L’amour d’une mère

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Dimanche matin, 7h. J’envoie un nuage de laque dans les cheveux de ma fille. De si petits cheveux, une si petite fille. Enfin, je crois, parce qu’en réalité elle a tout de même 9 ans 3/4. Elle a découvert les fractions, il y a peu.

Elle baille, et bavarde. Regarde son cerceau, repasse la liste dans sa tête : laque, peigne, pointes, justaucorps, barrettes « clap », barrettes chignon, bouteille d’eau.
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Résolue

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Faut que je vous dise, quand même. Je n’ai pas pour habitude de faire des résolutions à la mords-moi-la-teub pour l’année qui commence. Mais l’an dernier, le 31 décembre 2014 pour être plus précise, j’ai fermé les yeux et j’ai pensé très fort : « Le 31 décembre 2015, je fêterai le réveillon du jour de l’an, je le jure ». Foi de morue.
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Les vieux

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« C’est qui les arabes dans ton garage ?
– Personne, y’a que mon pépé et ma mémé. Et pis d’abord, c’est quoi des zarabes ?

J’avais 7 ans. Je savais bien qu’un truc était différent chez mes grands-parents, mais jusque-là, je n’avais pas mis les mots. Ils étaient d’origine kabyle et parlaient très peu français. Enfin ma grand-mère surtout. Arrivée sur le tard en France, elle ne s’y était jamais fait. Ce n’était pas son choix à elle ce pays. C’était le choix du vieux. Elle, elle aurait préféré rester au bled, quitte à crever la dalle. Au moins, elle aurait crevé la dalle en famille. Ici elle avait le chauffage central et l’eau courante, la « tomobile » et le « tilifoune ». Mais aussi les portes, les immeubles et la grisaille.
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Marchand de sable

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On m’avait dit : « Oh, toi ? Tu as fait tes nuits à 1 mois. » Alors autant vous dire, la barre était haute. Et c’est seulement lors de la naissance de mes deux aînées que je me suis souvenue de l’importance de cette déclaration restée jusqu’alors rangée dans la case « on s’en tape » de mon cerveau.
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Birthday planner’s blues

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Ces dernières années, la mode est au consommer moins. Consommer moins pour vivre mieux, consommer moins pour vivre léger, écofrugalité… Les agences de com’ se déchirent pour étiqueter ce phénomène ô combien paradoxal et ô combien bobo dans notre société d’ultra consommateurs. J’avoue que d’un point de vue complètement personnel, je me suis parfois moquée de ce phénomène. Je fréquente les brocantes, certes, je fréquente le bon oinc, certes, je fais tourner les fringues-jeux-jouets-livres des enfants et j’en récupère aussi, certes. Mais je m’arrête là. J’avoue sans honte et sans vergogne que pour moi, rien de tel qu’une bonne virée chez AEKI ou sur Vente Pripri, et le moral remonte en flèche (OUHHH, FOUETTEZ-LA, SUPPO DE SATAN ET DES MULTINATIONALES ASSOIFÉES DE SANG ET DE POGNON).

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De la peau douce et puis des plis

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J’ai toujours été mûre pour mon âge. Non mais je t’arrête, hein, ne vois aucune sorte de melon cérébral dans ces propos, simplement un état d’esprit embarrassant. Quand j’avais 5 ans, je voulais avoir 10 ans, parce qu’à 10 ans t’es un grand enfant, c’est respect. Quand j’avais 10 ans, je voulais en avoir 15, pour avoir la classe. Et quand j’en avais 15, j’en voulais 18, pour le permis, les sorties, la liberté et la possibilité d’envoyer chier les adultes, d’adulte à adulte. A 18 j’en voulais 20, parce que 20 c’est sérieux.
Et à 20, tout s’est emballé. De la fin des études aux boulots mal payés (mais tellement formateurs), le 20-25 ans est passé comme un suppo bien préparé (un jour je t’expliquerai comment on prépare un suppo, mais là n’est pas le sujet et j’ai pas envie de me faire engueuler, si tu vois ce que je veux dire).
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Saint Maclou, priez pour nous.

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Il est certaines phobies qu’on préfèrerait taire. Ouais. Ici, le sujet est régulier, je me devais donc de venir apporter ma petite pierre à l’édifice phobique. Ma petite anecdote personnelle, tu sais, celle qui te rend la plus ridicule de la planète entière.

Alors voilà, je me lance, et m’en vais donc vous conter comment je me suis trouvée au beau milieu d’une nuit de Noël, enroulée dans une chute de moquette, façon rouleau de printemps.

Ahahaha…Hinhinhin. Oui bon ça va, on va voir si tu ricanes toujours quelques lignes plus bas.

Je suis atteinte d’émétophobie. Oui, la phobie de la gerbe, du vomito, du renard. Alors, je t’arrête de suite, habituée que je suis aux petites remarques de type : « Ah mais moi aussi, ça me dégoûte, ah je peux pas, berk ! ». Moi ça me dégoûte pas, ça me fait peur. Mais pas peur comme quand on te gueule dessus parce que t’as le hoquet , hein. Peur comme peur panique. Comme souffle court, coeur qui bat la mort, bouche sèche, et noeud, gros, gros noeud dans le bide. À une certaine époque, j’aurais pu laisser crever quelqu’un pour ça.

Aujourd’hui je te rassure, avec trois gosses, j’ai fait ma petite thérapie comportementale, avec quelques expositions. Je flippe toujours, mais inside. Outside, je nettoie, et je rassure . Genre : « C’est rien mon poussin, ça va passer. Oui, voilà, ça va mieux ? ». Je fais donc très bien illusion.

Pour illustrer cette flippade intense, je te propose donc aujourd’hui au menu l’anecdote du rouleau de printemps.

Il fût une époque où je fus adolechiante, et où ma phobie l’emportait sur tout le reste au monde. Par une belle nuit de Noël, la neige avait descendu son manteau blanc. Et ma mère, comme à chaque fucking Noël, nous faisait sa gentille crise de foie qui va bien. Généralement, ça commençait à table, et ça se poursuivait tard dans la nuit. Concernant la première partie de la soirée, je gérais assez bien : Tino Rossi s’emballait tranquillou sous le saphir de la chaîne familiale, les engueulades conversations allaient bon train, bref, le fond sonore était suffisant pour me permettre de ne pas être directement confrontée à ce que je craignais le plus au monde : entendre quelqu’un vomir.
C’est généralement dans la deuxième partie de la soirée que les choses se gâtaient. Quand la maison était calme et silencieuse. Enfin presque, rapport à ce dont on parle.

Cette nuit-là, j’avais tout essayé pour fuir, inside. Parce que l’invité favori de la phobie, c’est l’évitement. J’avais toujours à portée de mains dans ma petite table de chevet un Walkman avec une cassette dedans, pour écouter la musique, et ne plus entendre. Mais ce soir-là, les piles étaient mortes. Hors de question de traverser la maison pour aller farfouiller dans les placards à la recherche de piles, et passer tout ce temps « à découvert ». J’avais alors mis en oeuvre ma seconde technique de sioux : je me mettais les index dans les oreilles, pour me les boucher. Mais étant donné que je m’étais rendue compte que j’entendais quand même, j’agitais mes index à l’intérieur des oreilles. Comme quand tu te grattes les oreilles, tu vois. Sauf qu’au bout d’un moment, j’avais une double otite. Il me fallait trouver autre chose, la crise de foie était tenace et visiblement partie pour durer.

Alors que j’étais quasi sûre que la coupable était retournée se coucher (oui, quand tu es phobique, pas de pitié, tu ne te dis pas « la pauvre, elle est malade comme un iench », mais « comment elle peut ME faire encore ça? ».) grâce à une autre technique de sioux (chasse d’eau qui crache, porte qui se dévérouille, lumière du couloir qui s’éteint), je me suis faufilée, en pyj’, pieds nus (je n’avais pas une minute à perdre, et si « ca »recommençait alors que j’étais dans le couloir, hein ?) et je suis descendue au garage, chercher la paix et le silence.

Et pour ne rien vous cacher, c’est bien cela que j’ai ressenti d’abord. La sensation d’être à l’abri. Le soulagement : j’étais à l’autre bout de la maison, ici je n’entendrais plus rien.

Dans la maison de mes parents, une partie du sous-sol est aménagée en salle de jeu. C’est propre, avec du carrelage par terre. C’est joli le carrelage. Mais c’est froid. Vraiment froid. Parce que le hic de l’histoire est ici : je vous rappelle que c’est fucking Noël, que je suis pieds nus et sans petite laine, et petit détail qui a son importance : la salle de jeu n’est pas chauffée (et ils gueulaient régulièrement qu’on n’y jouait jamais.). Au bout d’une petite demi-heure, je frisais donc l’hypothermie. Je grelottais, je claquais des dents. J’aurais pu remonter, me direz-vous. Plutôt crever.

Pas de couverture, rien qui puisse me réchauffer. Rien, à part une chute de moquette, certainement stockée là par le dieu de la bouclette. Je me suis longtemps questionnée sur le comment j’allais faire. Et là tu vois bien où je veux en venir : la meilleure façon de se réchauffer avec un bout de moquette, c’est de s’enrouler dedans. Comme un bon vieux nem.

Cette moquette m’a sauvé la vie. Sans elle, je serais morte de froid, seule, dans le sous-sol de la maison familiale. Alors devant vous je le dis et je m’incline : n’ayez pas peur de vos phobies, Saint Maclou veille sur vous.