Résolue

rire-les-oiseaux

Faut que je vous dise, quand même. Je n’ai pas pour habitude de faire des résolutions à la mords-moi-la-teub pour l’année qui commence. Mais l’an dernier, le 31 décembre 2014 pour être plus précise, j’ai fermé les yeux et j’ai pensé très fort : « Le 31 décembre 2015, je fêterai le réveillon du jour de l’an, je le jure ». Foi de morue.
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T’étais comment ?

t'étais comment

Je me demande tu vois je me demande t’étais comment ?
Est-ce que tu aimais bien que ta mère te serre fort dans les bras, qu’elle prenne ta défense quand ton frère essayait de te piquer des trucs, des jouets, te tirait les cheveux en douce.
T’étais comment t’avais peur du noir ou pas ? Tu aimais quoi au petit déjeuner, les céréales qui font scrountch dans le bol, qu’on mange vite vite avant qu’elles soient molles dégueulasses. Ou t’aimais plutôt les baguettes un peu grillées avec des choses dessus, de la confiture qui colle un peu au coin des lèvres, que ta mère essuyait avec un bout de sopalin avant que tu partes à l’école, même que parfois elle léchait le sopalin et en vrai tu trouvais ça vraiment gerbant ?
T’étais comment comme petit garçon en fait ? Tu étais tout doux un peu timide avec un petit sourire de traviole sur la photo de classe ou alors biscotos en avant, qui court comme une fusée dans la cour, un ballon collé au pied, qui parle trop fort, qui fait son malin ?
T’aimais quoi ? T’aimais les films qui font un peu peur qu’on regarde du couloir quand les parents croient qu’on est couché ? T’aimais plutôt les animés japonais avec les filles qui tournent avec des cheveux de couleurs improbables qui ont l’air tellement libres même si on comprend pas pourquoi elles tournent ?

Elle disait quoi ta mère ? Elle te disait comment c’est la tolérance, la justice, le respect qu’on fout à toutes les sauces ? Elle t’enseignait à sa façon le bien le mal les trucs à la con genre ce qu’on peut faire ou pas ? Et ton père il en pensait quoi ? Et toi tu pensais quoi d’eux ? Et sinon t’aimais bien la pizza ? T’écoutais quoi comme musique, c’est quoi ce qui te faisait kiffer là tu sais quand on commence à devenir une personne selon ce qu’on écoute, quand on commence à s’aimer selon ce qu’on aime mettre à fond dans nos casques en prenant des airs un peu mécontents, un peu sérieux, genre on est des adultes c’est bon quoi ?
T’étais comment avec les copains, le genre sympa qu’on appelle pour régler des trucs chiants qui tempère les conflits ou plutôt celui à qui on demande de venir pour taper la baston?

T’étais comment ce matin quand t’as mis tes fringues noires, t’as passé ta main dans tes cheveux avant de mettre ton bonnet. T’étais comment quand t’as mis ta ceinture sous ton teeshirt, tu te sentais fier, un peu anxieux? T’as eu envie d’appeler ta mère ou pas ? T’étais comment quand t’as pris ta kalach, ça t’a fait quoi de voir les gens tomber par terre ? Cette fille là dont la tête est tombée sur la table tu l’as vue ? La maman de Lucie qui prenait un pot qui a des éclats de son verre de bière entre les dents tu l’as entendue appeler Lucie ? T’étais comment quand le sang coulait le long de la terrasse, t’as entendu les cris ou tu chantais dans ta tête comme quand on était petits et qu’on voulait pas entendre l’engueulade. Je t’ai pas parlé de Dieu et toi parce que je sais pas comment t’étais avec lui, je suis pas sure que tu le connaissais bien, je voudrais pas te mettre dans l’embarras et puis en plus ce soir tu vois je m’en fous de comment tu le voyais parce que visiblement tu l’avais pas beaucoup écouté.

Je me demande à quoi elle pense ce soir ta mère, je pense beaucoup à elle aussi.

Ces lettres qu’on n’envoie pas

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Ça va maman ? Ça va mon cœur. T’inquiète pas mon cœur. T’es sûre maman ? Sûre mon cœur. Maman est fatiguée, ça va aller. Alors je laisse maman mais je sais qu’elle me ment. Je sais que ça va pas. Je sais pas ce que c’est, je sais pas si c’est moi, si je suis pas assez sage, si c’est parce qu’elle s’est disputée avec papa, si c’est parce que mamie elle l’appelle tout le temps et qu’à chaque fois, après, maman elle a toujours cet air un peu triste.

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Les vieux

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« C’est qui les arabes dans ton garage ?
– Personne, y’a que mon pépé et ma mémé. Et pis d’abord, c’est quoi des zarabes ?

J’avais 7 ans. Je savais bien qu’un truc était différent chez mes grands-parents, mais jusque-là, je n’avais pas mis les mots. Ils étaient d’origine kabyle et parlaient très peu français. Enfin ma grand-mère surtout. Arrivée sur le tard en France, elle ne s’y était jamais fait. Ce n’était pas son choix à elle ce pays. C’était le choix du vieux. Elle, elle aurait préféré rester au bled, quitte à crever la dalle. Au moins, elle aurait crevé la dalle en famille. Ici elle avait le chauffage central et l’eau courante, la « tomobile » et le « tilifoune ». Mais aussi les portes, les immeubles et la grisaille.
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La fête à les voisins

(Et si ça se trouve, je le connais.)

Bon, on ne va pas se mentir parce qu’ici on est entre nous, la Fête des voisins, ça fait chier.
Déjà parce qu’il faut parler à des gens qu’on entend faire pipi, marcher avec leurs talons aiguille de merde, niquer, se mettre sur la gueule, etc., alors qu’au fond, on aurait envie de tout leur déballer : vous êtes bruyants, votre chat pisse sur mon paillasson, vos mômes sont moches comme des poux… et puis comme on est hyper bien élevés, on fait semblant d’avoir envie de faire ami-ami avec eux, et de s’extasier sur leur quiche dégueulasse, alors que non, on vient juste là pour se mettre minable et se gaver de curly.
Mais ça, c’est la version urbaine de la Fête des voisins.

En Plouquie, la fête des voisins c’est vraiment autre chose, je le sais, j’en ai donc testé pour vous la version rurale dimanche dernier.
Déjà, pour commencer, un des organisateurs, le mari à Christiane – c’est comme ça qu’on dit ici – te montre une photo de la fête des voisins d’il y a 30 ans. OUI. 30 ans, ça ne déconne pas par ici. On n’a pas attendu les Parigots en mal de convivialité et de solidarité pour boire un canon avec les voisins, hein.
Et donc, il te passe en revue les gens. La moitié sont décédés. Soit parce qu’ils étaient vieux déjà il y a 30 ans, soit parce que, euh, ils sont morts, la vie à la campagne c’est aussi plein d’imprévus, tels que par exemple, la mort.
Bon évidemment ça plombe un peu l’ambiance, mais voilà que Michel, le mari à Marie-France vient nous raconter ses souvenirs : comme la fois où il avait un peu forcé sur la gnôle, et s’était retrouvé à poil sur le perron de l’église. Puis avait tiré un feu d’artifice depuis la brouette à Roger.
Ouf, là on se détend bien bien.
On se détend d’autant plus qu’ils nous servent de punch, ou plutôt de rhum avec un peu de jus de fruits dedans.
Vient ensuite le moment un peu redouté du tour de table, où chacun doit se présenter. Pas de mal de nos voisins sont dans le village depuis à peu près 8 générations, certain(e)s d’entre eux sont né(e)s dans le café ou dans l’arrière-boutique de la charcuterie qui fait également bureau de poste, donc quand vient notre tour, on a l’air un peu concons, vu qu’on est arrivés l’année dernière, et qu’en plus avant on vivait à Paris. Bref. Mais nous, comme on habite la grande maison, tout le monde nous prend pour des châtelains, ce qui nous fait doucement rigoler aussi.
Et donc, pendant le tour de table, chacun explique où il habite et ce qu’il fait. Il faut savoir que dans notre Plouquie, les numéros des rues partent du 2 mais passent rapidement au 126, alors qu’il n’y a que 3 maisons.
Donc par exemple, à côté du 74, ce devrait être le 72, ben non, ici c’est le 120. Faut pas chercher.
Et chacun y va de son laïus. Et comme on ne comprend rien à où ils habitent exactement, ils essaient très gentiment de nous expliquer : alors, vous voyez la maison au beau-frère à Robert ? Ben, juste après, y a un gros chêne et un enclos avec un âne, et notre maison c’est celle avec la baie vitrée et les volets verts. OK ? Euh non. Bon, alors, quand vous prenez la route à droite pour aller chez Bernard, le frère au charcutier, vous voyez la maison avec un gros sapin devant ? Euh non, non plus, désolés.
Mon mari attaque son 4e verre, et moi le 3e, je commence donc à pouffer comme une dinde – et lui aussi, hein, faut pas croire -.
Et c’est le moment que choisit Michel pour venir nous parler des rats qui pullulent depuis que son voisin, dont nous tairons le nom, mais qui ne participe pas à cette petite sauterie, a fabriqué un immense poulailler avec plein de volatiles dedans, dont d’ailleurs un putain de coq qui chante dès 5 heures du matin. Michel n’a pas trop trop le sens de la nuance et de la synthèse, donc raconte tout par le menu, y compris le nombre de rats qu’il a occis à l’aide de je ne sais quel produit rural 100 % home made, qui contient probablement de l’arsenic et du gaz moutarde. Et Michel, pour te parler et être sûr que tu l’écoutes bien, te parle en te filant des grands coups d’index dans l’épaule. Ca fait un peu mal, parce que Michel est quand même assez costaud – les activités de la campagne, et aussi un peu le pif et le pâté – ça rend fort. Donc Michel file des grands coup d’index dans l’épaule de mon mari, et bien sûr, mon 3e verre aidant, je pouffe encore plus. Je pars en vrille au moment où mon fils aîné passe à côté et manque de se prendre l’index de Michel dans l’oeil.
On continue de picoler un peu, de pouffer beaucoup, ils nous font aussi déguster des spécialités locales délicieuses mais assez alcoolisées cependant, issues de la macération de fruits et d’eau de vie locale dans du vin local lui aussi, vraisemblablement confectionnées grâce à leurs alambics.

On est rentrés avec bobolatête (et à l’épaule pour celui qui s’était pris des coups d’index) mais promis, l’année prochaine, on recommencera parce que nos voisins, même s’ils ont un peu rustauds, sont de vrais voisins sur lesquels on peut compter et avec qui on a de vraies conversations, sauf quand on est vraiment trop bourrés.

 

Vol au dessus d’un nid de cul-culs

méditative

Au départ, je venais pour un cours de danse africaine.

Sauf que je me suis trompée de jour, et ce soir là c’est un cours de « Danse des 5 rythmes ».

Kézako ?

La prof m’explique qu’il s’agit d’une « Danse libre » qui permet de « se reconnecter avec ses sensations, ses émotions », bref, « son être intérieur ». Il n’y a pas de chorégraphie, chacun fait ce qu’il veut.

Je prends l’air à peine circonspecte et dis que moi c’est pas trop mon truc le lâcher prise tout ça. Si on ne me dit pas quoi faire je ne fais rien. Lire la suite

Prends ça

prends ça

“Tu baisses les yeux sinon je t’en colle une, TU BAISSES LES YEUX”.

Je suis en train d’attacher mon enfant à l’arrière de la voiture, je relève les miens, je croise les tiens, ils sont suppliants “ne dis rien, ne fais rien, ce sera pire sinon”.
J’entends le bruit sourd de sa main qui vient s’écraser sur ton crâne, je vois ta cheville qui dévisse du trottoir, je l’entends qui continue de te hurler dessus. Lire la suite