La fête à les voisins

(Et si ça se trouve, je le connais.)

Bon, on ne va pas se mentir parce qu’ici on est entre nous, la Fête des voisins, ça fait chier.
Déjà parce qu’il faut parler à des gens qu’on entend faire pipi, marcher avec leurs talons aiguille de merde, niquer, se mettre sur la gueule, etc., alors qu’au fond, on aurait envie de tout leur déballer : vous êtes bruyants, votre chat pisse sur mon paillasson, vos mômes sont moches comme des poux… et puis comme on est hyper bien élevés, on fait semblant d’avoir envie de faire ami-ami avec eux, et de s’extasier sur leur quiche dégueulasse, alors que non, on vient juste là pour se mettre minable et se gaver de curly.
Mais ça, c’est la version urbaine de la Fête des voisins.

En Plouquie, la fête des voisins c’est vraiment autre chose, je le sais, j’en ai donc testé pour vous la version rurale dimanche dernier.
Déjà, pour commencer, un des organisateurs, le mari à Christiane – c’est comme ça qu’on dit ici – te montre une photo de la fête des voisins d’il y a 30 ans. OUI. 30 ans, ça ne déconne pas par ici. On n’a pas attendu les Parigots en mal de convivialité et de solidarité pour boire un canon avec les voisins, hein.
Et donc, il te passe en revue les gens. La moitié sont décédés. Soit parce qu’ils étaient vieux déjà il y a 30 ans, soit parce que, euh, ils sont morts, la vie à la campagne c’est aussi plein d’imprévus, tels que par exemple, la mort.
Bon évidemment ça plombe un peu l’ambiance, mais voilà que Michel, le mari à Marie-France vient nous raconter ses souvenirs : comme la fois où il avait un peu forcé sur la gnôle, et s’était retrouvé à poil sur le perron de l’église. Puis avait tiré un feu d’artifice depuis la brouette à Roger.
Ouf, là on se détend bien bien.
On se détend d’autant plus qu’ils nous servent de punch, ou plutôt de rhum avec un peu de jus de fruits dedans.
Vient ensuite le moment un peu redouté du tour de table, où chacun doit se présenter. Pas de mal de nos voisins sont dans le village depuis à peu près 8 générations, certain(e)s d’entre eux sont né(e)s dans le café ou dans l’arrière-boutique de la charcuterie qui fait également bureau de poste, donc quand vient notre tour, on a l’air un peu concons, vu qu’on est arrivés l’année dernière, et qu’en plus avant on vivait à Paris. Bref. Mais nous, comme on habite la grande maison, tout le monde nous prend pour des châtelains, ce qui nous fait doucement rigoler aussi.
Et donc, pendant le tour de table, chacun explique où il habite et ce qu’il fait. Il faut savoir que dans notre Plouquie, les numéros des rues partent du 2 mais passent rapidement au 126, alors qu’il n’y a que 3 maisons.
Donc par exemple, à côté du 74, ce devrait être le 72, ben non, ici c’est le 120. Faut pas chercher.
Et chacun y va de son laïus. Et comme on ne comprend rien à où ils habitent exactement, ils essaient très gentiment de nous expliquer : alors, vous voyez la maison au beau-frère à Robert ? Ben, juste après, y a un gros chêne et un enclos avec un âne, et notre maison c’est celle avec la baie vitrée et les volets verts. OK ? Euh non. Bon, alors, quand vous prenez la route à droite pour aller chez Bernard, le frère au charcutier, vous voyez la maison avec un gros sapin devant ? Euh non, non plus, désolés.
Mon mari attaque son 4e verre, et moi le 3e, je commence donc à pouffer comme une dinde – et lui aussi, hein, faut pas croire -.
Et c’est le moment que choisit Michel pour venir nous parler des rats qui pullulent depuis que son voisin, dont nous tairons le nom, mais qui ne participe pas à cette petite sauterie, a fabriqué un immense poulailler avec plein de volatiles dedans, dont d’ailleurs un putain de coq qui chante dès 5 heures du matin. Michel n’a pas trop trop le sens de la nuance et de la synthèse, donc raconte tout par le menu, y compris le nombre de rats qu’il a occis à l’aide de je ne sais quel produit rural 100 % home made, qui contient probablement de l’arsenic et du gaz moutarde. Et Michel, pour te parler et être sûr que tu l’écoutes bien, te parle en te filant des grands coups d’index dans l’épaule. Ca fait un peu mal, parce que Michel est quand même assez costaud – les activités de la campagne, et aussi un peu le pif et le pâté – ça rend fort. Donc Michel file des grands coup d’index dans l’épaule de mon mari, et bien sûr, mon 3e verre aidant, je pouffe encore plus. Je pars en vrille au moment où mon fils aîné passe à côté et manque de se prendre l’index de Michel dans l’oeil.
On continue de picoler un peu, de pouffer beaucoup, ils nous font aussi déguster des spécialités locales délicieuses mais assez alcoolisées cependant, issues de la macération de fruits et d’eau de vie locale dans du vin local lui aussi, vraisemblablement confectionnées grâce à leurs alambics.

On est rentrés avec bobolatête (et à l’épaule pour celui qui s’était pris des coups d’index) mais promis, l’année prochaine, on recommencera parce que nos voisins, même s’ils ont un peu rustauds, sont de vrais voisins sur lesquels on peut compter et avec qui on a de vraies conversations, sauf quand on est vraiment trop bourrés.

 

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4 réflexions sur “La fête à les voisins

  1. Je ne sais pas par quel bout commencer tellement je rigole !! J’adore. Parce que non seulement c’est hilarant mais c’est aussi tendre et beau. Parce que la Plouquie c’est quand même un beau pays ❤
    Des bises à toi et au mari de la Christiane !

  2. Je ne sais pas si la Plouquie c’est pas loin de chez moi, mais la fête des voisins ressemble bien à la nôtre ^^ Même vécu ici il y a 5 ans en arrivant de région parisienne. Un très grand moment !!

  3. Chez nous c’est en semi-plouqie, mais nous fumes citadins et je connais la plouqie.
    Très jolie description, fidèle, drôle et « affectueuse ».
    En semi-plouqie c’est mich mich, certains se la joue fashionista (ils rêvent d’être citadin) et d’autres assument leur « plouqitude ».Mais nul ne rate les moments de rassemblement au village.
    Tu vas découvrir plein d’autres joies de ruralité, les bals, les fêtes de conscrits et tous plein d’occas de ripaille
    Mâdame la Châtelaine mes hommages

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