La fête à les voisins

(Et si ça se trouve, je le connais.)

Bon, on ne va pas se mentir parce qu’ici on est entre nous, la Fête des voisins, ça fait chier.
Déjà parce qu’il faut parler à des gens qu’on entend faire pipi, marcher avec leurs talons aiguille de merde, niquer, se mettre sur la gueule, etc., alors qu’au fond, on aurait envie de tout leur déballer : vous êtes bruyants, votre chat pisse sur mon paillasson, vos mômes sont moches comme des poux… et puis comme on est hyper bien élevés, on fait semblant d’avoir envie de faire ami-ami avec eux, et de s’extasier sur leur quiche dégueulasse, alors que non, on vient juste là pour se mettre minable et se gaver de curly.
Mais ça, c’est la version urbaine de la Fête des voisins.

En Plouquie, la fête des voisins c’est vraiment autre chose, je le sais, j’en ai donc testé pour vous la version rurale dimanche dernier.
Déjà, pour commencer, un des organisateurs, le mari à Christiane – c’est comme ça qu’on dit ici – te montre une photo de la fête des voisins d’il y a 30 ans. OUI. 30 ans, ça ne déconne pas par ici. On n’a pas attendu les Parigots en mal de convivialité et de solidarité pour boire un canon avec les voisins, hein.
Et donc, il te passe en revue les gens. La moitié sont décédés. Soit parce qu’ils étaient vieux déjà il y a 30 ans, soit parce que, euh, ils sont morts, la vie à la campagne c’est aussi plein d’imprévus, tels que par exemple, la mort.
Bon évidemment ça plombe un peu l’ambiance, mais voilà que Michel, le mari à Marie-France vient nous raconter ses souvenirs : comme la fois où il avait un peu forcé sur la gnôle, et s’était retrouvé à poil sur le perron de l’église. Puis avait tiré un feu d’artifice depuis la brouette à Roger.
Ouf, là on se détend bien bien.
On se détend d’autant plus qu’ils nous servent de punch, ou plutôt de rhum avec un peu de jus de fruits dedans.
Vient ensuite le moment un peu redouté du tour de table, où chacun doit se présenter. Pas de mal de nos voisins sont dans le village depuis à peu près 8 générations, certain(e)s d’entre eux sont né(e)s dans le café ou dans l’arrière-boutique de la charcuterie qui fait également bureau de poste, donc quand vient notre tour, on a l’air un peu concons, vu qu’on est arrivés l’année dernière, et qu’en plus avant on vivait à Paris. Bref. Mais nous, comme on habite la grande maison, tout le monde nous prend pour des châtelains, ce qui nous fait doucement rigoler aussi.
Et donc, pendant le tour de table, chacun explique où il habite et ce qu’il fait. Il faut savoir que dans notre Plouquie, les numéros des rues partent du 2 mais passent rapidement au 126, alors qu’il n’y a que 3 maisons.
Donc par exemple, à côté du 74, ce devrait être le 72, ben non, ici c’est le 120. Faut pas chercher.
Et chacun y va de son laïus. Et comme on ne comprend rien à où ils habitent exactement, ils essaient très gentiment de nous expliquer : alors, vous voyez la maison au beau-frère à Robert ? Ben, juste après, y a un gros chêne et un enclos avec un âne, et notre maison c’est celle avec la baie vitrée et les volets verts. OK ? Euh non. Bon, alors, quand vous prenez la route à droite pour aller chez Bernard, le frère au charcutier, vous voyez la maison avec un gros sapin devant ? Euh non, non plus, désolés.
Mon mari attaque son 4e verre, et moi le 3e, je commence donc à pouffer comme une dinde – et lui aussi, hein, faut pas croire -.
Et c’est le moment que choisit Michel pour venir nous parler des rats qui pullulent depuis que son voisin, dont nous tairons le nom, mais qui ne participe pas à cette petite sauterie, a fabriqué un immense poulailler avec plein de volatiles dedans, dont d’ailleurs un putain de coq qui chante dès 5 heures du matin. Michel n’a pas trop trop le sens de la nuance et de la synthèse, donc raconte tout par le menu, y compris le nombre de rats qu’il a occis à l’aide de je ne sais quel produit rural 100 % home made, qui contient probablement de l’arsenic et du gaz moutarde. Et Michel, pour te parler et être sûr que tu l’écoutes bien, te parle en te filant des grands coups d’index dans l’épaule. Ca fait un peu mal, parce que Michel est quand même assez costaud – les activités de la campagne, et aussi un peu le pif et le pâté – ça rend fort. Donc Michel file des grands coup d’index dans l’épaule de mon mari, et bien sûr, mon 3e verre aidant, je pouffe encore plus. Je pars en vrille au moment où mon fils aîné passe à côté et manque de se prendre l’index de Michel dans l’oeil.
On continue de picoler un peu, de pouffer beaucoup, ils nous font aussi déguster des spécialités locales délicieuses mais assez alcoolisées cependant, issues de la macération de fruits et d’eau de vie locale dans du vin local lui aussi, vraisemblablement confectionnées grâce à leurs alambics.

On est rentrés avec bobolatête (et à l’épaule pour celui qui s’était pris des coups d’index) mais promis, l’année prochaine, on recommencera parce que nos voisins, même s’ils ont un peu rustauds, sont de vrais voisins sur lesquels on peut compter et avec qui on a de vraies conversations, sauf quand on est vraiment trop bourrés.

 

Publicités

Oh Marie, si tu savais…

ordre chaos

Alors que le royaume des 7 couronnes est en proie à un sacré bordel, que Daesh massacre tout un tas de gens, que l’on s’étripe en France à propos de recettes pour fêter la rupture du jeûne du Ramadan, des gens ont des soucis d’encombrement et en font part dans les Internets. Il ne s’agit pas de constipation mais de merdier. Et que, je ne sais pas trop trop pourquoi, mais plein de gens, encore eux, ne savent pas bien ranger leurs affaires. J’avoue ne pas bien comprendre la problématique, mais ça semble grave, au point que d’autres gens leur prodiguent des conseils. De rangement. Lire la suite

Je vous en remets une couche ?

 

DespJu_3x08_PeintureRouge

Comme vous l’avez probablement retenu car je sais que vous tenez des registres précis sur nos vies palpitantes, je suis passée désormais passée dans le clan VIP des propriétaires de leur logement.
Et depuis que j’ai rejoint le côté obscur, je me suis lancée dans force travaux de bricolage. Et ceci pour plusieurs raisons, plus moins avouables.
1 – Sachez tout d’abord que, bien qu’étant non seulement propriétaires mais également d’odieux capitalistes – mon conjoint est chef d’entreprise et on pique sans arrêt dans la caisse, on va pas se faire chier non plus – notre pouvoir d’achat est TRES limité. Du coup, malgré notre envie de déléguer certaines tâches que nous jugeons un poil ingrates mais surtout crevantes, on doit se rendre à l’évidence, ça coûtera moins cher si c’est nous qui le faisons.
2 – Faire soi-même, c’est aussi éviter d’avoir pendant 3 jours des types qui sentent la transpiration, travaillent en écoutant Rire et chansons et bouffent des sandwiches au pâté de campagne à l’ail dans la chambre d’amis (oui, c’est à cette pièce que je me suis récemment attelée).
3 – Faire soi-même permet de se lancer des défis. Hum. Oui. Bon.
4 – C’est tout.
Donc, j’ai entrepris de repeindre et redécorer la chambre d’amis. Même si on a globalement assez peu d’amis, on aurait envie qu’ils viennent un peu nous rendre visite. On se dit naïvement que si la chambre est plus jolie, ils viendront peut-être plus souvent.

Je pense qu’on a tous un bricoleur / une bricoleuse patenté(e) (oui, encore un terme qui sonne très Ancien régime), dans notre entourage. Cette personne a quasiment sa licence officielle de bricolo. Elle brandit comme un étendard sa carte de fidélité Weldom et te narre avec passion son dernier chantier, qui a occasionné des tonnes de poussières dans toute la baraque, ça a bien fait chier tout le monde.

Elle se croit autorisée à prodiguer des conseils à tout moment, même – et surtout – si on ne lui en demande pas. Elle donne son avis avant, pendant – loi de l’emmerdement maximal – et après le chantier. Elle pose, avec une sorte de bienveillance qui est en réalité de la condescendance déguisée, des questions qui vont à la fois lui permettre de te montrer l’étendue de son talent et de sa technicité, et t’enfoncer un peu plus dans ton incompétence. « Tu as cordé ta peinture, c’est fait exprès ? Tu as poncé avant ? Tu as pris une queue de morue pour laquer ta porte ? ». L’utilisation de jargon susceptible de jeter le trouble dans ton esprit est une caractéristique du bricolo, qui veut appuyer là où ça fait mal et en même temps se rendre utile, puisqu’il ou elle se sent investi(e) d’une mission confiée par Saint-Maclou, le patron de toute la clique des bricolos.
Au point que tu as juste envie de lui dire de fermer sa gueule et de le faire à ta place puisque c’est si jubilatoire et épanouissant comme activité.
Au point également que tu as envie de lui coller tous tes pinceaux dans le fondement et lui faire boire ton reste de pot de peinture par les narines.
Dans notre entourage, on a aussi toujours quelqu’un (genre ma mère par exemple) pour me dire que « quand même, moi je n’aurais pas choisi ces couleurs et c’est bien dommage parce que c’est tristounet et que le bleu d’avant n’était pas si moche, vraiment je ne comprends pas pourquoi tu t’es embêtée à faire ça alors que tu aurais pu t’occuper un peu plus de tes enfants pendant tout ce temps ».

Après avoir compulsé des magazines de déco chez le coiffeur ou dans les Internets, j’ai donc arrêté mon choix : je peindrai en deux couleurs, blanc en haut, gris souris en bas. A ce stade je ne mesure pas bien dans quel merdier je suis sur le point de me fourrer. Je rêve de la future déco de cette chambre, sans imaginer les heures pénibles qui vont suivre.
Pour commencer, je dois acheter du matériel, ce qui signifie en clair, aller dans un magasin de bricolage. Là, je fais tout pour éviter les vendeurs / vendeuses, qui vont essayer de me fourguer de la peinture tellement chère qu’elle a certainement été fabriquée à base de caviar beluga concassé.
Je me démerde donc à choisir de la peinture comme je veux, des pinceaux de modèles variés, un rouleau, et quelques accessoires indispensables à tout peintre d’intérieur qui se respecte. Je passe un quart d’heure cependant à hésiter entre le gris galet n°422, le gris tourterelle n° 451 bis, le gris éléphant d’Afrique n°472 et le gris éléphant d’Asie n° 485. Mais je prends le gris souris, puisque c’est ce que je voulais dès le départ en fait.
Et là attention j’ouvre une parenthèse : je veux ici hurler ma haine à l’endroit – oui c’est vintage aussi, « à l’endroit », mais « force » et « compulser » utilisés plus haut le sont aussi – du gros fils de peripatétiputasse qui a inventé la PEINTURE MONOCOUCHE – qui est certainement aussi celui qui a inventé les ouvertures faciles -. Ca n’existe pas. Dans la pub pour ce genre de peinture, tu peux tremper ton rouleau, pas une goutte ne choit sur la bâche qu’on aura préalablement disposée par terre ou, justement, sur le seul coin de la pièce pas recouvert par une bâche parce qu’on aura eu le malheur de bouger son escabeau. La peinture monocouche, c’est une sorte de crème épaisse impossible à étaler, qui fait des pâtés mais, qui paradoxalement dispose d’un pouvoir couvrant limité. Il faut donc en mettre AU MOINS deux couches. Voire TROIS.
Je rentre à la maison après avoir laissé 100 euros chez Bricomachin : je n’ai probablement pas pris assez de peinture, et j’ai oublié du rouge. Oui, car fofolle que je suis, j’ai décrété unilatéralement que je peindrai la porte en rouge, mais pas partout.
Et là, je me lance dans le travail de préparation. C’est putain de long. Il faut coller des adhésifs partout, mettre une bâche par terre. J’en ai déjà marre. Je veux aller m’occuper de mes poules dans le jardin et planter des trucs dans le potager.
Puis, il faut choisir une tenue de travail : dans un monde idéal, celui des films ou des séries télévisées, celle qui bricole possède une salopette en jean qui ne lui rentre pas dans la raie du derche. Elle a aussi un bandana qui la rend sexy et ravissante. Alors que moi avec mon bandana, j’ai juste l’air d’une gourdasse avec un bout de torchon sur le crâne. Comme je n’ai pas de salopette en jean, car plus personne n’en porte depuis 1978, je me rabats sur un vieux pantalon trop grand. Je suis alors prête à me lancer dans le grand bain des travaux.
Il me faut donc ouvrir les pots de peinture. Je me déglingue les doigts et me pète un ongle. Bien sûr, une fois le pot ouvert, il faut touiller. On a donc à la maison un bâton à mélanger la peinture. C’est indispensable, notez-le.
Et après, c’est parti pour des heures, des jours de souffrance. Je m’en fous partout. Ca sent mauvais. Je veux aller me coucher.
Le truc avec la peinture c’est qu’une fois que tu as commencé tu es obligé(e) de terminer. Sinon, ta pièce ne ressemble à rien d’autre qu’un truc pas fini.
Une fois que c’est fini, ben justement, ça ne l’est pas tout à fait.
Pas tant que les adhésifs ne sont pas enlevés et que n’ont pas été faites les indispensables retouches. Notez aussi que le « je ferai les retouches plus tard » est une mystification. Ca n’existe pas. Les retouches, c’est tout de suite ou jamais. Car présentement, j’ai envie de jeter tout mon putain de matériel au feu et de danser autour tellement je n’en peux plus.
Au lieu de ça, il faut rincer les pinceaux. Ledit rinçage à l’eau nécessite environ 2 mètres cubes de flotte. J’ai un peu honte.

Mais au bout du compte, je suis quand même un peu contente, parce que voilà :

2015-04-08 11.48.24

La télé dans ma gueule

mire ortf
Ecrire des livres, sans être pour autant un auteur à succès, peut conduire malgré tout à devoir faire de la promo.
Je ne pensais pas un jour devoir me plier à cet exercice mais j’ai pourtant accepté de le faire, avec une interview enregistrée pour une émission qui fait péter l’audimat, et un direct en soirée dans une grande radio, histoire de payer mes factures en 2016. En regrettant d’avoir dit oui dans la seconde qui a suivi l’envoi de mon mail de confirmation.
Et si je renvoyais un message pour dire que finalement non, je ne pourrai pas y aller. J’aurai une grippe ce jour-là, c’est sûr. Je serai indisponible. J’aurai une extinction de voix. Ou une crise de conjonctivite. Ou un horrible lumbago. Ou tout ça à la fois. Peut-être même que je serai décédée, hein, si ça se trouve.
Puis les choses se précisent, je reçois des convocations. « Rendez-vous au studio machin, venez maquillée et coiffée. » HEIN ? KEUMAN ?
Maquillée et coiffée ?
OH.MON.DIEU.
Il faut savoir me concernant que le maquillage et moi sommes assez incompatibles. Lorsque j’ai du rouge à lèvres et du fond de teint, j’ai la sensation d’avoir un emplâtre sur la tronche et la bouche collée. Le mascara me donne envie de me frotter les yeux au scotch brite. Et je suis incapable de faire un truc symétrique et qui ne bave pas quand il s’agit de me maquiller les yeux. Quant au coiffage, il y a bien longtemps, depuis toujours en fait, que j’ai compris que mes cheveux étaient dotés d’une vie propre, et qu’il ne fallait pas trop trop essayer de bouleverser le désordre établi. Aucun produit n’est venu à bout de mes frisottis. Aucun shampoing n’est adapté à mon cas. Je suis une anomalie capillaire à moi toute seule.
Avant le jour J, je compulse force sites web sur les do’s et les don’t en matière de look lorsqu’on passe à la télé. Le choix de ma tenue me plonge dans un désarroi profond. Je prépare mon sac en emportant une tenue possible ainsi que 3 autres faisant office de plan B, des alternatives possibles en cas de surplus de sueur, de tache, de vomi de clodo, de n’importe quoi renversé sur moi avant l’heure de l’enregistrement. Je vais m’acheter du maquillage, je l’essaie en rentrant chez moi et je me rends compte que rien ne va. Le rouge à lèvres que la vendeuse m’a collé me fait ressembler à une junkie dépressive.
Le jour J, je suis en état de stress maximal. J’ai mal au bide, je suis incapable de petit déjeuner. Je m’en veux d’avoir accepté.
Je me rends au studio d’enregistrement maquillée comme un camion tuné et le moindre coup de vent dans mon brushing me provoque d’intenses palpitations. Le mascara pèse une tonne sur mes cils. Ca me démange les yeux, mes lèvres collent, j’ai bouffé tout mon gloss. Je transpire et j’ai peur d’avoir des auréoles sous les bras. J’ai envie que le métro s’arrête à jamais dans un tunnel. Une grosse panne qui paralyserait tout Paris pendant plusieurs heures. Mais non. Tout marche comme sur des roulettes. Pas un pépin, pas un accident voyageur. Personne n’a eu l’idée de se suicider sur la ligne 9 ce matin. Les cons.
J’arrive au studio où trône un magnifique fond vert devant lequel on va me demander d’évoluer seule et de parler comme une présentatrice météo, que je suis loin, très loin d’être.
Les prises commencent. Je bafouille, je bouge les pieds alors qu’il ne faut pas. Je ne sais pas quoi faire de mes mains. Je pense que mon front brille et que ma coiffure est merdique.
Je veux que ça se termine.
Subitement, le réalisateur coupe « La dame – moi, donc – est très tendue, beaucoup trop tendue . On va faire une pause. Et vous donner un verre d’eau ».
Tendue, moi ? SANS DECONNER ? J’ai la bouche sèche comme si j’avais avalé un kilo de sel de mer. J’en peux plus de leurs lumières dans ma tronche. Le fond vert me sort par les yeux. Des techniciens traquent mes moindres faits et gestes.
Je leur dis que ce n’est pas de l’eau que je veux, mais de la gnôle. Et du Lexomil. Un joint. De la coke. Je pourrais simuler un malaise pour mettre fin à mes souffrances. Mais non, même ça ne je sais pas faire. Je suis une des pires actrices du monde (même si je pense néanmoins savoir mieux mourir que Marion Cotillard).
C’est reparti.
Le verre d’eau m’a curieusement fait un bien fou. J’arrive à parler à peu près normalement. J’enchaîne.
Clap de fin.
Ils sont contents.
Moi aussi, mais pas pour les mêmes raisons. Je vais pouvoir me démaquiller, me changer. Et ne pas penser à mes putain de cheveux.
Je crois que cette expérience télévisuelle sera la 1re et la dernière.
J’ai bien, bien chié dans mon froc.
Je ne sais même pas si j’aurai le courage de me regarder.
Et le lendemain, j’ai enchaîné avec le direct à la radio. Là, j’ai mieux géré, j’ai adoré même. Probablement parce que mon mec a réussi à me faire gober que personne, absolument personne de mon entourage ne m’écouterait. Qu’ils ne savaient pas à quelle heure était l’émission. Et que je ne me suis absolument pas rendue compte que le direct était diffusé en vidéo sur le site de ladite radio.
Après cet instant de gloire médiatique, je suis rentrée dans ma cambrousse.
Sans foirer ma correspondance au Mans.

 

Michel est un con

Michel Kinder

Dans la famille Kinderchocolat, je demande, le père, Michel.

Avoir plusieurs enfants, même à 10 ans d’intervalle, c’est avoir autant de raison de s’émerveiller mais aussi de s’énerver un peu quand même.
Il ne vous aura pas échappé que je suis une femme de principes. Oui, les principes, ça me connaît. Les principes sont ma raison d’être, mon dada, comme le tiercé chez Omar Sharif.
En matière d’alimentation infantile, je m’évertue donc à faire en sorte que mes garçons, petits et grands, ne soient pas atteints ni de scorbut, ni d’obésité tout en prenant plaisir à manger.

– Mon fils aîné, âgé d’aujourd’hui 16 ans, a été un modèle du genre. Il a toujours mangé de tout, sans broncher. Actuellement, il joue le rôle du nettoyeur, finissant consciencieusement les assiettes de ses petits frères, même après avoir englouti ses 4 desserts et probablement l’équivalent d’un boeuf entier en apports caloriques. Il mange les kiri 4 par 4 en une seule bouchée (et n’a d’ailleurs toujours pas compris qu’il fallait qu’il cesse d’en planquer les emballages sous son oreiller). Pour l’instant, son métabolisme fait qu’il est nettement plus haut que large, ce qui le met à l’abri d’une consultation chez le diététicien, mais pas chez le psy si j’en crois ma mère et ma belle-mère, parce qu’il est malheureux puisque son père et moi on est séparés. D’ailleurs quand il était petit, sa grand-mère paternelle me soupçonnait de ne pas le nourrir suffisamment, entre autres maltraitances que je lui infligeais en permanence, car il ne correspondait pas au standard joufflu et potelé du bébé bien portant. J’ai pour ma part beaucoup de mal à supporter ce culte du pli, ce n’est pas une contrepèterie que vouent de nombreux parents à leur très jeune progéniture. Elle s’empressait de lui donner des compléments alimentaires dès qu’elle en avait la possibilité. Et m’indiquait qu’il était trop maigre. Ou qu’il ne grossissait pas. Ce à quoi j’avais d’ailleurs toujours envie de répondre « occupe toi de ton cul qui est bien assez gros, lui ». Bref.

– Le second s’est montré moins convaincu sur la nécessité de manger des bonnes purées et soupes préparées au babycook. Ou des soupes. Mais a quand même joué le jeu un certain temps. Je n’ai pas encore compris pourquoi au demeurant. Il s’alimente à peu près correctement aujourd’hui. Même si les légumes ne sont pas ses amis pour la vie. A mon grand désespoir. Mais il sait manger avec des baguettes et pas moi, du coup, je me la boucle hermétiquement.

– Quant au 3e, quasiment depuis sa naissance, il m’a priée de m’asseoir sur mes principes et mes notions d’équilibre alimentaire (ainsi que sur plein d’autres trucs). Après avoir été allaité longtemps, et avoir TOUJOURS obstinément refusé toute forme d’alimentation via un biberon, il a ensuite refusé tout apport en légumes, fussent-ils bio et épluchés avec amour par sa môman, réduits ou non en soupes ou purées. Rapidement, ses choix se sont portés sur les pâtes, le riz, la semoule, le tout agrémenté de viande, de poisson ou de jambon. J’ai donc rapidement remisé mon babycook, non sans verser une larme, jusqu’à ce que j’en tire un prix raisonnable sur leboncoin. En grandissant, il nous a également signifié une propension certaine à manger des compotes. Et à rejeter tout ce qui ressemble de près ou de loin à du lait ou ses produits dérivés, malgré une période assez courte de consommation de petits suisses aux fruits. Puis s’est également pris d’une passion pour les Kinder maxi, dignes successeurs des kinder chocolat de mon enfance, ceux dont ce connard de Michel ignorait l’existence alors que ses enfants blonds lui demandaient une « confiserie ».(Je vous demande instamment de cliquer sur le lien et d’admirer l’esthétique fin 1980’s – début 1990’s de ce spot publicitaire, le scénario et les dialogues aux petits oignons ainsi que la parfaite synchronisation du doublage. Merci aussi de noter que grâce à la femme à Michel, les enfants ont échappé à une mort certaine provoquée par l’ingestion répétée de confiseries frelatées, alors que le Kinder chocolat est un aliment parfaitement sain puisqu’à l’intérieur on y trouve un verre de bon lait de vache nourrie aux carcasses de vaches ainsi que de la bonne huile de palme.)
Le Kinder et sa bonne huile de palme ont donc fait leur entrée fracassante dans les placards de la cuisine. Au point que le petit dernier a développé une sorte d’addiction. Au point aussi qu’il en fasse son petit dej. Et son goûter. Et parfois même l’essentiel de son alimentation quotidienne. Au grand dam de tout le monde, sauf très certainement de Giovanni Ferrero. D’abord pleine de culpabilité et un rien stigmatisée par les pourfendeurs de l’équilibre alimentaire présents mon entourage proche (pas mon mari, il n’a pas intérêt), je me suis résignée. Puis j’ai récemment décidé de me battre, décrétant unilatéralement un moratoire à effet immédiat sur le Kinder.
On réduit la dose, jour par jour. Comme avec les toxicos. Sauf que le petit est moins dangereux qu’un toxico en manque, ses crises pouvant au pire le conduire à se rouler par terre sur le carrelage de la cuisine en me jetant à la tête son doudou plein de bave (et de virus Ebola).
Et j’ai bon espoir que d’ici un mois ou deux il me réclame du gratin de chou-fleur, ou des bâtonnets de crudités à tremper dans du fromage frais à la ciboulette.

On peut toujours rêver.

Notre 7 janvier

7 janvier

Nous sommes Charlie, nous sommes juifs, nous sommes musulmans, nous sommes catholiques, nous sommes journalistes, nous sommes flics, nous sommes athées, nous sommes agnostiques, nous sommes d’ici, d’ailleurs, de partout.
Nous sommes Charb, Cabu, Wolinski ,Tignous, Honoré, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Elsa Cayat, Frédéric Boisseau, Michel Renaud, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe, Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen, François-Michel Saada.

Ouiche et Carmela ont écrit ces articles dans la nuit du 7 au 8 janvier 2015.

Sur le plancher, une araignée (par Ouiche Lourraine)

« Sur le plancher une araignée se tricotait des bottes, dans un flacon un limaçon enfilait sa culotte. »

Enfoncée dans son fauteuil, ma fille écoute des comptines en riant. À sa gauche la télévision fait défiler en boucle des bandeaux d’information. J’écoute en pleurant ma France déchirée.

Ce matin quand mon fils s’est levé il a demandé si les méchants monsieurs avaient été attrapés par la police. « Pas encore mon poussin. » « J’espère qu’ils les attraperont vite.  »
Moi aussi poussin.

Comment expliquer à son enfant ce qu’on ne comprend pas soi même. Comment lui avouer, le visage plein de larmes, que le monde est parfois mauvais, cruel. C’est comme si d’un coup je lui disais tout, le Père Noël et la Petite Souris, le Marchand de Sable et les fées. Bienvenue dans la réalité mon bébé.
J’ai l’impression de lui avoir menti. Je ne peux pas vous protéger. Je ne peux pas faire que le monde entier soit beau.

Il fait défiler son doigt sur les noms des 12 victimes affichés à notre fenêtre en me racontant qu’il a eu tout juste à son exercice de maths. « Et puis tu sais Arthur il m’a dit que il est allé à Paris et il a trouvé les méchants monsieurs et même qu’il a pris leur fusil et qu’il les a tués ! »

Non mon poussin tu sais, on doit pas tuer des gens. On doit pas tuer, même les méchants, alors encore moins les gentils. C’est pour ça que tout le monde est triste.
« J’espère qu’ils les attraperont bientôt.  »

 » J’ai vu dans le ciel, une mouche à miel, pincer sa guitare, un rat tout confus, sonner l’angelus au son d’la fanfare. »

Et soudain (par Carmela)

Quelques mots qui s’affichent en majuscules au beau milieu d’un fil d’actualités encombré de futilités, d’informations vides de sens, inintéressantes.

Incrédulité, stupeur. La longue journée commence.

Lire, écouter, penser. Garder son sang-froid, ne pas paniquer.

Et pleurer surtout.

Je ne connaissais aucun de ces hommes. Je m’amusais de temps en temps de leurs dessins. J’admirais leur sens de la provocation, cet humour souvent potache, en tout cas libre. Affranchi.

Essayer ensuite de comprendre comment un cerveau humain normalement constitué peut décider de s’armer de fusils de combat pour aller dézinguer à bout portant des hommes libres au nom d’un dieu, d’un prophète.

Bien sûr ça ne marche pas, ça ne rentre pas dans mes cases. Rien ne peut justifier cela. Rien.

Rien ne peut retenir les larmes. Rien.

Gros fils de pute. J’ai envie qu’on vous chope vivants. Qu’on vous pourchasse dans votre sommeil. Que votre vie sur terre ne soit plus qu’un enfer.

Je m’en veux. J’ai une part de responsabilité. J’en suis certaine. J’aurais dû envoyer bouler tous ces enfoirés qui tenaient des propos tendancieux, haineux. J’ai probablement dû me taire à des moments où il fallait l’ouvrir. J’ai failli devant cette trop fameuse « parole décomplexée » qu’on nous a souvent brandie comme un étendard, prétendument au nom de la démocratie et de la liberté d’expression. Et qui finit, un jour où l’autre par tuer.
Je lis, d’écoute des réactions en chaîne, je suis abasourdie. Parfois perplexe tant certaines ne sont qu’un fatras de mots étrangement alignés. Une dérangeante manière de brouiller les pistes.

Je pleure pour ces gens, ces dessinateurs, ces journalistes, ces flics, ces gens qui se trouvaient là par hasard sur le chemin de ces bêtes enragées. Je les pleure comme des parents, comme des amis, comme des copains. Comme des symboles. Je pleure sur la liberté qu’on assassine. Je pleure sur ce bain de sang. Je pleure aussi parce que j’ai peur. Oui, j’ai peur de la violence, de ce monde que nous allons laisser à nos enfants. Je frémis face à ce chaos. J’ai peur de cette guerre dans laquelle on veut nous emmener. Je sais pourtant qu’avoir peur c’est donner raison aux terroristes.

Mais pour l’instant, rien d’autre ne vient que les larmes, la terreur, et la culpabilité.

J’entends dire qu’ils sont morts en héros. Mais moi, je ne voulais pas qu’ils meurent.
Je ne sais pas prier.

Mais je pense à tous ces gens.

Intensément.

C’est combien ?

c'est combien

Il y a quelques jours, l’une d’entre nous s’émouvait de la perte d’une dent de lait de sa jeune progéniture. Une fois la vive émotion passée, vint sur le tapis une question cruciale, à savoir celle du tarif de la petite souris.
Ben oui, c’est combien pour une dent ?
A l’instar du dentiste, qui tarife ses prestations sur des critères qui nous échappent, aucunement liés à la taille de la dent ou au temps passé mais plus vraisemblablement au montant annuel de l’adhésion au Rotary club du coin, on est en droit de se demander combien donner au petit rongeur pour son service de collecte nocturne de la dent planquée sous l’oreiller. En sachant que quand même, elle est pas bien futée cette souris, puisqu’elle emporte la dent mais laisse la piècette,  mais on m’indique dans l’oreillette que c’est là qu’est la magie : on fait donc croire aux enfants qu’une souris va passer, prendre leur dent (sans se faire écraser au passage), et mettre une pièce à la place. Décidément, on leur en fait gober des trucs énormes aux enfants, hein.

Ici, on file deux euros.
Moi qui ai vécu au XXe siècle et ai connu le franc, pas les anciens francs ni le Franc Poincaré ou le Franc Germinal, faut pas déconner, je trouve déjà que deux euros pour un truc qui n’existe pas, c’est outrageusement élevé.
Attention, voici une parenthèse vieille conne :
(De mon temps, il y a donc longtemps, la petite souris, c’était 1 franc, voire 2. Au plus cher, c’était 5 francs, là c’était la fête du slip. Avec ça on pouvait acheter plusieurs pains au chocolat. Avec l’équivalent de 5 francs, soit environ 0,76 euro, aujourd’hui, tu achètes à peine une baguette entière, à cause des plombiers polonais et des péripatéticiennes moldaves, de l’Etat et des Sciences po / énarques que c’est tous des pourris. Sauf si cette baguette est en pâte à pain banale, sans la farine dessus, qui coûte le prix de l’or en poudre, et les petites graines torréfiées avec amour et à la main de lin d’Himalaya, qui sont aussi onéreuses que le caviar Beluga d’Iran.
Donc, tout ça pour dire que nous on file 2 euros, pas plus, parfois moins. Oui. Parfaitement.
La parenthèse vieille conne est fermée)
Il faut savoir que si l’on perd la dent, il est toujours possible de rédiger un courrier à l’attention de la petite souris, en lui détaillant les faits par le menu – quelque chose de gentil, du genre « Chère petite souris, ma maman qui adore faire le ménage a paumé ma dent, alors vazy fais pas ta pute steuplé, donne-moi quand même mon pognon, merci, bisous ». Un courrier dans lequel le parent inconscient fera acte de contrition, car égarer une dent, c’est très très mal et cela peut mettre plus d’une personne au ban de la société. L’une d’entre nous l’a fait récemment, oui.
En revanche, si la dent est avalée, il est recommandé, pour des questions d’hygiène et afin de ne pas propager Ebola ou le choléra, de ne pas aller farfouiller dans le caca de ses enfants afin de récupérer ladite dent.

Je dois avouer ici non sans une certaine honte que :
– J’ai déjà pris des sous dans la tirelire du récipiendaire édenté parce que je n’avais plus de monnaie sur moi. Il n’y a vu que du feu.
– J’ai déjà emprunté des sous à mon fils aîné pour qu’il participe lui aussi à l’effort collectif de la maisonnée pour rétribuer la petite souris. Et je ne suis pas certaine de lui avoir rendu.
Toujours est-il qu’il est important de doser son effort financier : si tu files, permets-moi de te tutoyer, plus de 2 euros pour le convoyage fictif de cette dent, par exemple en donnant 5, voire 10 ou 15 euros – ce qui est totalement prohibitif -, tu seras contraint(e) lorsque tes enfants auront leur bac ou leur permis de conduire, qui t’aura déjà coûté un rein, vu qu’il faut prendre 350 heures de cours pour prétendre passer l’examen, de leur remettre un à deux lingots d’or, le code de ta carte bancaire, ainsi qu’un immeuble de rapport dans un quartier couru de la capitale.
Je te conseille donc de mesurer le risque que tu prends pour plus tard en mettant ainsi la barre trop haut. Donc, par exemple, pas d’écran LCD ou de tablette pour une perte de dent de lait, surtout surtout si tu as des jumeaux(melles) ou des triplé(e)s ou une portée d’enfants du même âge exactement, qui en toute probabilité perdront leurs dents à peu près durant la même semaine.
La petite souris est fourbe, elle augmente chaque année insidieusement ses tarifs, qu’elle n’indexe pas sur l’inflation mais très certainement sur une subtile combinaison pondérée de l’indice des loyers parisiens, de l’évolution du prix du paquet de clopes, de celui de la baguette tradition bio aux 5 céréales et du demi-pression en terrasse dans le VIe arrondissement.
Elle prend cher la fée des dents, hein.

 

Photo : Blog Oh sweet baby