ils se frôlent. Je me mets dans un coin et je me balance lentement de gauche à droite. Des filles courent et me sourient en passant près de moi. Merde il faudrait vraiment que je connecte avec mon intériorité ça a l’air vachement bien mais elle dit pas la dame comment faut faire. Un couple nouvellement formé pour l’occasion commence à se rouler une pelle et l’histoire d’une seconde je me demande si la scène ne va pas basculer en partouze géante.

Un homme et une femme simulent le combat d’un animal de la savane drôlement dangereux. Ils poussent des petits cris en sortant les griffes. J’ai très envie de rire… et de pleurer en même temps. Si ça se trouve je suis en train de connecter. Foutue pour foutue je décide de me laisser aller et de faire le kangourou. Je saute sur place. C’est cool.

Ca commence à sentir le poney dans la salle.

Je suis à donf on dirait Zebulon.

Alors que je commence à peine à me détendre (au bout d’1h30 quand même) la dame annonce que c’est le moment de former une ronde. Elle propose à ceux qui veulent d’aller au centre pour danser.

Nan ça va merci.

Je continue mon p’tit kangourou tranquillou au bord du cercle et elle dit dans son micro en me regardant avec un regard noir que seuls ceux au centre ont le droit de danser. Ambiance.

Dans le cercle c’est le déchaînement total, une explosion extatique. Avec leurs yeux fermés, j’ai peur qu’ils se foncent dedans.
D’ailleurs ils se foncent dedans.

Ayé c’est fini. Ouf.
Il faut s’asseoir en tenant les mains de ses voisins. J’ai pas envie je sue des mains. La dame malade à côté de moi (j’ai toujours eu de la chance) me tend sa main bandée.
La prof demande si quelqu’un « a quelque chose à partager avec le groupe ». Je pense à un paquet de chips, un saucisson, un truc sympa maintenant qu’on a bien bougé ça serait chouette de casser la croûte.
Un homme crie un « Merciiii ». Une autre se lève et entame un chant pseudo lyrique sur le thème du respect. Si chacun y va de sa p’tite intervention on n’est pas couchés.

Le silence s’installe, longtemps, très longtemps.

La prof conclue par un « Merci vous êtes beaux, vous êtes forts, Bravo ».

Je cherche autour de moi. Il n’y a même pas de caméra.

Crédit photo : Festival Plastique Danse Flore © Igor Tourgueniev

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27 réflexions sur “Vol au dessus d’un nid de cul-culs

  1. Merci !!!!
    J’ai bien ri , et de bon matin ça fait du bien !
    Je crois que tu es extrêmement courageuse, moi j’aurais pris mes jambes à mon coup et je serai parti le plus loin possible !
    Excellent !

    • Courageuse je ne sais pas. Je me suis dit que foutue pour foutue j’avais intérêt à rester jusqu’au bout pour écrire ce billet !

  2. Ça t’apprendra à faire de la danse africaine. Une fois, je me suis trompé de jour pour aller à un concert. Mais le gars à l’entrée n’a pas fait gaffe que j’avais un billet pour le lendemain. J’ai trouvé que la musique était chelou, qu’elle était hyper longue la première partie avec deux groupes. Pis que c’était bizarre que tous les gens se cassent ensuite. Et là j’ai compris.

    Mais y’avait pas autant de cinglés que toi. Merci.

    • Tu ne sais pas ce que tu rates pour la danse africaine. Je te verrais bien en boubou bouger ton boubou sur les rythmes de l’Afrique.

  3. Sérieux… Trop marrant !!! Je me serais cassée, je pense !!! Une fois, j’ai été à une cérémonie religieuse, comme ça, et tout le monde dans l’église s’est mis à faire des trucs trop bizarres, à « louer le seigneur » tout haut en prenant un air hyper inspiré, en se balançant dans tous les sens, en faisant des incantations sans queue ni tête (c’était une communauté un peu barge, et moi, je suis pas trop mystique, comme nana), je me suis tirée vite fait, bien fait ! J’ai attendu que ça se termine pour rejoindre les autres dans une réalité normale. Ça me fait toujours froid dans le dos les trucs comme ça… Au fond, faudrait peut être que j’ouvre un peu plus mes chacras, mais c’est plus fort que moi… impossible ! Je visualise, si j’avais été à ta place… Tu as trop bien géré. Si j’avais du rester dans un truc pareil, je serais morte sur place ! BRAVO ! L’avantage, c’est que j’ai bien rigolé. Rien que pour le blog, ça valait le coup de l’avoir vécu !

  4. Oh pinaise quelle expérience merveilleuse !!
    Merci pour le partage qu’est ce que j’ai rigole en t’imaginant faire le kangourou et surtout les autres totalement possédés !!
    Tu t’es bien connectée avec ton agenda pr le prochain cours au moins hein !!??!!

    • J’ai plutôt l’intention de diversifier mes expériences bizarres. Je vais peut-être bientôt partir en cure thermale… Affaire à suivre

  5. Nan mais en vrai ils ont tous pris un truc avant pour faciliter la connexion. Sauf que t’es arrivée en retard.
    C’est flippant un peu quand même…

  6. Haha j’ai kiffer l’article. Il faut de tout dans ce monde, même des vieilles qui dansent à poil en faisant le kangourou :).

    • En fait les gens étaient à poil pour se changer. Après, ils étaient quand même plus ou moins habillés ! Heureusement, sinon je pense que j’aurais vomi…

  7. Je compatis, tout ce que je déteste ou plutôt truc dans lequel je n’arrive pas à entrer pourtant j’aime les choses qui sortent de l’ordinaire mais si ça ressemble de près ou de loin à une secte je fuis 🙂

  8. Mouah ah ah!
    Je crois que j’aurais simuler un malaise pour être évacuée de la salle.
    Mais merci pour le témoignage en milieu hostile. 🙂

  9. J’attendais une fin genre « et puis je me suis réveillée » mais non ! C’est tordant de rire ! Merci pour cette petite pause détente à l’heure du déj 😉
    Ahhh les moukraines, vous savez bien écrire !! 🙂

  10. CE. TRUC. EXISTE. VRAIMENT ?! je veux dire, ils ont réussi à réunir une soixantaine de personnes (et toi) dans une salle pour kiffer ensemble ?! … j’en reste pantoise …

    • VE RI DIQUE !! Et c’est de plus en plus à la mode. Les citadins sont attirés par ce type d’expérience de reconnexion visiblement.

  11. Tu rigoles j’espère….tu es tombée sur une secte ?
    Le malaise….y a de quoi rire et pleurer en même temps dans ce genre de situations!

  12. Pingback: Ca va pas… mais ça ira ! | La Famille Champ!gnon

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