Le temps

Les Moukraines, c’est un peu vous, et beaucoup nous. C’est un peu de moi, un peu celle que j’étais, celle que je pense être, et surtout celle que je voudrais rester. C’est des gens qu’on croise, et puis des gens qu’on aime. C’est des femmes, des filles, des meufs et des nanas, des mères, des pas que, des qui bossent et qui ont pas que ça à foutre,

des qui aimeraient bien avoir que ça à foutre. Des dépassées, des qui prennent le temps. Des qui ont même plus le temps de vivre pour elles tellement elles vivent fort pour les autres. C’est des rencontres et des absences. Des gens qui aiment pas les gens, des timides, des pas à l’aise, des exubérants, des généreux, des qui ouvrent grand leur cœur et la porte de leur maison. Des qui ont peur, des qui profitent. Des qui s’angoissent, des qui s’interrogent, des qui se demandent, qui font des listes, des qui pèsent le pour et le contre et des qui foncent et qui réfléchiront plus tard, si on a le temps, si on a envie. C’est des sensibles et des hyper-sensibles. Des névrosées et des hyper-névrosées. Hyper-angoissées, hyper-concernées, hyper-dévouées, hyper-détachées, hyper-tranquilles. C’est tout le monde et personne et en même temps c’est chacun tour à tour. C’est ça qui est bien, à plusieurs. On se tempère, on se relaie, on se parle et on se comprend. On se chacun son tour. On se prends ton temps ma poule. On se t’inquiète pas vas, je comprends.
Et puis des fois on est toutes et on est une. On est une toute entière qui pleure et qui dit c’est pas juste. Qui dit putain ça commence à bien faire. Je veux bien rigoler et faire la con, mais là j’ai mal. J’ai putain de mal et je sais putain de pas quoi faire. J’ai mal, j’ai chaud, j’ai triste, j’ai dégoulinant, j’ai sommeil du dedans et j’ai tristesse, malheur, j’ai désarroi, j’ai désespoir. J’ai vomir, crier, prier, cracher, taper, déchirer, arracher. J’ai sommeil et j’ai peur. Et tu sais des peurs et des colères, des douleurs comme ça, faut les digérer. Parce que ça s’en va jamais. Ça passe un peu et puis beaucoup, ça se calme, ça se fait recouvrir d’autres trucs mais c’est toujours en dessous et des fois on l’oublie et c’est toujours à ce moment là que ça se réveille et que ça dit j’t’ai bien niqué hein ? T’as cru que c’étrait bon, que t’étais tranquille et je t’ai bien niqué !

Alors on prend du temps. On se repose. Quand on arrive enfin à fermer les yeux on dort et on espère seulement qu’on va pas trop rêver. Parce que les rêves ces temps-ci ils ont une fâcheuse tendance à se faire la malle bien loin. On espère au moins qu’ils sont allés aider quelqu’un d’autre et apaiser un peu son histoire à lui.

Et quand on s’est reposé, quand on a bien dormi, alors on recommence à sortir de chez soi. On ouvre les volets, on aère grand la pièce. On se dit que c’est peut-être enfin le jour de retourner au marché, aller voir la coiffeuse et faire des trucs normaux. On croise des gens et on leur dit bonjour et même que des fois ils nous répondent alors on se dit que c’est bon, que le temps a passé suffisamment.

Alors on rentre chez soi, on se pose à son bureau, on se fait un thé bien chaud avec une jolie phrase sur le papier accroché au sachet. Ça nous fait sourire. On met un peu de musique, on se balance doucement, et on se remet à écrire.

Désolées pour l’absence, des fois, il faut du temps.

image

Publicités

12 réflexions sur “Le temps

Une remarque ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s